J’ai acheté et lu Le poids des héros de David Sala, c’est une merveille.
Cette fois, cette BD ne s’adresse pas du tout aux enfants. Et pourtant, elle parle beaucoup d’enfance, de celle de l’auteur-dessinateur. Jeune garçon dans une famille d’origine espagnole avec trois garçons et des parents un peu baba cools. L’atmosphère des années 70-80 est très bien rendue avec les tenues et les intérieurs bariolés. En toile de fond d’une enfance plutôt heureuse, il y a les récits des deux grands pères de David, qui ont connu la dictature de Franco ou celle d’Hitler, qui en ont réchappé, avec courage et une bonne dose de chance.
Ce qui est intéressant dans le récit de David Sala, c’est qu’il montre comment ces deux figures tutélaires se sont immiscées dans son imaginaire de jeune garçon, à la fois comme poids (héritage lourd) et comme références solides. La guerre, le nazisme, la mort, sont des mots qui forment des images effroyables dans son esprit et se mêlent aux fleurs des papiers peints. Il apprend que le mal n’est pas non plus que dans le passé suite à un sordide fait divers qui le touche de près. Il est donc bel et bien en initiation intégrale à la vie, imprévue et parfois si brutale.
Tout ce que voit le jeune David et tout ce qu’il imagine semble être prêt à être dessiné, comme si l’entrée dans l’âge adulte s’était préparé toutes ces années, balancées entre gravité, effroi et beauté et amour. En résulte ce récit autobiographique pudique mais éclatant de beauté. Saisissant. Comme à son habitude, l’artiste emprunte aux autres figures tutélaires de son art : Klimt, Egon Schiele, des palettes expressionnistes pour dire l’horreur de la guerre passée. Drôle d’expérience de lire ça au moment où une autre guerre éclate en Europe et où les peurs enfouies surgissent instantanément, bien malgré nous. Et encore pour nous, ce sont des images sur des écrans, mais comment ne pas penser aux dégâts dans les pays concernés, et dans les esprits des jeunes enfants qui sont touchés de près ? Ça rend malade de penser à ça.