Dans cet impasse qui est le temps, je vais et je viens, je fais semblant que tout va bien, mais rien ne va, même ce bien n’est plus.
J’ai découvert que faire semblant est beaucoup plus pénible que le fardeau que je traine, je ne le porte plus, vu son poids, vous avez compris, je me crée des distractions, des passe-temps aussi, mais toujours ce pincement qui vient me rappeler pourquoi toute cette mise en scène, pourquoi je porte ce faux sourire et cette tenue ridicule, pourquoi quand je croise des gens j’ai envie de leur faire la conversation et de me taper des heures de bavardages non instructifs , juste pour fuir ma réalité, juste pour fuir ce que nous avons traversé.
Lui en tant que père, je penses qu’il gère très bien, il a deux grands garçons, bons élèves et bien éduqués, je les ai pas vu mais d’après lui ce sont de bons garçons. le troisième n’avait que quatre mois, donc pas beaucoup de temps passé ensemble, vu qu’il n’a pas eu le temps de lui parler quand je il baignait encore dans mon ventre. Nous avons changé de ville quelques jours après Noel, ce qui nous a bien occupé aussi, c’est ce changement d’air et que lui ait retrouvé ses repères et ses vieux amis. Lui de toute façon quand ça va mal, il se referme, et point.
Mes parents, ils s’inquiètent pour ma santé, mais ils sont passé à autres choses, je ne les en veux pas, car ils se sont fait assez pour moi, donc je leur dis ce qu’il faut dire “tout va bien” .
Moi, le temps s’est arrêté quelques part en moi, je vis et je revis les même histoires, c’est allé assez loin, je fais face à de vieilles blessures que je n’ai pas pu guérir, mais que j’ai pu confronter. Mais cette blessure là est dure, pas évident de passer à autres chose quand la lumière qui me donnait de l’espoir je l’ai éteinte, je ne me donne pas le droit de pleurer car je sais que je suis coupable de sa mort, donc ce que j’ai souffert et ce que je souffre aujourd’hui n’est que mérité. je m’auto flagelles, oui peut-être mais quoi qu’on me dise surtout cette phrase “ tu n’es pas la seule, d’autres ont vécu la même chose que toi” je le sais , et j’en ai rien à foutre, car c’est moi qui ai eu à tout subir, c’est moi qui a dû prendre son courage et ressaisir les autres, c’est moi qui ai eu l’idée de sourire et de dire “oui c’est la vie, n s’est pas ce qu’elle nous réserves” juste pour faire taire tout le monde, la seule chose dont j’avais besoin c’est qu’on me prennes dans ses bras et qu’on me dise “ pleures, autant que ton corps pourra, exprimes toi, personne ne t’interrompra, cris personne ne te dira de te taire, et écroules toi, je serai là pour te ramasser” .
Je n’ai eu pas droit à ça, je n’ai eu droit qua “ il faut passer à autre chose, c’est la vie”
je minimises, mais quand on est fracassé de l’intérieur, détruite de l’extérieur, ayant foi que demain sera meilleur, mais avec quelle force ? quand ma propre énergie est devenue mon propre trou noir comment affronter le monde si ce n’est que le rendre noir et vide?
je ne sais même pas ce à qui ou à quoi je m’accroche, tout s’est effondré par ma faute, et par quel droit aurai-je le droit à l’espoir ?
Mon univers est dans le vide absolu et je n’y retrouves plus rien que du mauvais, je fais semblant, je joues mon meilleur rôle, et je distribue les sourires et les messages d’espoir, quelle hypocrite !
Je suis incapable de me donner ce que je donnes, moi qui se crois honnête, dans quelle impasse je me suis mise?