Initiée par la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) des Hauts-de-France, la Région et la Chambre régionale d'agriculture, la plate-forme régionale « Agricultures du futur » est labellisée #ImagineAgri par le ministère en charge de l'agriculture. Cette nouvelle structure a été lancée le 5 février 2019 à Amiens dans le cadre d'un premier séminaire sur le thème : « le numérique au service de l'agro-écologie ». Luc Maurer, directeur de la DRAAF, et Marion Lhote, missionnée sur ce projet, dressent le bilan de cette journée. Interview croisée.
#ImagineAgri : la marque de l'agriculture numérique
Lancé en mars 2017 par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation à l'occasion d'une journée de réflexion autour des usages du numérique en agriculture, le projet #ImagineAgri s'inscrit dans le cadre de la future feuille de route numérique du ministère. #ImagineAgri valorise et promeut les initiatives du ministère, de ses établissements et de ses opérateurs dans le domaine du numérique et des nouveaux services.
Le numérique bouleverse l'ensemble des maillons de la chaîne alimentaire plus profondément sans doute que dans d'autres secteurs. Cette révolution est estimée aussi importante que celle produite par l'arrivée de la mécanisation ou de la chimie dans les champs.
Pourquoi une marque #ImagineAgri ?
Conscient de tous les enjeux à venir, et notamment sur le sujet des données agricoles, le ministère a souhaité avec cette marque fédératrice se positionner comme un acteur à part entière parmi les émetteurs de contenus et « influenceurs » au sein de la communauté numérique.
Depuis avril 2017, le ministère dispose d'une Délégation au numérique et à la donnée, pilotée par François Moreau. Son rôle est de coordonner l'action du ministère pour accompagner le développement du numérique, que ce soit dans le fonctionnement et les outils de l'administration ou dans les politiques publiques dont le ministère à la charge.
La future feuille de route du ministère aura pour objectif de :
créer une vision partagée par les acteurs des filières ;
valoriser les innovations des différents secteurs ;
construire les modalités d'une collaboration interministérielle dans la durée.
Une vitrine de l'innovation numérique dans l'agriculture
#ImagineAgri, c'est aussi une marque pour faire connaître cet écosystème d'innovation émergent autour d'acteurs de la recherche et d'entreprises de l'AgTech et de la FoodTech, notamment des start-ups, qui proposent de nouveaux produits et services :
le blog Lab alim'agri, un média spécialisé regroupant et valorisant les contenus liés aux innovations numériques du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation et de ses opérateurs ;
un rendez-vous quotidien #AgriLab sur le compte Twitter du ministère @Min_Agriculture, véritable veille de l'actualité numérique dans l'agriculture ;
la série Alim'agriLab sur la chaîne YouTube du ministère qui propose de courts reportages vidéo sur l'innovation dans le monde agricole.
#ImagineAgri en quelques dates
mars 2017 : lancement de #ImagineAgri avec un atelier d'imagination créative organisée par le ministère autour des usages du numérique en agriculture, en partenariat avec la Villa Numéris ;
avril 2017 : nomination de François Moreau, délégué ministériel au numérique et à la donnée ;
juillet 2017 : #ImagineAgri est partenaire du DigitAgChallenge ;
juin 2017 : inauguration de #Digitag, l’institut Convergences en agriculture numérique ;
2018 : création du prix « Graine d’innovation » avec l'AFJA (Association des journalistes de l'agriculture et de l'alimentation) qui récompense un article ou un reportage sur des sujets prospectifs et innovants en termes d’agriculture, d’environnement, d’alimentation ou de ruralité ;
2019 : « plate-forme agricultures du futur » avec la Draaf Hauts-de-France.
Agriculture et numérique : « L’Etat entend veiller au bon partage de la valeur »
L'institut Convergences #Digitag vient d'être inauguré ce vendredi 30 juin. François Moreau, délégué ministériel en charge du numérique et de la donnée, positionne le numérique comme un levier d’acquisition de la valeur pour les agriculteurs. Pour lui, le numérique ouvre des perspectives enthousiasmantes de mises en relation, de services et d’outils d’aide à la décision. Interview.
Capteurs, outils d’aide à la décision, applis, marketplace… Avec l’essor du numérique, de nombreuses start-up proposent de nouveaux services à l’agriculteur et au consommateur. Cette révolution digitale touchant l’agriculture et l’alimentation permettra-t-elle de mieux partager la valeur au sein de la filière ?
Le numérique a un potentiel énorme de création de valeur : plus de précision - et d’économies - pour la production, meilleure traçabilité pour l’agroalimentaire, suivi des ressources halieutiques et forestières, plus grande relation de confiance avec les consommateurs, échanges de services entre les agriculteurs… Le numérique ouvre des perspectives enthousiasmantes de mises en relation, de services et d’outils d’aide à la décision.
