Des cousins BUSSONE dans les mines du Nord-Pas de Calais
Antoine BUSSONE, l’aîné des enfants de Michele BUSSONE et de Marianna BRUNO est né le 4 août 1885 à Valloriate. Il était un petit cousin de la grand-mère de mon mari, Maria BUSSONE, autrement dit leurs pères respectifs, Michele et Giacomo, étaient cousins germains et leurs grands-pères respectifs, Antonio et Pietro étaient frères.
Antoine Bussone est un petit-cousin de Maria Bussone, la grand-mère de mon mari
Le dossier administratif de la Compagnie des Mines de Béthune donne un historique de la carrière d’Antoine dans différentes mines, en France.
Dossier administratif d’Antoine Bussone à la Compagnie des Mines de Béthune (source: Archives Nationales du Monde du Travail)
Il a tout d’abord été employé aux mines des Bormettes, à La Londe-83, du 11 septembre au 24 décembre 1909. La mine de zinc et de plomb fonctionnait pourtant à plein régime à cette époque. Alors pourquoi Antoine n’y est-il resté aussi peu de temps ? Lui a-t-on fait miroiter un salaire plus élevé s’il allait travailler dans les mines du Nord-Pas de Calais ? C’est possible car les compagnies minières comme toutes les grandes industries de cette époque allaient chercher très loin de la main d’œuvre.
Le 8 janvier 1910, Antoine descendait pour la première fois aux mines de charbon d’Aniche-59. Il résidait à Villers-Campeau-59 qui fait maintenant partie de la commune de Somain-59. Il y restera un peu moins de dix mois, jusqu’au 29 octobre 1910.
Dossier administratif d’Antoine Bussone à la Compagnie des Mines d’Aniche (source: Archives Nationales du Monde du Travail)
Six jours plus tard, le 4 novembre 1910, il embauche aux mines de Denain-59. Il y reste un peu moins de cinq mois, jusqu’au 21 mars 1911. Le 25 mars 1911, il est employé par les mines d’Anzin-59 pour une durée de presque deux ans.
Antoine se marie le 1° juin 1912 à Fenain avec Elodie DESPRES, originaire de Masny-59, qui est sans profession mais dont un oncle, François DESPRES et un beau-frère, Henri PETIT, sont mineurs. Ils sont témoins à leur mariage tout comme Michel BUSSONE, frère d’Antoine. Deux mois et demi plus tard, le 15 août 1912, naît, à Fenain, leur premier enfant, également prénommé Antoine.
Antoine a travaillé aux mines de charbon d’Aniche en 1910 puis aux mines de Denain et ensuite à celles d’Anzin à partir de mars 1911 (carte établie avec l’aide de Gemini)
Antoine quitte les mines d’Anzin le 5 avril 1913 pour embaucher aux mines de Béthune-62 le 11 avril 1913. Il y reste jusqu’au 28 juillet 1913. A la fin de l’année 1913, Antoine est témoin au mariage de son frère Michel et il est domicilié à Vermelles-62.
Ces différents changements de sites et même de compagnies minières s’expliquent par le fait qu’Antoine était bowetteur, c’est-à-dire qu’il n’était pas employé pour extraire le charbon de la veine comme les autres mineurs mais il était chargé de creuser de nouvelles galeries pour extraire toujours davantage de charbon. Ce travail, extrêmement pénible était payé au mètre, au prorata de l’avancée des travaux, de la largeur de la galerie et de la dureté de la roche. Les conditions de travail étaient très pénibles car ces galeries en cours de percement n’étaient pas ventilées, le bowetteur respirait énormément de poussière de silice provoquant la silicose, il séjournait dans une atmosphère chaude et humide et dans une quasi-obscurité. Il devait aussi prendre garde aux chutes de pierres ou aux éboulements. Un travail dur qui leur permettait de gagner davantage d’argent.
Je n’ai pas eu accès à d’autres dossiers de compagnies minières mais les naissances des enfants d’Antoine me permettent de suivre ses pérégrinations. Sa fille, prénommée Lorraine Joffrette en hommage à la bataille de Lorraine, en 1914, et au maréchal JOFFRE, a vu le jour le 26 février 1915 à Beaurainville-62, tandis que deux autres enfants sont nés à Vermelles-62 : Auguste le 10 février 1920 et Eugénie le 7 juillet 1921. Sur l’acte de naissance de Lorraine, Antoine est dit épicier et il demeure au lieu-dit la Gare à Beaurainville. Les actes de naissance des deux plus jeunes enfants ne sont pas encore en ligne sur le site des Archives Départementales du Pas de Calais car le registre des naissances de Vermelles de cette période s’étale sur 10 ans, de 1919 à 1929 et ne sera donc visible qu’à partir de 2030.
Beaurainville est à environ 80 km de Béthune et de Vermelles (carte établie avec l’aide de Gemini)
Durant la Première Guerre Mondiale, Vermelles a été complètement détruite. Les installations des mines de Béthune se sont trouvées, sans relâche, sous le feu de l’artillerie allemande. Antoine et sa famille se sont donc réfugiés à 80 km plus à l’ouest, à Beaurainville où il s’est reconverti en tant qu’épicier. Il est revenu à Vermelles après la guerre puisque ses deux plus jeunes enfants y sont nés.
