Je ne sais pas s’il est obligatoire d’avoir un rêve, ni même s’il est normal de ne pas en vouloir un mais je ne pense pas faire exception. Mon rêve c’est ce roman où je deviens cet être si unique et passionnant que tout le monde voudrait être moi. Seulement voilà, je ne suis qu’une pauvre femme bientôt divorcée, mère de 3 mouflets, qui a été mal aimée, maltraitée, délaissée, abusée, abandonnée et surtout déshumanisée. Pour autant, il y a cette force invisible mais irrépressible qui me pousse tous les jours à croire qu’un beau matin on me verra enfin!
Je ne dis pas que je veux être vu comme une star internationale avec sa photo dans tous les magasines où sur toutes les chaînes, non, mais je voudrais être vue comme la femme de quelqu’un qui a conscience de la véritable valeur ajoutée que je peux être pour lui parce que c’est moi et pas une autre.
On rêve toutes de l’homme idéal: beau, attentionné, gentil, généreux, viril mais pas trop, sensible mais pas trop et surtout surtout réel! Ça peut paraître fou, stupide voire présomptueux mais c’est cela que toutes les femmes veulent en vérité: un homme vrai. Attention à ne pas confondre avec un homme trop sûr de lui, pédant, macho ou crâneur!
Prenons par exemple le prix d’un tableau. Un jour, je me souviens avoir flashé devant un magnifique tableau et je le voulais absolument pour chez moi. Or, son prix exorbitant me fit tout de même hésiter car j’estimais ne pas être en mesure de me l’offrir. C’est alors qu’une connaissance à moi me fit une remarque tout à fait pertinente: « La seule valeur des choses est celle qu’on lui donne! ». Ce n’est pas parce que ce tableau était cher que je ne pouvais me l’offrir car j’en avais les moyens mais seulement car je ne faisais pas assez confiance en mes finances pour m’autoriser à craquer.
Pour les hommes, je pense que c’est la même théorie. Nous voyons toutes notre homme idéal comme inaccessible car nous imaginons que nos critères rédhibitoires ou non sont surévalués lorsque nous sommes en sa présence. Tout d’un coup, l’homme dont on a toujours rêvé ne nous semble plus aussi beau, plus aussi sensible et plus aussi parfait ou alors c’est tout l’inverse. Cet homme est tellement parfait qu’à ce moment là c’est nous que nous trouvons indigne de lui. On se demande ce qu’il peut nous trouver ou alors tout simplement à quel moment ça va merder!
C’est exactement ce que j’ai vécu avec Sébastien et Gregory!
Quand Sébastien a jeté son dévolu sur mon profil Meetic je me suis immédiatement dit qu’il avait sûrement fait une erreur. Sa photo de profil en maillot de bain rouge à la David Hasselhoff, prise en contre plongée, laissant en pleine vue ses abdos redessinés par les gouttes d’eau de mer déferlantes sur son torse ne laissait aucune place à mon imagination sur la valeur que j’allais bientôt donner à ce trophée inaccessible. Je ne détaillerai pas le bleu profond de ses yeux totalement envoûtant et la blondeur de ces cheveux finissant de parfaire le fameux tableau dont j’avais toujours rêvé.
En ce qui le concerne, rien que le fait qu’il s’attarde sur moi ne serait-ce que pour boire un verre était déjà une opportunité jamais autant espérée. Je fus du coup d’autant plus sous le charme quand il décida de m’embrasser, de me faire l’amour, de m’épouser et de me faire des enfants!!!!J’étais l’élue bon sang, la seule, l’unique! Le trophée c’était moi en réalité...jusqu’à l’extinction du faux semblant, l’apparition de la tromperie et de la manipulation. En fait, je vivais un rêve et je me suis réveillée.
Ce genre de réveil est assez rude je vous l’avoue mais n’est-il pas plus juste de souffrir d’un mauvais rêve sachant que la vrai vie nous attend que de demeurer endormie sans n’avoir jamais rien vécu de palpitant, d’excitant et finalement de réel.
Nous en revenons toujours au même point en définitive:le réel.
Partons du postulat que le rêve est l’idéal et le réel le juste. Cela signifierait que si nous voulions atteindre l’idéal, il faudrait vivre perpétuellement dans l’illusion, le mensonge voire l’utopie.
Vivre dans la réalité serait donc synonyme de souffrance, de déception et de rabais permanent de nos exigences. En gros, il faut savoir se contenter de peu plutôt que de rien à force de vouloir trop. Je ne sais pas si c’est bien accessible tout ça? Suis-je la seule à me torturer avec ce genre de débat existentiel?
