Voici quatre ans déjà que j’ai adopté la coupe menstruelle, après avoir découvert son existence ici. Suite à des débuts quelque peu balbutiants, mais rapidement maîtrisés (ça ventouse ou bien?) nous nous sommes entendues à merveille! Fini les fils tamponnatiques pendouilleurs, empruntés peu élégamment par divers fluides dévergondés, achevant leur course en plein milieu de ma petite culotte. Fini les achats récurrents de ces charmants tubes ouatés enduits de formaldéhyde, qui passent de magasin, à orifice, à poubelle, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Sur ce, l’autre jour, au cours de la pause café matinale du lundi, Clara, la réceptionniste, et moi, nous racontons nos weekends respectifs. Elle m’explique avoir été invitée samedi à faire du bateau avec des amis pour conjurer canicule et suffocation comme il se doit, quand on a la chance d’habiter une ville lovée à flanc de lac. Sauf que (et voici poindre le « sauf que ») elle me confie avoir eu ses règles ce jour-là, avec comme conséquence un inconfort à se baigner, invoquant comme motif l’élément fuiteur potentiel: le tampon.
Toujours ravie de vanter les mérites foisonnants de la coupe menstruelle à celles qui ne la connaissent pas encore, je commence à lui en exposer les avantages en comparaison des tampons: plus de ficelle, plus de fuites par ce biais, pas besoin de le changer 150 fois, matin et soir suffisant largement, pas de risques de déplacement de l’objet. Li-ber-té.
Clara m’écoute avec intérêt, n’ayant que très vaguement entendu parler de la cup, m’interrogeant alors sur la manière de l’introduire. Je lui indique que plusieurs techniques existent pour la plier et la rentrer de manière aisée (en C, en triangle, etc), avant de la déplier une fois à l’intérieur, et de s’assurer qu’elle fasse «ventouse». J’ajoute que la partie «fait-elle ventouse?» a occasionné chez moi quelques accidents au début, épongés fort heureusement par une serviette, glissée au cas où, en cas de foirage de l’étape en question.
Sur ce, Clara me glisse tout bas : «Mais sinon… c’est pas un peu dégueulasse de se mettre les doigts dans le vagin ?». M’attendant à tout sauf à cette question, j’ai été prise d’un réflexe d’écarquillement oculaire si avancé que j’en ai frisé le froissage musculaire. Quoi?
Je m’interroge alors sur la manière dont se passent les relations physiques entre Clara et ses Jules: est-ce que c’est ok pour un garçon de mettre ses doigts à l’intérieur en revanche? Sans compter que je n’imagine pas aborder le sujet de la masturbation féminine! Comment est-il possible qu’au XXIème siècle, alors que l’humanité est adossée à tant de découvertes capitales: pied sur la lune, quasi-boson de Higgs ou encore fondant au chocolat micro-onde, les filles trouvent toujours leur propre corps dégueulasse?