Patio > Blogo > La fabuleuse Mme Maisel
Stand up et série télé, un mélange souvent poussif ! La donne change radicalement avec La fabuleuse Mme Maisel sortie récemment sur Amazon Prime Video. Pascal Bernheim est emballé par son ancrage dans les années 60, son côté furieusement loufoque, sa réalisation époustouflante, son propos résolument féministe, sa drôlerie explosive et… Rachel Brosnahan !
Une série dont l’élément central se fonde sur le stand-up, c’est pas franchement nouveau !… On a vu Seinfeld et son format sitcom, ou la récente série notamment produite par Jim Carrey pour Showtime, I’m Dying Up Here, comédie dramatique qui lorgne vers le documentaire et qui s’intéresse aux « starving humorists », ces comiques qui crèvent de faim parce que plus nombreux sont les appelés que les élus, ou encore Louie, ego-trip pathétique de l’humoriste Louis C.K., qui, ces jours derniers, vient d’allonger encore la liste des « porcs balancés » pour agression sexuelle.
Avec La fabuleuse Mme Maisel, série écrite et mise en scène par Amy Sherman-Palladino (Gilmore Girls), on se retrouve dans la fiction pure savamment dosée : une pincée de comédie musicale, une grosse poignée de reconstitution historique à la fois fidèle et idéalisée, auxquelles vous ajoutez une bonne ration de screwball comedy, ce genre de comédie loufoque hollywoodienne, très en vogue avant la Seconde Guerre mondiale, et qui répond à quelques critères récurrents : des personnages principaux féminins libres et dont le caractère doit être bien trempé, des situations absurdes, de la farce à tous les coins de rue, des dialogues percutants qui accumulent les jeux de mots, une opposition des classes sociales où les nantis sont plutôt ridicules et enfin un romantisme contrarié avec ce qu’il faut de divorces et remariages. Au générique des screwball comedies on peut lire, entre autres, les noms de cinéastes comme Frank Capra (New York-Miami, 1934 ; L’Extravagant Mr. Deeds, 1936 ; Vous ne l’emporterez pas avec vous, 1938), Howard Hawks (L’impossible Monsieur Bébé, 1938 ; La Dame du vendredi, 1940) ou encore Ernst Lubitsch (La Huitième Femme de Barbe-Bleue, 1938). Mais le genre ne meurt pas complètement, qui revient en 1956 avec La blonde et moi de Frank Tashlin, qui met en scène Jayne Mansfield dans cette comédie musicale « pré-rock » et complètement screwball !
Qui est The Marvelous Mrs. Maisel ?
Nous sommes à New York en 1958. Miriam « Midge » Maisel possède tout ce dont une femme américaine peut rêver : un mari parfait, deux enfants et un appartement élégant dans l’Upper West Side. Sauf que le mari, qui bosse dans un bureau sans savoir exactement de quoi son job retourne, est méchamment loin d’être parfait ! Il caresse cependant un rêve, devenir humoriste célèbre. Alors il tente de standuper sur la scène d’un café de Greenwich Village, mais les rares saillies efficaces de ce looser total dépourvu de talent, c’est à l’imagination et au sens de l’à-propos, bref, au talent de Mme Maisel qu’il les doit. Précisons que Mme Maisel n’excelle pas que dans le registre de l’humour : comme l’époque l’exige d’une épouse modèle, elle réussit à tout mener de front en répondant aux standards de la femme parfaite des années 50-60 : belle, sexy, cuisinière hors-pair, mère, souriante en toute circonstance et dans le genre béquille, soutien indéfectible de son époux, coiffée de multiples casquettes : agente, manager, scénariste, coach moral et, bien sûr, quand ça ne fonctionne pas comme il veut, c’est sa faute à elle ! C’est d’ailleurs aujourd’hui encore souvent le lot des épouses : quand ça bugue, c’est à cause d’elles. Du coup, quand le looser se barre avec sa secrétaire, comme dans toute famille juive qui se respecte, M Maisel père et Mme Maisel mère accusent en chœur leur fille d’être la cause de cet échec conjugal et l’exhortent de récupérer l’homme sans lequel elle ne saurait évidemment n’être que rien. Alors Miriam « Midge » Maisel vide une bouteille de vin, kasher bien sûr, et finit dans un café, précisément celui dont la scène accueillait les calembours navrants de son mari. Et elle y grimpe sur cette scène, pour partager son désarroi, avant d’être arrêtée par la police pour comportement et propos obscènes et surtout après avoir fait se plier de rire l’assemblée, et nous aussi.
La fabuleuse Mme Maisel adopte une position très réjouissante quant à l’émancipation des femmes, qui va voir le jour à cette époque, avec une grande clairvoyance et énormément d’humour. Ce n’est pas un des moindres attraits de cette série sans compromis, subtile, intelligente, drôle et dramatique à la fois. Ca fonctionne parfaitement ! Et grâce à qui ? Evidemment à plein de talents, mais surtout à celui de Rachel Brosnahan qui incarne Mme Maisel : époustouflante !
Second rôle de premier plan
Dans la série apparaît dans quatre des huit épisodes Lenny Bruce, vrai humoriste de stand-up, voire son inventeur, joué par Luke Kirby. Si vous souhaitez en savoir plus sur ce personnage majeur de l’histoire de l’humour moderne, je me permets de vous conseiller le film Lenny de Bob Fosse, sorti en 1974, avec Dustin Hoffmann. Tiens, c’est mon second agresseur sexuel du jour…
La fabuleuse Mme Maisel (The Marvelous Mrs. Maisel), Amazon Prime Video
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