[Ecrit pour le challenge #4, Le chaos, proposé par @ecritsdebaguettes]
A peine le temps de percevoir la chaleur inquiétante dans mes os que déjà les flammes se propagent à une vitesse folle, courant le long de mon squelette et bondissant de poutre en poutre. Insatiables, elles mordent rongent dévorent engloutissent ma forêt presque millénaire. Les arbres gémissent, craquent, hurlent. Meurent une seconde fois. Cendres.
La sarabande infernale des braises tourbillonne dans mon ventre immense. Les premières toiles roussissent et se racornissent avant de se consumer. En tous sens, des humains s’affairent, emportent, sauvent ce qui peut l’être - écho à rebours des pillages infligés autrefois – tandis que l’épaisse fumée m’envahit tout entière, cherchant à m’étouffer dans ses convulsions furieuses.
J’espère la pluie mais c’est un orage de plomb qui brûlant ruisselant poisseux tombe de mon ciel et soudain c’est l’éventration la béance immense impensable ma flèche collapse se fracasse dans la nef en un long éboulement de montagne vaincue qui assourdit pour un temps l’explosion des vitraux les cris d’agonie de la voûte les déflagrations de tout ce qui renonce et s’avalanche le fracas de l’eau qui s’abat à présent impuissante à apaiser la fournaise – cette fois c’est la fin – adieu bourdon adieu tours adieu rosaces adieu grand orgue adieu gargouilles et chimères - mais le vent
le vent apporte du dehors, par bribes ténues, des chants et des prières, en une vague qui enfle et décroît au gré de sa lutte contre le tumulte apocalyptique. Des vagues, ce chœur a le rythme réconfortant et la puissance opiniâtre. Je m’arc-boute. Résiste de toute la force que des centaines d'ouvriers, charpentiers, tailleurs de pierres m’ont patiemment insufflée. De toute mon obstination, forgée dans les émeutes et les révolutions. De toutes mes années accumulées.
Le chaos recule, pied à pied, et finit par s’éteindre.
Je suis toujours debout.









