On a un désir. Aussitôt après, plus de désir. Puis de nouveau désir, violent, occupant tout le champ, puis aussitôt après, non-désir, sans trace de désir, puis, sans avoir eu le temps de respirer, désir à nouveau, dans l’instant, frénétique, absolu, puis total non-désir, inintérêt absolu… et ainsi s’allonge à toute allure la curieuse chaîne aux maillons ouverts, quand, la stoppant sur place, une autre impulsion survient, vite comme un oiseau en plein vol passant devant la fenêtre, aussi vite cessation de l’impulsion, pas le temps de la considérer que l’impulsion est déjà revenue, puis sans tarder derrière elle la nouvelle cessation d’impulsion à l’indifférence de statue, et puis de nouveau la première impulsion toute neuve et fringante et sourde à tout, suivie comme son ombre de la cessation d’impulsion à une vitesse de dégringolade dans les marches d’un escalier, un escalier qui saurait vous renvoyer en sens contraire aussitôt.
Henri Michaux, L’Infini turbulent, Mercure de France, 1964