Critique #8 - Les marcheurs de nuages (partie 1), par EphelI
L’engouement des poneys pour ces nouveaux récits venus d’un autre monde restait cantonné à Trottingham et peinait à se propager dans tout Equestria.
Il fallait un moyen de propulser le phénomène dans toutes les bibliothèques, attirés les curieux de tous horizons.
Et pour atteindre les cieux, on devait commencer par toucher les nuages…
La première demande de critique pour une fiction longue nous vient de son auteur, EphelI, qui nous offre plus de 30.000 mots à se mettre sous les yeux. Un travail plus titanesque que ce que j’avais imaginé pour tout passer en revue, mais pas insurmontable !
Bien qu’inachevé, “Les marcheurs de nuages” est la troisième publication d’EphelI sur quatre. Débuté en mars 2016 avec un One-Shot en deux parties, son rythme de parution est régulier avec une fiction de trois chapitres et un autre OS durant la publication de sa fiction encore en cours que j’ai eu le plaisir de lire, pour six chapitres sortis au moment de la critique !
Un horizon dégagé
Je ne vais pas pouvoir en dire long sur le contenu de la fic en lui-même, vu que j’ai été agréablement surprise de constater qu’il s‘agissait d’un polar. Et je ne tiens pas à spoiler l’intrigue ; sachez juste que le premier chapitre est un point de départ qui n’a l’air de rien, mais ce qui commence comme une histoire de terrestres en visite à Cloudsdale tourne vite à l’enquête policière autour de l’événement qui prend une direction inattendue.
Surprenamment, on reste dans le ton du show au ieu de s’orienter sur un univers alternatif comme la plupart des polars de ce genre ; mais non, l’auteur préfère astucieusement garder l’ambiance de la série avec l’accent mis sur les disparités entre les races, et les préjugés, comme les terrestres qui se trouvent prêts à payer pour qu’on leur jette un sort afin de visiter Cloudsdale, chose que les licornes et surtout pégases peuvent faire à bien moindre frais.
Les protagonistes sont en cela très bien travaillés et si des personnages de la série interviennent, ils ne sont jamais là uniquement pour le caméo, ils ont tous leur utilité, même ceux que l’on ne voit que très peu. Il y a beaucoup de soin apporté à l’univers et à sa cohérence, tirant parti de beaucoup d’éléments de la série pour donner de la cohérence à l’univers, sans en faire trop avec les OCs ne sont pas mis en avant à outrance. Tout va dans le sens de raconter une bonne histoire.
Mention spéciale pour le personnage principal, même si j’avais peur à la vue d’un licorne du genre noble et sûr de sa supériorité, j’ai été ravie de voir l’histoire petit à petit le faire légitimement changer par ce qu’il vit, sans pour autant le dénaturer. S’il n’y a aucun mal à ce qu’une histoire ne soit juste qu’un prétexte à voir un personnage changer et se concentrer sur ledit changement, c’est très agréable de voir l’histoire exister pour elle-même et le personnage naturellement changer au fil des événements, être affecté sans avoir l’impression que l’histoire est uniquement faite en ce sens.
Mais tout le travail sur les personnages me fait avoir toutefois un bémol concernant les environnements et décors, délaissés au profit des personnages. Ce n’est pas un gros reproche car ils ne sont la plupart du temps pas important et le texte se focalise extrêmement bien sur le plus important, avec un excellent rythme, mais par moment la narration arrive à tirer parti de ce que fait le personnage pour glisser quelques détails, comme évoquer l’état de la façade du bureau des délits magiques afin de faire comprendre l’état dans lequel la brigade se trouve. Cela peut sembler anodin, mais des petites touches de détails et d’interactions, même anodines, que les personnages ont avec l’environnement le rend beaucoup plus tangible.
Comme un ouragan
La fic possède néanmoins quelques petits défauts, au-delà de quelques petites tournures un peu rigides et autres détails pas bien méchants qui n’empêche guère d’apprécier la lecture, il y a trois choses que j’ai pu relever et, s’il ne s’agit de rien qui pose un vrai souci, chacun à sa manière contribue à sortir un peu le lecteur du texte, à mon sens.
En premier lieu, le découpage des dialogue peut rendre la lecture un peu confuse.
