#Çasestpassé dans l'#Histoire de L'Europe le 9 juillet 1932 en #Suisse🇨🇭 Signature des accords de Lausanne. Ils prévoient l'abrogation totale des réparations de guerre imposées à l'Allemagne à l'issue du premier conflit mondial. Les effets de la crise économique outre-Rhin ainsi que la montée du nazisme rendent impossible l'accalmie dans la course à la guerre qui était recherchée par ce traité... Un entre deux guerres où la paix est pure façade... #Entredeuxguerres #Europe #TaitédeLausanne #Paix #Devoirdemémoire https://www.instagram.com/p/CCbw4Ucq6nW/?igshid=qwbcpaxnmq1p
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La mer noire de chapeaux et de costumes se balançait doucement devant l’entrée du cimetière. Un vieux vicaire voûté s’avança dans l’allée et ouvrit le petit portail de bois. Il accueillit les visiteurs d’un léger mouvement de tête à intervalle régulier alors que les nouveaux venus avançaient en une longue file pareille à ver. Une fois de l’autre côté de la barrière, la foule avant si bruyante se tut en un instant et les visages s’attifèrent de masques de tristesse.
Près du mur d’abside, un petit groupe attendait déjà, assis sur quelques chaises placées en une ligne bien nette, le long d’une fosse fraîchement ouverte. Marcus déduisit qu’il devait s’agir là des proches de Steven Maaloy. Ce qu’il en restait, tout au moins. La troupe se plaça derrière les chaises; de l’autre côté, on voyait un cercueil de bois sombre posé sur deux tréteaux. Parmi la foule, certains jouaient des coudes pour une place aux premières loges. Ils semblaient complètement étrangers à la scène qui était en train de se jouer devant eux, le deuil et la tristesse attirant toujours des tas de vautours avides de se repaître de la misère d’autrui. Que dire alors quand c’était les puissants qui passaient l’arme à gauche et faisaient la une de tous les journaux du pays.
Le ciel était gris et jetait une lumière lourde - et de circonstance - sur l’assemblée. Les trois amis se tenaient côte-à-côte juste derrière une chaise que l’on avait laissée vide comme dans l’attente de l’arrivée de la jeune femme que la police avait arrêtée, la pauvre Ruth Maaloy.
Une douleur dans le genou dérangea le vieil homme et il commença à se balancer d’un pied sur l’autre dans l’espoir de trouver une position plus confortable.
Les funérailles ennuyaient profondément Marcus. Il n’avait jamais été un fervent croyant et avec les années, et le nombre croissant de morts parmi ses amis, elles avaient finalement perdu tous attraits à ses yeux. Il leva la tête et regarda le vicaire ; il voyait ses lèvres bouger mais il écoutait sans être capable de l’entendre vraiment.
La douleur était toujours vive et il laissa son esprit doucement glisser dans un état de latence. Le vieil homme chérit ce moment de calme et de paix, le sommet du crâne balayé par une douce brise. Il chérit ce moment mais il n’arrivait pas à se détacher de tout ça, toute cette sordide affaire. Il porta son regard sur la chaise vide et se demanda si la fille Maaloy était vraiment coupable de ce dont on l’accusait. Loin de Marcus l’idée de minimiser les capacités du beau Sexe (après tout, j’étais là pendant la Grande Guerre) mais tout dans cette mise en scène ne semblait pas coller avec le portrait que Loretta leur avait fait de la craintive Ruth Maaloy.
Sheila bougea près de lui et le fit sortir de sa rêverie. Les gens commençaient à s’en retourner vers l’entrée du cimetière alors que de solides gaillards s’activaient autour du cercueil. Une fois de l’autre côté de la barrière, les discussions reprirent comme si on avait fait exploser la bulle de silence qui entourait le champ du repos.
Une première voiture s’arrêta le long du trottoir et trois membres de la famille du mort montèrent à son bord avant qu’elle ne reprenne sa route. Marcus la regarda s’éloigner quand un deuxième véhicule se stoppa près des trois amis et la fenêtre arrière se baissa doucement.
“Loretta, je suis si heureuse de te revoir.”
“Je suis si heureuse, Loretta. Si heureuse de te revoir”, répéta la vieille femme qui se trouvait devant elle.
Loretta et ses deux amis étaient à bord de la voiture d’Alice Cavendish, la tante de feu Steven Maaloy. Elle et cette dernière avaient été de très proches amies dans leur jeunesse mais le temps et la vie avait fini par les séparer. Cependant, quand elle avait appris par les journaux l’identité du défunt, elle avait immédiatement repris contact avec Alice.
