Aux frontieres du lesotho
Voici donc la deuxième étape de notre voyage : Bethleem, petite bourgade au nord du Lesotho (prononcé Lesoutou et où on parle le soutou). Malgré les nombreux nids de poule sur le trajet, la voiture de location a tenu le coup et nous sommes arrivés à bon port en début d’après-midi le jeudi 10 mai. Nous avions rendez-vous sur le parking du centre commercial de la ville avec Christopher et David, les deux volontaires Fidesco sur place, ainsi qu’avec Hubertus, directeur de CCS (Catholic Community Services), là où travaille Chris. Hubertus est un allemand ayant passé plus de 20 ans en mission en Afrique et parlant parfaitement français, mais cen'est pas le sujet ici ! Pas le temps de nous reposer : on pose les sacs et on attaque directement le vif du sujet ! Notre temps sur place est plus restreint qu’à Saint Augustine, il faut donc s’organiser et tenir compte du weekend qui limite nos prises de vue. On décide donc, en accord avec eux, de suivre David du vendredi au samedi, et Chris du lundi au mardi.
Les deux volontaires nous ont proposé de nous héberger, ce que nous avons accepté avec plaisir. Nous avons donc le privilège de dormir dans la fameuse « treehouse ». Ils vivent en effet au premier étage d’un « chalet » en bois entouré d’un rideau végétal (si, si, vraiment !). Nous débarquons donc chez eux après le travail et quelques courses, et faisons un peu plus connaissance. On démasque alors Chris, c’est un serial-volunteer ! Cette mission est la 4ème à son actif ! Il est déjà parti deux ans à Bogota et trois mois en Zambie avant d’arriver en Afrique du Sud ! Il est américain, aime la photo (heureux propriétaire d’un D5100 comme Thomas) et est diplômé en biologie. David quant à lui est allemand, de Bavière s’il vous plaît (et fier de l’être, il y a même le drapeau de Bavière dans la treehouse), et sort d’une Business School allemande. En comparant nos dates de naissance on apprend aussi très vite que Guilhem est le plus vieux de nous quatre ! Le veinard. Notre chambre sera le salon, et l’on découvre à nos dépens la deuxième différence entre Bethleem et Joburg : hors la taille (ah oui ?), la température ! La journée, avec le soleil, on survit… Mais une fois la nuit tombée, le thermomètre baisse progressivement, jusqu’à un niveau froid, voire très froid, voire vraiment très froid… Et question isolation, la treehouse, ce n’est pas trop ça ! Au fur et à mesure de la nuit on empile donc les couches de vêtements, et tout va bien !
Bethleem est bien différente de Johannesburg, et les problématiques aussi. C’est une petite ville d’environ 120 000 habitants dont la majorité vit dans le township. Le développement et les progrès réalisés mettent plus de temps à arriver dans ces contrées rurales et les projets locaux contribuent notamment à réduire le fossé entre zones rurales et zones urbaines. Chris et David travaillent dans l’enceinte du centre John Paul II, qui regroupe divers projets de développement ruraux. David pour sa part travaille dans le centre Sekwele, qui organise des ateliers de formation pour les volontaires sur le terrain et les met en relation. Les thèmes abordés sont très variés et vont des droits de chacun aux questions de mœurs. Pour résumer, ce projet est un projet de réflexion sociale, afin d’organiser une sensibilisation de la population sur les droits des femmes, la violence… Certains comportements qui peuvent nous sembler évidemment condamnables, et que nous pensions comme des cas particuliers, ne le sont pas forcément ici (nous avons notamment assisté à un atelier sur les violences commises par les hommes et dans lequel la définition même d’un viol faisait débat). Chris, quant à lui, travaille pour CCS, organisme soutenant différents projets réalisés par la population locale. Il travaille en particulier sur les projets Impilo et M.A.R.U., qui respectivement fournissent de la nourriture et du soutien scolaire aux élèves après l’école et développent des projets agricoles (principalement des poulaillers et des potagers).
David et Chris sont arrivés il y a moins de deux mois. Leur travail est pour l’instant axé sur l’administratif ainsi que sur leur propre formation. Nous avons suivi Chris au long d’une journée de visites de différents projets dans la province de Qwa-Qwa, ancien Homeland pour la tribu Basuthu. Une région montagneuse, ressemblant au Lesotho (selon Hubertus…). Qwa-Qwa se prononce avec un claquement de langue, pas facile ! Nous abandonnons nos tentatives de claquements hasardeux après une petite heure de route, et nous admettons nos limites… (true story). Le matin, nous visitons donc deux projets Impilo (Food Centers pour les enfants, cf. plus haut), où nous avons eu droit à un véritable bain de foule quand nous avons sorti nos appareils photos. Une marée d’enfants se bousculant pour être immortalisés ! Pour l’un des projets, le terrain est prêté par un vieux fermier du village. Sa femme participait au projet avant sa mort, et depuis, il continue de le soutenir en prêtant son terrain et en donnant une partie de ses récoltes. Il nous montre l’étendue de ses biens. Une dizaine de moutons, un veau, un poulailler, ainsi que deux grands champs !
L’après-midi sera consacrée à la visite d’un projet Maru, dans lequel nous assistons à des zigouillages de poules en règle, grand moment vidéo ! Ce sera donc un reportage interdit au moins de 18 ans ? En même temps ce sont des poules… Nous visitons donc ce poulailler en expansion couplé à un large potager. Une dizaine de volontaires sont investis dans ce projet, qui fonctionne comme une entreprise. Les visites de Chris et du reste de l’équipe ont pour but de guider le fonctionnement des ces deux projets ainsi que de vérifier la bonne gestion des fonds répartis par CCS. Sur la route du retour nous traversons le parc naturel Golden Gate, très joli, qui nous a fait penser au Grand Canyon (même si ni l’un ni l’autre n’y avons jamais mis les pieds). Nous avons aussi eu le droit d’assister à un atelier de formation de Sekwele avec David, ce qui fut très intéressant : on a pu discuter un peu avec les volontaires bénévoles sur place, ils sont très motivés et l’atelier est très professionnel. Cela nous a permis de mesurer plus concrètement le rôle de ces « workshops ».
Nos moments de liberté ont été consacrés au dérushage et au temps passé avec Chris et David. Vendredi soir, David et son ami Enok nous emmènent au Casino, un des rares bars du coin où blancs et noirs se mélangent, pour partager quelques bières avec les collègues de David. Drôle d’endroit : un jukebox aux chansons douteuses, des afrikaans en shorts trop courts qui se bagarrent, des mamies assises qui jouent aux machines à sous… Un bon moment quoiqu’il en soit ! Le dimanche, après la messe dans le township, nous avons fait une rando sur la « Kop mountain », une « grosse » colline surplombant Bethleem. Il y avait notamment des autruches et des gazelles aux alentours, la vue d’en haut était très belle et on a échappé de peu à la pluie (oui il pleut en Afrique !).
Nous avons quitté Bethleem, Chris et David, le mercredi. Le temps est venu (après une petite pause, bien entendu) de terminer les premières vidéos. L’avancement correspond à nos attentes, au prix de quelques nuits de travail un peu longues !