Le massacre de Lennoxville, aussi appelé la « purge de Lennoxville », désigne une tuerie interne du crime organisé survenue le 24 mars 1985 au bunker des Hells Angels de Sherbrooke, alors situé dans l'arrondissement de Lennoxville, au Québec. Cet épisode demeure l’un des événements les plus marquants de l’histoire criminelle canadienne et a profondément transformé le monde des gangs de motards au pays.
À cette époque, les dirigeants des Hells Angels soupçonnent plusieurs membres du chapitre North de Laval d’être devenus incontrôlables. On leur reproche notamment leur consommation excessive de drogues, des détournements d’argent et un manque de discipline envers l’organisation. Afin de régler ce conflit interne, les membres visés sont convoqués à une prétendue réunion au bunker de Lennoxville.
À leur arrivée, les cinq motards sont exécutés un à un par leurs propres confrères. Les victimes sont Laurent « L’Anglais » Viau, président du chapitre North, Guy-Louis « Chicoutimi » Adam, Jean-Pierre « Matt le Crosseur » Mathieu, Michel « Jamy » Mayrand et Jean-Guy « Trompeur » Geoffrion. Après les meurtres, les corps sont enveloppés dans des sacs de couchage, lestés avec des blocs de ciment puis jetés dans le fleuve Saint-Laurent. Ils seront retrouvés plusieurs mois plus tard par des plongeurs de la Sûreté du Québec.
Un personnage important échappe toutefois au massacre : Yves « Apache » Trudeau, considéré comme l’un des tueurs à gages les plus redoutés du milieu criminel québécois. Absents des lieux parce qu’il suivait une cure de désintoxication, Trudeau deviendra plus tard un témoin clé pour les policiers. Craignant pour sa vie et se sentant trahi par les Hells Angels, il acceptera de collaborer avec les autorités, permettant la résolution de nombreux meurtres liés aux motards.
L’enquête policière mènera à une importante série d’arrestations. Plusieurs membres des Hells Angels, dont Jacques Pelletier, Réjean Lessard, Luc Michaud et Robert Tremblay, seront reconnus coupables de meurtres prémédités et condamnés à la prison à vie.
Au-delà de son aspect criminel, le massacre de Lennoxville a eu des conséquences majeures sur l’évolution du crime organisé au Québec. L’événement contribue à forger la réputation des Hells Angels comme organisation extrêmement violente et disciplinée. Il provoque également une rupture durable dans le milieu des motards criminalisés. Plusieurs groupes indépendants refusent désormais de se soumettre à l’autorité des Hells Angels, ce qui favorise la création des Rock Machine en 1986.
Cette rivalité mènera, quelques années plus tard, à la guerre des motards au Québec entre les Hells Angels et les Rock Machine. Ce conflit sanglant, qui se déroule principalement entre 1994 et 2002, tourne autour du contrôle du trafic de drogues et fera plus de 160 morts, incluant plusieurs victimes innocentes. Le massacre de Lennoxville est ainsi souvent considéré comme l’un des événements déclencheurs ayant préparé le terrain à cette guerre criminelle sans précédent dans l’histoire du Québec.