Normalement d’un abord plutôt avenant, Loretta avait aujourd’hui beaucoup de mal à reconnaître son ancienne camarade. L’intérieur du véhicule était assez sombre, compte-tenu du manque de lumière extérieur, mais elle remarqua facilement les larges cercles bleus autour de ses yeux, gonflés par le chagrin.
La voiture roula un moment sur la route principale avant de bifurquer sur une route plus étroite qui serpentait entre les arbres: on s’approchait de Chase Hall. Le domaine appartenait à la famille Maaloy depuis plusieurs années maintenant. Steven en avait fait l’acquisition juste après son mariage. Il avait fait démolir le châtelet élisabéthain qui s’y trouvait pour y faire construire un énorme manoir moderne à la place, qui manifestait mieux selon lui l’importance qu'il avait de lui même et qu’il souhaitait étaler à la vue de tous. Loretta avait eu l’occasion d’être reçue à plusieurs occasions à Chase Hall bien qu’elle n’ai jamais beaucoup appréciée la compagnie du mort. Elle le trouvait arrogant, brutal et foncièrement méchant.
Derrière le couvert des arbres, on apercevait déjà l’énorme masse blanche de la maison. La voiture avança en direction de l’entrée qui avait les proportions d’une imposante tholos entourée d’une série d’immenses colonnes cannelées.
Une fois délestés de leurs manteaux et chapeaux, le vieux majordome des Maaloy conduisit les quatre nouveaux venus dans le salon qui était déjà bien rempli d’hommes au maintien raide et au regard sévère et de leurs épouses. Les banquiers se ressemblent tous.
La pièce avait un aspect spartiate et froid qui fit frissonner Loretta quand elle passa le seuil de la porte. Sur les murs on ne trouvait ni tableaux ni décors d’aucunes sortes si ce n’est un immense portrait à l’huile, placé au dessus du manteau de la cheminée, de celui dont on déplorait le départ aujourd’hui et autour duquel on avait noué pour l’occasion un large ruban de soie noire. C’était une de ses peintures modernes que Loretta appréciait peu. L’homme avait les cheveux très courts, un cou très épais et ses yeux avaient l’air de deux trous noirs que l’on aurait brûlés avec un tison. L’approche abstraite de l’artiste ne faisait que renforcer la grande noirceur qui se dégageait du sujet. Un être méprisable.
Sous le portrait se trouvait deux sofas de cuir noir se faisant face et sur lesquels se trouvaient trois personnes. La première était une femme d’à peine vingt ans, assise profondément dans le siège et qui tirait sur un fume-cigarette en ivoire. Elle portait encore sa voilette qui accentuait son teint déjà bien halé. Ses cheveux blonds peroxydés et sa robe ajustée - qui laissait peu de place à l’imagination - lui donnaient un air quelque peu vulgaire. Loretta ne l’avait jamais vu à Chase Hall lors de ces précédentes visite mais elle supposa qu’il s’agissait de la jeune Mrs. Maaloy. Celle-ci ne se leva pas à l’arrivée de Loretta et de ses amis; les deux hommes qui l’accompagnaient se mirent debout pour les saluer.
Loretta et Alice Cavendish étaient assises près d’un jeune homme qui se trouvait être le médecin de la famille Maaloy. Sheila avait pris la place qui faisait face à la jeune veuve et la fixait silencieusement avec intensité et jugement, alors que cette dernière continuait de fumer sans prêter attention à ce qui pouvait se passer autour d’elle. Marcus, quant à lui, discutait avec un homme d’un certain âge au cheveu grisonnant.
Malgré son trouble, Alice Cavendish essayait tant bien que mal d’échanger des banalités avec leur interlocuteur.
“Comment se porte votre épouse, Dr. Prendergast? J’ai vu qu’elle ne vous accompagnait pas aujourd’hui.”
“Mary a dû se rendre pour quelques temps au chevet de sa mère malade.”
“Je suis navré de l’apprendre”, reprit Alice.
“Et vous? Comment allez-vous?” demanda le jeune médecin en se penchant vers la vielle femme pour lui prendre la main.
“Je vais bien merci.”
Sentant venir une nouvelle crise de larmes, Loretta trouva judicieux de changer de sujet.
“Et depuis quand êtes-vous installé ici, docteur? Vous ne semblez pas originaire de la région.”
“Cela se voit tant que ça?” répondit le jeune homme avec un large sourire.
