Livre d’artiste - CORPS, processus actif.
Mon intention pour ce livre est de faire participer le lecteur à la recherche que j'ai effectuée. Qui est celle de la recherche de la forme du corps dans sa forme la plus pure, la plus simple et la plus véridique.
Le sous-titre « processus actif » renvoie à la fois au processus de réflexion artistique et de création que j'ai effectués, mais aussi au processus que devra effectuer le lecteur qui participera activement à cette réflexion.
J'ai gravé le rendu final sur la couverture en bois, ce choix est le résultat de la réflexion sur le corps, qui est que ce dernier n'est pas juste un contour qui définit une forme, il est épaisseur, ombre et lumière. Pour découvrir sa forme véritable je dois sortir de l'idée de le représenter avec un crayon ou de la peinture, le corps est surtout matière.
De plus cette technique de scarifier un matériau pour en dessiner une forme est directement liée à ce geste originel, celui des premiers hommes. Le marquage des parois n'était pas dans les lieux d'habitation comme on pourrait le penser, il était sans doute des peintures réalisées par les chamanes pour des échanges magiques. Ce n'était pas de l'art pour l'art ou pour que la chasse soit bonne ou par soucis artistique . Il y avait une volonté d'utiliser la paroi comme passage entre le monde vivant et les forces invisibles. De même ici comme mon travail est de rechercher la vérité du corps, je fends alors l'espace sensible, réel vers un autre espace invisible, un espace intelligible, celui de l'Idée platonicienne.
Je grave ainsi dessus, comme pour un ancien travail que j'avais réalisé qui était le résultat d'une envie de simplicité, de pureté. C'était la recherche d'un geste très important le geste et caetera, propos des calligraphes d'Extrême-Orient, « l'unique trait du pinceau », citation que l'on trouve dans Les propos sur la peinture du moine Citrouille Amère de Shitao, il parle de cette technique qui consiste en « un geste et les autres suivent implicitement ». Pour finir cette technique non industrielle utilisée, rend un effet organique, une variation dynamique des profondeurs et des contours que l'on peut retrouver dans la façon dont dessine Degas par exemple.
Le livre suit chronologiquement le chemin de ma réflexion, celui-ci porte d'abord sur la forme et le rythme de mon livre. Je veux que son corps soit en accord avec l'idée que je me fais du corps. Je choisis le transparent car le lecteur découvre aussi des indices invisibles sans le calque, je m'approprie ici la révélation de 2015 sur le carré noir de Malevitch grâce aux rayons x. En effet derrière le carré noir réalisé en 1915, on y a découvert, derrière le tableau que l'on savait déjà recouvert, cubo-futuriste, un troisième tableau proto-suprematiste. La composition que j'effectue avec la page blanche est déterminante dans ce livre, tout comme sa typographie, elle constitue le rythme de mon livre. Je m'inspire ici du livre Un coup de dés jamais n'abolira le hasard de Mallarmé en 1897. Celui-ci étant aussi codé. C'est pour cela que pour représenter le cerveau en ébullition, j'ai choisi de dessiner un dé.
Le blanc est aussi une décision réfléchie, car elle est la couleur qui peut le mieux projeter l'ombre du lecteur et avec le calque transparent, ce miroir est encore plus opérant. Je m'inspire ici de Robert Raushenberg avec ses White Painting, 1951. C'est pour cela que le contour d'une silhouette est dessinée avec toutes les réflexions qui ont découlé face à ce tableau. Tout comme le corps, ce livre varie de selon l'heure que je vais le feuilleter. Je trouve ça intéressant pour la recherche de la forme du corps, de s'inspirer du plus vieux mythe fondateur de l'histoire de la peinture Celui de Dibutade, raconté par Pline l'ancien dans son Histoire Naturelle publiée vers 77. Pour se souvenir de son amant qui part à la guerre, elle dessine le contour de son profil sur un mur.
