Conférence des Créateurs de Masques 2016 : 4e rencontre avec le public
Titre du thème : « CORPS ET MASQUES »Date : Le vendredi 21 (18h00-22h30 prévenue) et samedi 22 (9h30-22h) octobre 2016
Lieu : Le Mouffetard - Théâtre des arts de la marionnette
Programme constituée autour de la conférence
; 2 Vernissages de l’exposition de masques et de photos – échanges avec les créateurs de masques ( du 21 au 22 octobre)
; « Masques-Génies dans la forêt » de Thierry François (du 19 au 27 octobre)
= 14 interventions ; depuis les expériences pratiques des artistes
; 2 ateliers expérimentaux du jeu masqué avec le public participant
= 2 hommages ; à Luis Jaime-Cortes et à Pierangelo Summa
= 1 programme convivial ; cabaret masqué
Pendant une soirée et un jour, le 4èmes Rencontres publiques d’échanges de l’Association des Créateurs de Masques de Scène Contemporains (crée en 2007) (http://www.lescreateursdemasques.fr/) ont lieu autour du thème CORPS et MASQUES.
Le créateur de masque, le sculpteur de masque, le fabricant de masque, l’artiste créateur de masque et vendeur de masque, l’acteur de masque et le chercheur universitaire en masque intervenaient avec les matériaux qu’ils ont pratiqués. Donc, autour de la question ‘Quel sont les exercices à faire, quotidiennement pour que le corps devienne un « outils » d'expression narratif, expression émotionnelle, intellectuelle, musicale, corporelle (danse), etc. ?’, ils se sont partagé leurs réflexions et leurs savoir-faire.
L’ambiance de certaines interventions était animée et chaleureuse. Comme certaines intervenants sont des praticiens, les interventions étaient très actives.
Le contenu exposait plutôt des matériaux expérimentaux. Ainsi, ils argumentaient avec des objets, en particulier des masques, des costumes masqués et des objets marionnettiques, de façon pratique. Parfois, cela continuait naturellement vers un petit atelier pour faire comprendre pratiquement, ou bien en débat.
Observation critique et Refléxion
Le sujet de cette conférence pourrait se dire « le masque de Corps », c’est-à-dire, le masque corporel, le costume qui cache l’identité de l’acteur ou caractérise un personnage.
La motif de l’action du corps dépend du masque et à partir de l'action de masquer, la méthode de l’action physique est inventée et précisée. Par la manipulation, l’énergie est transmise du corps de l’humain vers le masque, et par la suite, le masque, c'est à dire le personnage identifié par le masque, dirige le corps de l’acteur.
Dans le cas de Claire Heggen (metteuse en scène, pédagogue, marionnettiste corporelle et le résponsable de Théâtre du Mouvement), un masque multi-faces pour le spectacle Aeterna est représenté avec la manipulation corporelle. De fait, son masque multi-faces peut montrer 4 visages différents, et pour chaque visage, il y a quatre façons différentes de bouger pour l’acteur. Ainsi, 4 personnages différents s’installent sur le seul corps de l’acteur.
Selon Claire Heggen, à partir du masque multi-faces, ils inventent des mouvements du corps avec son équipe, qui modifient et réinventent ce masque multi-faces.
Laurie Cannac (comédienne et marionnettiste, travail d’Ilka Shönbein) a aussi présenté pratiquement son processus de métamorphose : du corps de l’acteur (manipulateur) au personnage marionnettique, le motif du mouvement est son costume marionnettique : le masque corporel. Mais selon Laurie Cannac, ce n’est pas un masque du corps, c’est plutôt une marionnette du corps qui est faite pour éloigner le masque du visage, même s’il y a un visage sur le costume du personnage.
Une autre chose intéressante fut une réflexion d’Omar Porras (metteur en scène, acteur colombien), en tant que metteur en scène, sur le corps et le masque. En effet, « sur le plateau, pour faire animer un personnage en tant que corps d’un acteur masqué, on a besoin d’une énergie extraordinaire ». Mais, « le masque nous amène à l’origine, l’origine de tout ». Le masque « réveille », ne « cache » pas. Donc, c’est le masque qui fait « réveiller » le corps de l’acteur et son identité.
Cela concerne aussi la transmission de l’énergie et la transformation entre le masque et le corps de l’acteur. Sur le plateau contemporain, le masque n’est plus un élément matériel qui cache et supprime l’identité de l’acteur, mais plutôt un objet qui lui permet d’avoir une valeur plus esthétique qu son corps, comme une marionnette sacrée. Jean-Louis Heckel (Marionnettiste, metteur en scène, directeur de La Nef) a montré la lune personnalisée avec son masque d’objet (une petite tête articulée avec le bâton du manipulateur à l’intérieur) en le manipulant à la main. Le corps de l’acteur (à la fois manipulateur) peut être caractérisé la chose immatérielle ou non-humaine comme un personnage vivant à travers le masque marionnettique.
Par contre, parmi ces interventions, il n’y avait pas assez de réflexion théorique sur la problématique entre le masque et le corps d’acteur. Car plusieurs intervenants ne font généralement que de la pratique et ne l'accompagnent pas forcément de théorie en tant que chercheur. Alors, après avoir fini l’intervention, la discussion, le débat ne prend pas, alors que l’intervention était très animée et vivante.
En réalité, quelques intervenants avaient l’air gênés de parler en utilisant le micro et l'ont raisonnablement exprimé, dès qu’ils ont reçu des questions. De fait, nombre des personnes étaient des créateurs de masque dans le public. Parmi eux, quelques artistes semblaient difficiles et incommode à participer aux débats.
Une création artistique est vivante, c’est une unité intérieure. Vouloir l’expliquer, c’est tirer la vie hors de la vie et la changer en son contraire.
- René UNTEREINER, « Réflexions sur la création artistique », in Bulletin de l'Association Guillaume Budé, vol.1, n°2, juin 1960, p.286.
Au début de cette conférence, il y avait deux hommages à Luis Jaime-Cortes et à Pierangelo Summa. Un des deux était sous forme de représentation et de la déclamation ; quatre acteurs (1 acteur et 3 actrices) qui étaient les élèves et amis de Luis Jaime-Cortes ont lu un texte nécrologique en jouant avec des épisodes entre eux. C’était vraiment une représentation théâtrale.
Et, le deuxième hommage fut pratiqué par la famille de Pierangelo (sa femme, son fils et fille) avec une équipe adjointe. Ce n’était pas un hommage conventionnel, mais plutôt un exposé et un atelier de la méthode de Pierangelo Summa. Ils ont efficacement montré sa technique et son idée principale avec les masques que Pierangelo a inventé et une vidéo documentaire où il a été interviewé dans une émission télé. Par la suite, ils ont invité à expérimenter la fabrication du masque et à apprendre la méthode pratique du jeux de l’acteur masqué dans le style de Pierangelo Summa. Cet hommage rendu le public vraiment enthousiaste et animé.
Dans tous les deux hommages, nous pouvons découvrir la théorie, la philosophie et le technique pratique de deux artistes morts.
Donc, on peut dire que ces deux cas sont un travail de transfert d'une théorie artistique comme oeuvre pratique. Ce sont réellement des créations artistiques.
A travers la forme théâtrale et l’atelier pratique, les deux artistes ont revécu depuis la mort. Ils étaient incarnés par la voix de l’acteur et sur son masque pendant l’hommage de la création artistique et ils sont revenus à la mort dès la fin de l’hommage, comme si le masque et la marionnette reviennent de la vie à la mort après avoir fini la représentation.