“Excusez mon indiscrétion”, reprit Loretta avec un léger gloussement. “C’est notre défaut, à nous autres vieilles personnes. Les charmes discrets de notre belle campagne vous sont-ils agréables? Je sais comme nous pouvons sembler un monde clos aux ‘étrangers’.”
“Les gens ont toujours été très gentils avec mon épouse et moi-même, depuis notre arrivée l’an dernier. J’ai repris la patientèle du vieux Dr. Huxtable après que celui-ci soit parti à la retraite.”
“Et quand êtes-vous rentré d’Australie?” lui demanda la vieille femme.
“D’Australie? Je n’ai jamais eu la chance d’aller dans les colonies. J’ai grandi et j’ai été élevé en Irlande.”
Le Dr. Prendergast continuait de sourire doucement et Loretta avait beaucoup de mal à détacher son regard de cette bouche aux lèvres pleines.
“Mesdames, veuillez m’excuser mais je dois m’en retourner à mes patients.” Le docteur se leva et les salua une dernière fois d’un mouvement de tête avant de se tourner vers Mrs. Maaloy et renouveler ses condoléances. En le regardant s’éloigner, Loretta ne put s’empêcher de penser à un homme qu’elle avait rencontré il y avait des années de cela. Cecil, c’était son nom. Un véritable australien du bush, tatoué comme un bagnard et le corps couvert de cicatrices. Loretta se mordit la lèvre au souvenir de ses bras forts et de ses baisers ardents, au goût de sel.
Mrs. Maaloy s’était lassée de son petit jeu avec Sheila, alors Marcus en profita pour se rapprocher de la jeune femme. Sir Arthur Pendrick, le bonhomme avec lequel il discutait tout à l’heure, était maintenant penché vers la veuve qui avait l’air de prodigieusement s’ennuyer à l’écoute de son voisin.
Marcus s’assit sur le fauteuil laissé vide par le docteur. Incidemment, la discussion se déroulait du côté de sa bonne oreille... Il fit semblant de ne pas prêter attention à ce qui se disait près de lui mais la jeune veuve vit en Marcus son sauveur et se tourna vers lui pour engager la conversation afin de faire taire le raseur assis à côté d’elle.
“Bonjour, monsieur.” dit-elle en tendant une main gantée. “Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés.”
“Non. Marcus Brewster. Je suis venu avec votre tante Alice.”
“Ah. je vois.” dit-elle avec une moue.
“Enchanté.” répondit le vieille homme sans relever la pique. “Je suis navré pour la mort de votre mari. Et de votre ami.” ajouta-t-il à l’intention de Sir Arthur.
Devant l’air inexpressif de Mrs. Maaloy, Marcus préféra continuer de parler:
“J’espère que la police va vite trouver le coupable.”
“Ce n’est pas déjà le cas?” répondit la veuve en sortant soudainement de sa rêverie.
Le vieil homme fit mine de ne pas comprendre.
”Comment? Vous êtes donc persuadée que votre belle-fille est coupable du meurtre? Je pensais qu’elle n’avait été arrêtée que pour tentative de meurtre...”
“Meurtre, tentative de meurtre: tout ça, c’est pareil! Je ne lui ai jamais fait confiance de toute manière. Et puis, si la police ne la savait pas coupable, elle ne l’aurait pas arrêtée.” La jeune femme finit sa phrase avec un air catégorique, en croisant ses bras sur sa poitrine pour signifier à son interlocuteur qu’elle en avait fini avec son argumentaire. Marcus allait rétorquer quand Pendrick l’interrompit :
“Vous êtes dure avec cette pauvre enfant, Constance. Faible comme elle est, je suis sûr qu’elle n’aurait jamais pu commettre une telle atrocité.”
“Oh oui, la pauvre petite! Elle a bien caché son jeu! Elle faisait la fille fragile devant tout un chacun alors qu’elle n’était qu’une folle dangereuse!” dit Mrs. Maaloy vivement. Elle s’arrêta un moment et, se souvenant des circonstances, elle continua d’une voix brisée:
“Et elle assassina mon cher mari…”
Bien jouée la scène du mélodrame. Marcus applaudit in petto les talents de tragédienne de Mrs. Maaloy et pour ne pas la décourager, il se pencha en avant pour flatter la main de la jeune femme dans un faux geste emprunt de sympathie.
“Mais pourquoi aurait-elle voulu tuer son père?” continua Marcus.
“C’est une maniaque, vous dis-je! N’est-ce pas une raison suffisante?” Sa voix était calme mais les grands yeux bleus de Constance Maaloy étaient maintenant emplis d’une rage contenue et on aurait pu croire qu’ils allaient lancer des éclairs.