La gare de Vermelles et la fosse N° 3
Lors du recensement de 1926, toute la famille demeure rue Arthur Lamendin à Vermelles et Antoine tient une épicerie avec son épouse, rue de la gare. Cette même année, il sera témoin au second mariage de son frère.
Recensement de 1926 à Vermelles (source : Archives Départementales du Pas de Calais)
Dans son édition du 21 janvier 1927, l’hebdomadaire « Les Archives Commerciales de la France » nous apprend que l’épicerie d’Antoine est placée en liquidation judiciaire.
Le commerce d’Antoine est en liquidation judiciaire à compter du 29 décembre 1926
Le 7 octobre 1928, Antoine obtenait la nationalité française et son épouse qui était devenue italienne par son mariage réintégrait la nationalité française. En 1928, Antoine demeurait toujours à Vermelles et il travaillait comme journalier.
Naturalisation française d’Antoine et de son épouse (Journal Officiel du 8 octobre 1928 source : Gallica)
Au recensement de 1931, les parents et les quatre enfants ont déménagé à Nanterre où Antoine est manœuvre.
Recensement de 1931 à Nanterre (source : Archives Départementales des Hauts de Seine)
Antoine est décédé à l’hôpital Laënnec, à Paris, le 12 juin 1940, il avait seulement 54 ans. Son épouse avait 70 ans lorsqu’elle est morte à Nanterre, le 21 mai 1959.
Acte de décès d’Antoine, à Paris (source: Archives de Paris)
Leurs enfants sont restés en région parisienne puisqu’ Antoine junior est décédé à Etampes le 14 octobre 1988, Augustin le 8 août 2001 à Suresnes et Eugénie le 23 juillet 1968 à Neuilly, seule Lorraine a passé ses dernières années de vie dans le Calvados.
Le deuxième enfant de Michele BUSSONE et de Marianna BRUNO s’appelle Michel. Il est né le 16 juillet 1891 à Valloriate. Il a commencé à travailler aux mines d’Aniche le 12 juillet 1910 en qualité d’aide-bowetteur soit six mois après son frère Antoine.
Dossier administratif de Michel Bussone à la Compagnie des Mines d’Aniche (source: Archives Nationales du Monde du Travail)
D’après son dossier administratif, il travaillait à la fosse Archevêque et demeurait à Villers-Campeau, probablement avec son frère Antoine. Il cesse son activité le 22 mars 1911.
L'entrée de la fosse Archevêque à Aniche
Le 22 août 1912, Michel BUSSONE est réengagé aux mines d’Aniche, toujours comme aide-bowetteur mais cette fois à la fosse Saint René qui se trouve sur la commune de Guesnain. Il quitte cet emploi le 28 janvier 1913.
Dossier administratif de Michel Bussone à la Compagnie des Mines de Béthune (source: Archives Nationales du Monde du Travail)
Le 5 février 1913, il est embauché aux mines de Béthune comme bowetteur, il y restera jusqu’à l’ordre de mobilisation générale en août 1914. Cette même année 1913, précisément le 20 décembre, Michel épouse, à Vermelles où il réside, une jeune-fille de dix-sept ans, Maria TRANNIN qui est trieuse à la mine. Leur premier enfant, Michel naît le 27 septembre 1914, à Vermelles.
Leur deuxième fils, Jean, voit le jour à Cavron Saint Martin, à 9 km de Beaurainville, le 18 octobre 1917. Les deux frères, Antoine et Michel ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre. Pendant la première guerre mondiale, ils se sont, tous deux ainsi que leurs familles, mis au vert dans la région d’Hesdin, du fait de la totale destruction de Vermelles.
Michel ne reviendra aux mines de Béthune que le 10 décembre 1919. Il habite alors à Mazingarbe ou naît son troisième enfant, Pauline, le 3 juin 1920.
Recensement de 1921 à Mazingarbe (source : Archives Départementales du Pas de Calais)
En 1921, toute la famille est recensée à Mazingarbe. Ils habitent dans un coron de la fosse N° 3. Cette même année, le 7 août 1921, la femme de Michel met au monde leur quatrième enfant, Joseph.
Ils ont la douleur de perdre leur petit Jean à l’âge de cinq ans, le 1° mai 1923, puis seize mois plus tard, le 6 septembre 1925, Maria TRANNIN, l’épouse de Michel décède alors qu’elle n’a que 28 ans. Elle lui laisse le soin de s’occuper de leurs quatre enfants âgés de 11, 5 et 4 ans. Ils habitent alors à Vermelles, cité Saint-Pierre. Michel est obligé de prendre une femme de ménage, Henriette LECOCQ, âgée de 63 ans, qui demeure chez lui afin de s’occuper des jeunes enfants, de l’entretien de la maison et des repas.