Le numérique facilite le rapprochement entre l'agriculteur et le consommateur final et donc le partage de valeur en permettant la création de formes nouvelles de circuits courts, dans la suite de belles illustrations qui fleurissent déjà sur notre territoire : la Ruche qui dit oui, les Amap, etc.
Cet écosystème de start-up et de services en émergence doit être fonctionnel. Le partage de la plus-value qu'il permettra de créer doit être le plus juste possible. Dans les rapports de forces qui s'installeront sur ce marché de services numériques à l'agriculture, nous devons éviter que certains acteurs acquièrent une position dominante en accaparant la maîtrise des données, comme cela s'est produit dans d'autres secteurs. Ce serait dommageable pour tous : les agriculteurs comme les créateurs de nouveaux services, et plus généralement l'économie nationale.
Comment les pouvoirs publics peuvent-ils être catalyseur de ce partage de valeur ?
Nous voulons construire un écosystème de l'agriculture numérique satisfaisant, juste en terme de répartition de la valeur créée, et fournisseur de nombreux services utiles pour l'agriculteur. Ce mouvement, nous cherchons à le fédérer via #ImagineAgri.
L’État peut y contribuer d'au moins deux manières.
L'agriculteur doit pouvoir conserver la liberté de choix de ses pratiques et de son équipement. Le format du traitement de ses données ne doit pas soumettre l'agriculteur à un seul fournisseur. L’État aura pour rôle de rassembler autour d’une table l’ensemble des acteurs pour définir les principes et règles du jeu qui le permettent.
L’État est aussi l'un des acteurs de cet écosystème par les données qu'il collecte. Il donnera l'exemple en proposant des modalités de mise à disposition de ces données. Cela démontrera qu'il est possible de concilier un accès facile aux données pour les créateurs de nouveaux services dans le respect de la volonté de chaque agriculteur sur la diffusion de ses informations.
L’Institut Convergences #Digitag est inauguré ce 30 juin à Montpellier. Cet incubateur financé dans le cadre des Investissements d’avenir a l’ambition de fédérer les recherches, formations et innovations autour de l’agriculture numérique. Un dispositif d’une ampleur mondiale au service d’une agriculture triplement performante.
#ImagineAgri : du volume, de la variété, une vision
Volume, Variété, Vision. Quand on parle de la révolution du big data, on fait souvent référence au concept des « 3V » pour qualifier l’explosion des données disponibles et l’impact croissant de leur exploitation sur nos activités quotidiennes. Le 3V s’applique parfaitement à #ImagineAgri, une initiative qui a mobilisé un grand volume de données de réseaux sociaux et une variété d’acteurs pour construire une vision autour de l’agriculture du futur, doublement connectée et durable. Voici un rapide bilan de la journée du 21 mars dernier.
Du volume.
Pour identifier les grands groupes de besoins autour de l’agriculture numérique, ce sont plus de 100 000 posts qui ont été collectés sur les réseaux sociaux et analysés par des outils d’analyse sémantique à la pointe. Les conclusions sont nettes : les pouvoirs publics ont réussi à anticiper avec succès la transition numérique, ce qui va permettre de bien s’y préparer au bénéfice de tous les acteurs, et en premier lieu les agriculteurs. Cinq grands types de besoins concrets d’agriculteurs ont été identifiés : créer du lien social et de l'engagement ; encourager les nouvelles formes de production et de commercialisation ; anticiper et gérer les risques sanitaires, environnementaux et climatiques ; se former et partager les bonnes pratiques ; simplifier les démarches et les services. En une après-midi de travail créatif, et avec le concours de participants dynamiques, de nombreuses solutions ont été imaginées pour répondre à ces besoins.
De la variété.
#ImagineAgri s’est révélé un nouvel objet hybride qui a combiné des analyses de données web à haut débit, un événement « physique » et de la communication en temps réel. Sur le plan humain, les collectifs en présence ont permis d’hybrider des communautés issues de tous les horizons : les agriculteurs et leurs représentants ; les start-ups de la FrenchTech et les grands groupes ; les communautés d’enseignement et de recherche ; la presse et les médias ; les pouvoirs publics. En interne, cet événement aura permis de rassembler toutes les forces du Ministère autour d’un objectif fédérateur, ce qui participe à l’appropriation des concepts, pratiques et outils du numérique pour rénover l’action publique.
Une vision.
En conclusion, le ministre Stéphane Le Foll a dessiné les perspectives de mise en œuvre des solutions identifiées lors de l’initiative #ImagineAgri dans le cadre de futurs hackathons qui seront prochainement organisés sous la bannière de l’Institut de Convergence #DigitAg.
L’organisation d’#ImagineAgri, la nomination d’un nouveau Délégué ministériel au numérique, la diligence d’une mission interministérielle visant à préfigurer un portail de données à vocation agricole : de nombreuses actions concrètes et ambitieuses témoignent de la volonté du Ministère en charge de l’Agriculture de réussir le virage du numérique au bénéfice des agriculteurs, des consommateurs, des citoyens et de tous les autres acteurs concernés par les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation.