La Terre et ses paysages restent une source d'inspiration majeure pour vous. Et vous dites pourtant ne pas vous embarrasser de nostalgie...
Ça n'est pas contradictoire. La Terre a pour moi une valeur esthétique indépendante de la charge émotionnelle qu'elle suscite chez ceux qui ont connu l'Avant. Je ne cherche pas à générer du pathos comme certains le font avec des simulspaces pour touristes du passé. (Elle réfléchit) Ma vision est purement formelle, an-historique. Si vous versez une petite larme en parcourant mon oeuvre, c'est parce que sa beauté seule vous aura touchée. Rien de plus. Pour le vidgame j'adopte une autre approche, plus imprégnée d'historicité, car je recherche une immersion totale du joueur, ce qui est quand même le minimum que l'on puisse espérer de ce type de support. Mais je ne verse jamais dans le naturalisme et la reconstitution rigoureuse, d'autant que cette ambition, si elle est légitime, me paraît tout à fait vaine. Moi j'aspire à restituer le zeitgeist, l'âme d'une époque, son essence, plutôt que son corps. Pigé ? Il n'y a pas que le gameplay dans la vie !
D'où la création il y a cinq ans de An Imaginative Red Sky Studios, la seule structure capable de supporter un tel projet artistique.
Je n'avais pas d'autre choix. D'une part je ne voulais pas m'inscrire dans un système classique de production de masse, avec une séparation nette des domaines de compétences, une hyperspécialisation, des I.A à tous les étages, des impératifs économiques dévorants. De toute façon personne n'aurait accepté des projets comme Ashes inside me ou A positive new world. Airs2 (An Imaginative Red Sky Studios) n'est rien de plus qu'un collectif d'artistes débrouillards et zen. On mutualise les moyens de création, de diffusion et de commercialisation. En fait, on gère tout de A à Z, comme de bons artisans. Mais tout ça vous le savez déjà.
Extrait de Une rencontre avec K