Qui tente de s’approcher de son propre passé enseveli doit faire comme un homme qui fouille. Il ne doit surtout pas craindre de revenir sans cesse à un seul et même état de choses – à le disperser comme on disperse de la terre, à le retourner comme on retourne le royaume de la terre car les « états de choses » ne sont rien de plus que des couches qui ne livrent qu’après une exploration méticuleuse ce qui justifie ces fouilles. C’est-à-dire les images qui, arrachées à tout contexte antérieur, sont pour notre regard ultérieur des joyaux en habits sobres – comme des torsi dans la galerie du collectionneur. Il est à coup sûr utile, lors de fouilles, de procéder selon des plans. Mais tout aussi indispensable est le coup de bêche précautionneux et tâtonnant dans l’obscur royaume de la terre. Et il se frustre du meilleur, celui qui fait seulement l’inventaire des objets mis au jour et n’est pas capable de montrer dans le sol actuel l’endroit où l’ancien était conservé.
Walter Benjamin, « Fouilles et souvenir » (1932), cité par Georges Didi-Huberman dans Imaginer recommencer, Les Éditions de Minuit, 2021