“Constance!” coupa Sir Arthur.
“Quoi? Quoi? J’ai toujours su que son cœur était amer et son âme noire. Vous savez qu’elle me haïssait depuis notre première rencontre. Elle ne me laissait rien faire ici, je ne pouvais même pas diriger ma propre maison. Et depuis quelques mois, elle était de plus ne plus heureuse alors que Steven était de plus en plus mal. Même vous, Arthur, vous ne pouvez pas le nier.”
Sir Arthur Pendrick ouvrit et ferma sa bouche plusieurs fois sans rien trouver à répondre.
“Je--Je-- Vous avez peut-être raison… Elle est ma filleule, vous savez?” ajouta-t-il à l’intention de Marcus. “Je la connais depuis sa naissance. Elle a toujours été si... triste. C’était un plaisir de la voir si joyeuse pour une fois.”
“Elle se moquait de nous! De Steven. Et elle préparait dans l’ombre son plan diabolique pour se débarrasser d’un père qu’elle détestait depuis--” Constance Maaloy semblait sur le point de dire quelque chose mais elle se ravisa.
“Je vous en prie, continuez.” essaya Marcus.
“Non, rien. Les funérailles m’ont fatiguée, je vais aller m’étendre un moment. Arthur, veuillez m’excuser auprès des invités.”
Elle se leva suivie des yeux par Sir Arthur et Marcus qui la regardèrent sortir de la pièce d’un pas chaloupé.
“Et vous Mr. Brewster?” demanda Pendrick en se tournant vers le vieil homme.
“Oui?”
“Pensez-vous que ma filleule soit coupable?”
Marcus resta silencieux quelques secondes en cherchant ses mots avant de répondre:
“Je ne peux pas me substituer à la police et dire avec certitude que Miss Ruth est coupable mais j’ai l'irrépressible sentiment qu’il y a bien plus à voir qu’on ne nous le laisse à croire.”
“J’aimerais avoir cette assurance” répondit Sir Arthur.
“Peut-être qu’il ne tient qu’à vous de faire la lumière sur cette affaire.”
“J’ai bien peur de ne pas être objectif” dit Pendrick avec un rire jaune.
Marcus planta ses yeux dans ceux de son interlocuteur.
“Aimeriez-vous un peu d’aide ?” demanda Marcus innocemment. L’homme qui lui faisait face le fixa droit dans les yeux avant de répondre:
“Oui.”
Fin du quatrième feuilleton
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Mersi bras mes chatons tout doux et à la semaine prochaine!
Il faisait froid dehors, terriblement froid et elle se félicita intérieurement d’avoir mis d’épais bas sous sa robe. Elle glissa sur la neige qui restait sur le chemin et étouffa un juron. Qui a eu cette idée stupide d’organiser un tel événement à cette époque de l’année? Elle marqua une pause et fouilla frénétiquement dans le sac qu’elle tenait fermement à la main. Où ai-je mis cette maudite invitation? Elle palpa fébrilement son manteau: l’invitation se trouvait toujours dans la poche, où elle l’avait placée avant de partir. Elle poussa un soupir exaspéré et repris sa marche, en faisant attention à ce que l’eau boueuse de l’allée ne vienne pas maculer ses chaussures. Elle passa une main gantée sur ses cheveux que le froid rendait difficile à coiffer; elle n’était pas d’un naturel coquette mais elle se devait d’être présentable, surtout ce soir. A ses oreilles, elle avait mis les boucles en diamant de sa mère et le collier que lui avait offert son mari pour leur premier anniversaire. Il ne lui allait pas vraiment mais il ferait son office.
Elle s’arrêta une seconde fois et jeta un regard par dessus son épaule. Ses pas disparaissaient déjà dans la nuit ; elle s’avait qu’il lui était impossible de faire marche arrière maintenant alors qu’on voyait percer les lumières de la maison au bout du chemin. Au diable! Elle avait toujours eu un don inné pour faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Elle enfonça la tête dans ses épaules et se remit à marcher d’un air conquérant.
Elle se tenait devant sa maquilleuse, regardant son reflet dans le miroir, se demandant si son maquillage réussirait à faire ressortir ses yeux. C’est un vain travail, je suis bien trop vieille pour prétendre encore être une débutante. Elle plaça ses mains de par et d’autre de son visage et en tendit la peau avant de s’exclamer d’une voix étouffée:
“Oh! regardez: on dirait que j’ai à nouveau cinquante ans...”
Elle rit intérieurement de sa plaisanterie, finit d’attacher son collier de perles autour de son cou avant de se lever et de quitter sa chambre.