Dans l’exemple ci-dessus, on a dans le même paragraphe des dialogues appartenants à deux personnages différents : Cheerilee parle en premier, puis AJ. Seulement, les conventions au niveau de la mise en page laisse à penser que la fermeture des guillemets sert à inclure une narration interrompant le dialogue d’un même personnage. C’est probablement issu du théâtre mais l’usage veut par souci de compréhension que l’on revienne à la ligne pour entamer le dialogue du nouveau personnage.
Il est beaucoup plus clair pour le lecteur d’opter pour un découpage des dialogues plus “théâtrale”, laissant dans le dialogue du personnage, comme il est fait dans toute la fic, inclut seulement dans les guillemets le ton ou des indications directes du personnage qui parle, et d’y accoler hors des guillemets la narration qui a pour sujet le personnage qui vient de parler, et revenir à la ligne pour la ligne du personnage suivant.
Pour schématiser :
“Je fais ceci, dit A.” Il exécuta son action. “Bigre, me voici défait !”
Dans ce cas de figure, on ne comprend pas forcément immédiatement que le second dialogue vient d’un autre personnage. Même si c’est monté pour être une réponse directe, un découpage comme cela est plus efficace :
“Je fais ceci, dit A.” Il exécuta son action.
“Bigre, me voici défait !”
Et dans le cas où on aurait une narration faite par un autre personnage, ou n’ayant pas de lien direct avec le déroulé du dialogue, on a tendance à remettre à la ligne la narration, vu que l’accoler à la ligne de dialogue l’y associe comme étant une conséquence directe liée au sujet qui prononce ce dialogue.
“Je fais ceci, dit A.”
B ne parvint pas à s’échapper.
“Bigre, me voici défait !”
Même si le dialogue est plus étiré de cette manière, il est plus facile à appréhender pour le lecteur, qui aura plus de facilité à comprendre sans effort la manière dont s’articule à qui appartient chaque dialogue et à quoi se réfère la narration.
Une feuille dans la tempête
Un autre souci que j’ai pu voir est mineur et, ironiquement, tient d’une application très rigoureuse de l’accord avec le genre. C’est fait avec beaucoup de soin mais cela donne lieu à des situations telles que celle-ci :
Appliquer l’accord au sujet, licorne, qui est féminin pour évoquer un personnage masculin peut rendre cela un peu confus pour bien appréhender le personnage. Cela vient du fait que licorne soit strictement féminin, mais quand on écrit sur des petits poneys, bien que le sujet reste à l’appréciation de l’auteur, par des soucis de compréhension je recommande l’usage de “le licorne”. Ce qui n’est pas pas forcément dénué de sens, considérant qu’on a aucun mal avec “la pégase” alors même que pégase est un nom strictement masculin si l’on se réfère à la langue française.
Ce n’est qu’une solution que je peux proposer, mais quoi qu’on puisse avoir comme opinion sur le sujet de l’accord des licornes, dans le texte cela peut tout de même poser problème et j’ai parfois dû m’y reprendre pour être certaine d’à qui la narration faisait référence.
Et pour en finir avec les petits points négatifs, bien que cela soit encore une fois minime, il y a une tendance à utiliser très souvent les même substituts, Homes souvent remplacé par licorne ou étalon avec un adjectif de couleur, variant certes, mais restant juste “la licorne/l’étalon parme/lila/etc”, ce qui est une répétition que je tenais à signaler car susceptible de sauter aux yeux, et je ne peux qu’encourager à trouver d’autres façons de qualifier les protagonistes, en usant de leurs conditions, rangs sociaux ou traits particuliers, plutôt que trop souvent alterner entre le nom et la race associée à une caractéristique colorée ; ce n’est pas gênant dans l’absolu, mais ce serait un plus qui éviterait les répétitions qui peuvent se remarquer.
Le vent se lève
Je ne peux malheureusement pas conclure par une note et un avis très construit, car cette fiction nécessite de s’y plonger pour l’apprécier. Si on fait l’impasse sur les quelques petits défauts, cela reste un très bon polar, et je referais sans doute un petit article pour commenter la fin de l’intrigue et donner une note à l’ensemble, reflet de mon avis purement subjectif, bien entendu.
Cette fiction, si elle était de la terre, serait un sol fertile, dont les premières pousses semblent prometteuses, mais il faut encore voir ce qu’il va concrètement en éclore…









