alors tricoter du brouillard
et le poser sur la page blanche
souffler très doucement pour que la colle prenne
dessous, y glisser des coquillages un à un
à chaque virgule tresser des secrets
s'attarder sur les images pour qu'elles ne soient plus qu'une chose : lisibles
aujourd'hui, pas de transparence, pas d'éclats de verre ou tu peux me voir au travers
tu goûteras mes mots comme un dessert étrange et un peu âcre
la question te restera longtemps :
était-ce bien toi ? était-ce seulement hier ?
tu tireras les mots de la feuille un à un
comme des fils de ta mémoire qui s'évide
a l'évidence : tout est là
à genoux tu me supplieras pour les miettes de mes poèmes
la clé, le sens, explique-moi ce que tu veux m'écrire
mais sans patience et sans amour
je rirai du rire des mères qui s'exaspèrent
tu tires trop sur la membrane entre toi et le monde, te répondrai-je
il y a des mots qui ne sont qu'à moi seule
apprends, apprends à les laisser couler sur ta langue sans en comprendre le son
sans chercher à en graver le souvenir
il y a des poèmes que je n'écris que pour les ronces
je cherche à m'affuter et ma plume est usée
ne prends pas trop proche du cœur ces univers que je construis loin des nôtres
il est des jardins où nul n'est le bienvenu
il est des fleurs qui sont les plus belles du monde
mais qui ne tolèrent plus les yeux d'autrui
il est des poèmes qui renferment des tombes
et dans mon cimetière personnel tu n'es pas accueilli