Ils n’ont pas été ce qu’on appelle communément heureux. Ils n’ont pas voulu trouver le bonheur, mais atteindre leur but, et ce but, ils l’ont atteint par un labeur pénible. Ils ont su trouver la satisfaction, réaliser leur but, le but universel. Placés devant un but aussi grand, ils se sont audacieusement proposés de le servir contre toute l’opinion des hommes. Ce n’est pas le bonheur qu’ils ont choisi, mais la peine, le combat et le travail pour leur but. Leur but une fois atteint, ils n’en sont pas venus à une paisible jouissance, ils n’ont pas été heureux. Leur être a été leur action, leur passion a déterminé toute leur nature, tout leur caractère. Leur but atteint, ils sont tombés comme des douilles vides. Ils ont eu peut-être du mal à aller jusqu’au bout de leur chemin ; et à l’instant où ils y sont arrivés, ils sont morts -jeunes comme Alexandre, assassinés comme César, déportés comme Napoléon. Qu’ont-ils gagné ? Peut-on se demander. Ce qu’ils ont gagné, c’est leur concept, leur but, ce qu’ils ont accompli. Ils n’ont rien gagné d’autre ; ils n’ont pas connu la jouissance paisible. C’est une affreuse consolation de savoir que les hommes historiques n’ont pas été ce qu’on appelle heureux. », Hegel, la raison dans l’Histoire