Mon ami Mike que je considère comme mon jumeau maléfique a un avis bien tranché sur la question. Pour lui rien n’est impossible, rien n’est inaccessible. S’il veut quelque chose il l’obtient ou fait tout pour en tous cas. S’il échoue il part du principe que cela ne devait pas être autrement et passe à un autre objectif. Son opportunisme et sa détermination m’ont toujours fasciné. Malheureusement, en bonne jumelle maléfique, je suis son opposée totale et radicale. Pour moi, tout est impossible et inaccessible. Si je veux quelque chose qui me semble hors de portée je fais en sorte de l’oublier plutôt que de me battre pour l’obtenir. C’est désolant, non?
Pour autant, je ne sais pourquoi la perception du reste du monde sur moi est différente de la mienne. En effet, tout mon entourage me voit comme une guerrière, une battante, une force née voir même une bâtisseuse. Je suis sûre que les notions de rêve et de réel commencent à vous parler. En fait, dans la vie tout est définitivement une question de point de vue. Que l’on se positionne du nôtre ou de celui des autres au final la réalité est la vie qui se joue devant nos yeux.
Ma réalité n’était pas le rêve que Sébastien me faisait vivre car au final après m’avoir trompé, il a ressayé plusieurs fois malgré le fait de m’avoir fait croire qu’il voulait sauver notre famille pour finir par me quitter lâchement à la première erreur que j’ai osé commettre pour enfin me sentir réellement vivre!
Le problème avec le réveil de ce genre de rêve c’est qu’après tout ce que l’on vit nous semble fade ou pire encore: dangereux!
C’est là que Gregory entre en scène non sans peine pour essayer de me faire vivre le réel. Cet homme là est aux antipodes de mon idéal, enfin plutôt de ce que je pensais être mon idéal bien sûr.
Il est brun déjà, avec des yeux verts. Il est plus maigre que moi et il parle peu bref je passais du feu à la glace en l’occurrence. La cerise sur le gâteau était nos 11ans de différence qui plus le temps passait plus me faisait réaliser l’angoisse qui grandissait en moi sur son éventuelle disparition prématurée de ma réalité.
Pour autant, à l’inverse de Sébastien il était discret mais observateur, timide mais audacieux, fort mais sensible. Bref, cet homme là ressemblait de plus en plus à celui qui pourrait me voir comme je l’avais toujours voulu mais pour autant je refusais d’y croire. Et oui, quand on a vécu 13ans dans le mensonge plus rien ne nous semble réel ou même concret. Je refusais encore de croire que l’on puisse me regarder, me désirer ou même m’aimer. Sébastien me répétait tellement tous les jours que je n’étais pas câline, pas aimante et encore moins attirante que ces adjectifs ne risquaient plus de faire partie de ma description personnelle.
Gregory m’a appris à les rapprivoiser. Je ne dis pas que j’y crois définitivement mais aujourd’hui grâce à lui je suis capable de les entendre. Ce qui est drôle c’est vraiment ce sentiment de nouveauté. Je ne supportais pas que l’on me touche et désormais quand ses mains sont loin de moi je me sens mal. Je ne supportais pas d’être collée par l’autre et maintenant je suis en perdition quand nous sommes séparés trop longtemps. Je pensais être incapable d’aimer et d’être aimée et cet homme-là m’a donné le goût de l’amour.
Aujourd’hui, j’aime qu’il me regarde dans toutes les situations, j’aime aussi le regarder dans toutes les situations. J’aime qu’il m’observe en enregistrant des données sur moi pour pouvoir s’en servir afin de me surprendre et me plaire. J’aime le gâter, le pourrir et le remercier tous les jours d’être là pour moi. J’aime sa façon de travailler et d’avancer dans la vie. J’aime son calme et son pragmatisme. J’aime son besoin de me faire plaisir et son souci de me plaire.
Cependant, ce n’est pas sans peur ou sans reproche!
Je venais de me faire quitter lamentablement par un homme qui se voulait juste et droit, irréprochable et au dessus de tout soupçon alors qu’il se révéla menteur, manipulateur et infidèle. Et je venais de rencontrer un homme que je savais infidèle tout au long de sa vie, se croyant malade d’ailleurs à ce sujet et pour autant il ne me cacha rien de son passé, jusqu’aux détails les plus sordides comme une confidence.
Je dis souvent que la vie n’est qu’une succession de prises de risques et que tant que le bénéfice d’une situation ne rattrape pas le risque encouru elle vaut le coup d’être vécue.
Gregory c’est mon plus gros risque dans ma vie de femme car je dois accepter de repasser par l’horreur, le mensonge et la tromperie. Pour autant, je ne sais pas pourquoi je ne l’envisage pas. Sans doute parce que rien ne nous oblige à être ensemble, rien ne nous lie vraiment sauf l’envie.