Recensement de 1926 à Vermelles (source : Archives Départementales du Pas de Calais)
Michel va très vite se trouver une nouvelle compagne, Maria GONANO, une jeune italienne de Prato Carnico qui a presque douze ans de moins que lui et qu’il épousera un peu plus d’un an après le décès de sa première épouse, le 21 décembre 1926, à Vermelles. Neuf mois plus tard, elle lui donnera un nouveau petit Jean, né le 25 septembre 1927 à Vermelles. Ce bonheur aura été de courte durée puisque, le 1°septembre 1930, Michel décède à Mazingarbe, à seulement 39 ans.
Acte de décès de Michel Bussone (source : Archives Départementales du Pas de Calais)
Après la mort de leur père, les trois enfants du premier mariage ont été hébergés par leurs grands-parents maternels qui demeurent également cité Saint Pierre, à Vermelles.
Recensement de 1931 à Vermelles (source : Archives Départementales du Pas de Calais)
L’aîné, Michel, a travaillé à la mine. Il s’est marié, en 1944, à Vermelles, et a eu un enfant. Il est décédé en 1991 à Lens. Pauline s’est également mariée en 1944, mais à Paris où elle était employée de commerce. Elle est décédée en 2003 en Eure et Loir. Joseph est décédé célibataire, à Saïgon, à l’hôpital Grall, le 18 juillet 1947, durant la guerre d’Indochine, d’un abcès amibien au foie. Il est mort pour la France.
En 1932, Maria GONANO épousait un autre mineur italien qui lui fera un autre enfant et qui mourra quatre ans plus tard.
Un autre enfant de Michele BUSSONE et de Marianna BRUNO est venu dans les mines du Nord-Pas de Calais mais il n’y est pas resté longtemps. Giuseppe BUSSONE, né le 5 février 1903 à Valloriate, a été recensé, en 1921, à Mazingarbe. Il habitait alors chez son frère Michel.
Recensement de 1921 à Mazingarbe (source : Archives Départementales du Pas de Calais)
En 1931, il était recensé à Sainte-Maxime où il était maçon et il avait pour épouse Maria PISTONE.
Recensement de 1931 à Sainte-Maxime (source : Filae et Archives Départementales du Var)
Ils ont eu une fille, Arlette, née le 6 octobre 1936, comme indiqué dans le recensement de 1946 de Sainte-Maxime..
Recensement de 1946 à Sainte-Maxime (source : Filae et Archives Départementales du Var)
En 1939, Joseph s’engage comme volontaire étranger à servir la France. Il est incorporé au dépôt commun des régiments étrangers (DCRE) à Toulon.
Il meurt à Sainte-Maxime le 15 août 1944, au moment du débarquement de Provence, lorsque les alliés ont entrepris des bombardements aériens et maritimes visant à détruire les batteries allemandes. Joseph est une victime civile de la guerre.
Table des successions et absences du Var (source Filae)
Le plus jeune des enfants de Michele BUSSONE et de Marianna BRUNO, Matteo BUSSONE, né le 29 novembre 1904 à Valloriate, a également été maçon à Sainte-Maxime. Tout comme Joseph, il s’est engagé pour servir le France en 1939. Il a été incorporé au 42° dépôt d’infanterie à Toulon.
Joseph Bussone à la première ligne (né en 1903 et non 1902) et Matteo Bussone ) à la dernière ligne se sont engagés en 1939 à Toulon pour servir la France (source Filae et Mémoire des Hommes)
Il a obtenu la nationalité française le 8 avril 1940. J’ignore ce qu’il a fait par la suite.
Naturalisation française de Matteo Bussone (Journal Officiel du 21 avril 1940 source : Gallica)
Je n’ai pas parlé des trois autres enfants de Michele BUSSONE et de Marianna BRUNO parce qu’ils n’ont pas résidé en France. Margherita BUSSONE, née en 1894, a épousé Giovanni BRUNO en 1920 à Valloriate et elle est restée vivre en Italie où elle a mis au monde deux filles : Ermelinda et Adalgisa.
Giovanni BUSSONE né en 1898 a été soldat au 2° régiment alpin. Il a été fait prisonnier par les Allemands suite à la blessure par balles qu’il avait reçue au genou et il est mort de septicémie le 21 août 1917. Il n’avait que 18 ans.
La mairie de Valloriate a seulement été informée le 4 juillet 1918 du décès de Giovanni Bussone survenu le 21 août 1917 dans un camp de prisonniers en Allemagne.
Il a son nom sur une plaque commémorative de tous les soldats originaires de Valloriate, morts durant la Première Guerre Mondiale.
plaque commémorative, à Valloriate, des soldats de la commune tués lors de la guerre 1915-1918 (source Généanet)
Quant à Pietro Giacomo BUSSONE né le 25 juin 1900 à Valloriate, il est décédé alors qu’il avait presque neuf ans.
Ces cousins BUSSONE avaient l’amour de la France chevillé au corps. Joseph et Matteo n’ont pas hésité à s’engager pour défendre leur nouvelle patrie en tant que volontaires étrangers. La famille a payé un lourd tribu puisque Joseph a été une victime civile de la seconde guerre mondiale. Son neveu également prénommé Joseph, le fils de son frère Michel, est mort au Viet-Nam alors qu’il combattait pour défendre la France,
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