Mimi la brocante
Frustrés, peut-être, par la fermeture des commerces « non essentiels », (bien que leurs cruels parents, paraît-il, ne les autorisent pas à dépenser leur argent de poche comme ils l’entendent) Raoul et Mimi ont ouvert, chacun dans sa chambre, une brocante.
Après s’être racheté des billes et des cartes Pokémon à l’un et à l’autre, ils finissent par ouvrir leur commerce au grand public, et nous interpellent, depuis le pas de leur porte, dans l’espoir d’écouler leur stock.
A la quatorzième exhortation, Maël et moi finissons par décoller nos fesses du canapé où nous tentions de lire, et nous acheminons vers le marché aux puces à domicile, où règne, comme il se doit, une ambiance de concurrence forcenée. Chacun tente de s’approprier les nouveaux clients à coups de harangues variées. Un ensemble hétéroclite quadrille les deux étals : les revues, aimants, cartes postales et origamis côtoient des dinosaures en plastique et quelques playmobils sans perruque, ainsi que des bracelets en élastique tressé côté Mimi. Toutes ces merveilles sont dûment étiquetées : la répression des fraudes n’y trouverait rien à redire, les prix sont affichés sur des petits carrés de papier (visiblement tirés d’un cahier) directement scotchés à la table.
Raoul, cet escroc, tente de me refourguer, pour la modique somme de deux euros, une « éponge » (confectionnée au centre de loisirs, dans une optique zéro déchet - il est donc inenvisageable de la mettre à la poubelle) sous prétexte que parfois, je m’en sers pour nettoyer (traduire : quand il y a dix centimètres de poussière sur ses étagères, je prends le premier truc qui traîne pour passer un petit coup).
Goguenards et nonchalants, Maël et moi nous apprêtons à quitter la braderie sans rien débourser. Mimi commence alors à se montrer insistante : « pourquoi vous voulez rien acheter ? » demande-t-elle à nos dos tournés. Tandis que nous continuons à la snober, elle tente le tout pour le tout : « deux bracelets pour 80 centimes, c’est pas cher ! » récrimine-t-elle.
Comme nous lui rétorquons que nous ne comptons pas payer pour des choses que nous lui avons déjà ACHETÉES, elle s’énerve : oui mais là, c’est FABRIQUÉ ! Vous, vous m’avez juste acheté les élastiques !! et moi, j’en ai fait des bracelets ! D’un côté, notre marxiste de fille nous émeut. Mais nous profitons de notre statut de dominants pour nous montrer résolument intransigeants. Dans un élan de désespoir, elle brame : « Papa Maman vous voulez pas acheter une petite "poupée tracas" ? Elle coûte que vingt centimes !!! »
Tiens, c’est vrai qu’elle était mignonne, sa petite poupée, fabriquée à la maternelle. Quand Mimi faisait des cauchemars, on la lui mettait sous l’oreiller. Je l’aime vraiment bien, cette petite figurine, avec ses cheveux en laine rose et sa robe en patchwork de tissus. Et puis, qui sait, si je la laisse sur ma table de chevet, elle m’aidera peut-être à mieux dormir.- Tope-là. Je lui dis. Je te la prends à dix centimes. »
C’est vrai, quoi, c’est stressant, d’être le boss.


















