J’ai pour Pedro Almodovar une patience, une tendresse. Je le suis depuis ses débuts et nous avons mis du temps à nous apprivoiser, lui et moi. Son goût pour la provocation n’était pas toujours du mien, même si je savais qu’avec une approche différente, nous nous rejoignions sur l’essentiel. Car son amour de la vie, son humour, son sens du mouvement et des couleurs sont immenses. Quand le fantasque baroque, qui est sa signature, a laissé peu à peu la place à son talent de conteur, comme dans Hable con ella ou Volver, j’ai su que nous nous étions trouvés.
Volver est un film de femmes, très typique d’Almodovar, où la réalité, rude et dérangeante, se mêle au surnaturel.
Il y a ce moment, indicible, où Pénélope Cruz interprète une chanson qui donne son nom au film. Elle est doublée par une grande chanteuse de fandango, Estrella Morente.
A l’époque où j’ai vu Volver pour la première fois, je ne connaissais de cette chanson que la version de Carlos Gardel, la Légende du tango argentin. Et là, loin de l’”académisme” du maître, brusquement, celle-ci trouvait exactement sa place, remplissait l’espace et les coeurs, avec une émotion que je ressens à chaque fois que je l’écoute.
Revenir à la vie, revenir parmi les vivants, forcer le destin d’un retour impossible. Parce que chacun a droit à une seconde chance.
(cliquez sur le titre du billet pour écouter Volver)