La deuxième page est une réflexion sur le dialogue. À la fois le dialogue qui est nécessaire pour le corps, à l'intérieur de lui, mais aussi à l'extérieur de lui avec son environnement. Mais aussi le dialogue qui s'opère avec le lecteur, qui est toujours dans cette recherche participative. Par exemple le 2015 avec la cage renvoie à l'inscription trouvée au crayon sous le Carré noir de Malevitch : « des nègres se battant dans une cage ». Ce tableau est très important pour la recherche, car il est superposition de couche invisible et une réflexion sur cette non-couleur qui est le noir. Le noir étant ce que j'utiliserai à la fin pour poser mon rendu, car il est le vide, il me permet de poser ma vérité sur un support qui n'en rajoute pas plus ( par exemple le rouge y ajouterait tout de suite une symbolique et c'est ce que je veux éviter).
Les deux visages face à face sont le résultat de deux références, celui de la photographie de Richard Avedonsur la couverture du magazine Harper's bazar en février 1955, que l'on retrouve au Musée des Arts décoratifs à Paris. Elle m'a donné l'idée de ce dialogue en miroir. Et du visage dessiné par Edgar Degas dans son dessin Femme sortant du bain en1900 . Ce tableau m'a fait beaucoup réfléchir sur les techniques utilisées pour justement lire le lire le corps et le reconnaître d'une manière non ordinaire.
Lire le corps
C'est la deuxième étape de mon processus, qui est de rechercher comment l'esprit humain reconnaît le corps. Je me pose la question avec les vêtements notamment avec le tableau d'Eugène Boudin la plage de Trouville en 1865. Celui de représenter plutôt le corps au repos ou en mouvement, inspiré par l'oeuvre d'Auguste Rodin, centaure et enfant en 1890 et de propres essais de dessins personnels.
Naissance
Pour la création de ce corps, j'ai d'abord commencé par rechercher un modèle et je ne voulais pas utiliser d'image déjà existante, car c'est un travail de création entier, je ne veux donc pas m'approprier le travail ni l'image de quelqu'un d'autre. Donc j'ai pris et utilisé une photo de moi. J'ai dessiné plusieurs postures photographiées. J'ai d'abord pensé que celles où je suis en mouvement seraient le plus représentatif mais elles était trop fausse, car je savais que j'étais photographié et au lieu d'être, je jouais. Celle qui m'a marqué était celle où je suis dans une posture de repos, de dos et où je ressens une vérité de posture. De plus les formes et la lumière sur celle-ci me plaisent pour la réflexion suivante qui découlera. On y découvre donc beaucoup de découverte, notamment celle sur l'intention du trait que l'on doit toujours avoir en tête quand on dessine même si c'est minimaliste, justement c'est une difficulté en plus car chaque millimètre compte. On y retrouve l'Etc du trait des calligraphes du Moyen Orient.
Mais après toute cette recherche il manquait toujours quelque chose. La réponse que je donne est situé dans le calque transparent, il est vide. Il manque le vide à mes créations, et je choisis de le créer avec la profondeur, la scarification de mon support. Un vrai vide, et non une couleur qui le symboliserait, puisque le corps c'est cette matière que l'on ne peut pas dessiner mais que l'on doit sculpter.
Pour finir l'énigme, les numéros correspondent au numéro des pages ou rechercher les réponses. Enfin les dernières pages avec le calque sont des essais pour mieux se rendre compte de cette recherche du trait. Et la dernière page avec son calque est le rendu final. Il est donc ce trait blanc car il est récepteur de lumière, il est une énergie potentielle folle et développe sa force dans sa simplicité. Le choix du support noir que j'ai déjà expliqué plus haut. Et la scarification qui est ce vide manquant et surtout ce passage vers un monde intelligible, celui de la vérité, et celui de la magie, notion que l'on ne peut pas occulter quand on pense au corps La ligne directrice est donc la recherche sur le corps, son rythme est le jeu que s'effectue avec le calque, les indices que je laisse parsemé, la typographie qui varie et la composition avec le blanc de la page. Je vous explique ici page par page mes références et mes idées qui me font fait faire ce livre.













