Il faut donc comprendre la production des « images-désirs » comme un excès ou comme un « excédent d’images », ainsi que s’exprimera, jusqu’à la fin de sa vie, Ernst Bloch. (…) Il y a excédance parce que, lorsque la réalité se bloque – ou nous bloque, nous immobilise dans une aporie, dans une aliénation qui empêtre nos mouvements et mutile notre vie –, les rêves éveillés, eux, veulent se poursuivre. (…) L’imagination ne se contente pas, alors, de lancer en l’air ses « images-désirs » : elle les ressaisit et les assume socialement, politiquement. Elle transforme toute possibilité abstraite en cette « possibilité réelle » dont l’art fait sa « fête »… Sans oublier qu’il y a d’autres fêtes possibles que la fête artistique : tant il est vrai qu’il n’y a pas que l’art, dans la vie, pour se tenir à la hauteur de nos désirs les plus fondamentaux.
Georges Didi-Huberman, Imaginer recommencer, Les Éditions de Minuit, 2021










