Poésie indécise
Hésitation. Entre mes croyances et mes incertitudes il n’y a qu’un minuscule espace. Dans cet espace : la poésie. Elle grimpe sur mon squelette poreux comme du lierre envahit les très vieilles maisons et les empêche de s’écrouler. Mais c’est toujours une poésie lacunaire, une poésie de l’introspection. Je voudrais écrire autre chose que moi-même mais comment inventer des vies lorsque l’on n’a jamais su s’approcher des autres ? Comment sortir de soi ? J’ai toujours l’impression de traverser tous les océans du monde avant d’atteindre quelqu’un. Je passe mes journées sous les combles à boire du thé glacé. Je ne fais rien. Je regarde le temps passer. Je voudrais repousser mes limites. Je voudrais écrire de la fiction mais la poésie ne s’y prête pas. Je ne sais pas inventer, j’ai toujours été affreusement réaliste ; en même temps, poursuivi des chimères. Toujours été tiraillée, mais dépourvue de convictions.
Je n’ai pas sommeil. Je me retourne sur mes défaillances. J’ai près de mon lit beaucoup de livres que je ne lis pas, comme autant de possibilités . A la sortie des expositions j’achète des cartes postales avec des reproductions des œuvres, que j’accroche un peu partout dans l’appartement, pour avoir l’impression d’être dans un musée. Je cherche peut être à tromper ma réalité. Je ne sais pas ce qui me touche dans l’art. Ce n’est certainement pas ce qui est joli. Ce qui est charmant, agréable, joli, ça ne m’intéresse pas. J’écris peut être des choses jolies, mais étriquées, et je voudrais me débarrasser des artifices de la séduction pour ne garder que l’essence de ce qui me fait frémir. Je veux que l’on me renverse. Je veux que l’on me traverse et que l’on m’éparpille. Le sublime est incompréhensible et je ne veux pas comprendre, je veux aller au-delà. Je veux quelque chose qui me soit impensable, pour uniquement le sentir. Ce ne serait pas beau. Au contraire, ce serait quelque chose de terrifiant et de chaotique. Je suis friable, incommode, difficile. J’aimerais pouvoir me décrire simplement mais je m’indéfinis par mes déchirures.