Dans le hall d’entrée, sa femme de chambre lui mis un manteau de fourrure sur les épaules et elle jeta un dernier coup d’œil dans le miroir, par dessus son épaule, et le souvenir de ses jeunes années lui revinrent en mémoire. Elle lissa sa robe d’un revers de main et se dirigea vers la porte d’entrée.
Dehors la voiture l’attendait déjà; elle descendit précautionneusement la volée de marche et prit grand soin de ne pas tacher le cuir de ses chaussures. Elle se réfugia prestement dans l’atmosphère chaleureuse du véhicule et posa une couverture sur ses jambes frêles, consciente de ne plus être de la toute première jeunesse. Le changement de température la fit frissonner délicieusement.
“Est-ce que milady est prête?”
“Oui, Graham, nous pouvons-y aller.”
Alors que la voiture avançait le long de l’allée, elle pensa à quel point elle aimait cette période de l’année mais commençait à se lasser des soirées organisées par Melissa.
Tous les ans, Melissa Babcock envoyait des invitations, conviant à assister à l’ultime événement mondain de l’année. Elle avait plus ou mois raison car ses soirées étaient l’occasion de réunir le gotha et toute personne aspirant à être quelqu’un espérait recevoir une invitation à la soirée de Noël organisée par Mrs. Melissa Babcock; bien sûr Sheila ne faisait pas partie de ce monde mais être des ses amies était en soi une forme de reconnaissance qui pouvait ouvrir certaines portes.
Elle sortit l’invitation de son sac et la relue une nouvelle fois “Préparez-vous à être surpris et émerveillés...”. Qu’allait-être la nouvelle trouvaille de Melissa cette année? Elle ne pouvait que conjecturer mais avec la fortune que lui avait laissé son mari et aucune cause louable à soutenir, Melissa ne connaissait quasiment aucune limite.
La voiture continua sa course dans la campagne et elle permit à ses pensées de doucement glisser au loin.
Cela faisait près d’une heure qu’il était arrivé. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Melissa avait insister pour l’appeler à l’aide quand elle ne le laissait rien faire. Il secoua les épaules et pensa qu’il pouvait encore profiter du délicieux single malt de son hôtesse. Il en avait déjà ingurgité une importante quantité et sa tête en réclamait encore avidement. Ne bois pas tant, tu vas te retrouver à pleure dans la salle de bain! Encore... Il parcourut la pièce du regard. Melissa avait déjà tout fait préparer. Sur une table dressée, les verres étaient alignés en rangs bien nets, les bouteilles de champagne givraient paisiblement dans un immense seau empli de glace et des gobelets se balançaient légèrement au bol de punch, jouant avec la lumière des lustres du plafond.
Les rideaux masquaient les fenêtres dans l’attente d’une ouverture dramatique. Il était rituel qu’on les fasse ouvrir à minuit pour offrir à la vue des invités réunis les illuminations que Melissa faisait installer dans le parc. C’était un événement à ne pas manquer mais la seule raison qui le poussait à revenir année après année, c’est que c’était pour lui l’occasion de revoir les filles. Il se demandait si elles seraient bientôt là. Cela faisait près d’un an qu’il ne les avait pas vu. La petite soirée de Melissa avait toujours été l’occasion de leur retrouvaille. Même quand ils étaient à l’étranger ou bien mariés, ils trouvaient le moyen de se retrouver tous les trois. Maintenant, elles étaient veuves et il pouvait les avoir pour lui seul, comme au temps de leur jeunesse. Il était égoïste et il le savait mais il était trop vieux maintenant pour en éprouver le moindre remord. Il se versa un dernier verre de scotch. Un dernier, pour célébrer!
Il fit taire la voix dans sa tête et quitta le confort du fauteuil dans lequel il était assis pour se rapprocher de la cheminée où il plongea ses yeux dans les flammes. Sa jeunesse était passée comme la bûche dans l’âtre et, bientôt, il ne resterait que des cendres de ce qu’il avait été.
Une des bonnes de Melissa entra dans le salon et lui demanda s’il avait besoin de quelque chose.
“Tout va à merveille, mon enfant. Quand doivent arriver les invités?
“Une vingtaine de minutes, monsieur.”
Une vingtaine de minutes. Cela lui laissait largement assez de temps pour boire un dernier verre.
Quand la première gorgée glissa le long de sa gorge, il sentit les larmes lui emplirent les yeux.
Fin du premier feuilleton
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Sinon, vous avez le droit de le dire mais restez courtois: j’ai un cœur vous savez...