L'Institut français d'Espagne a placé sa saison culturelle, la TIFE 2017, sous le signe des "mémoires du futur", du dialogue incessant et nécessaire entre passé et futur. Particulièrement fécond artistiquement, il a nourri et continue à inspirer d'innombrables créateurs. Il est également au cœur de problématiques philosophiques, scientifiques, économiques ou sociétales qui dominent les débats de notre époque.
C'est par ce prisme que nous souhaitons nous souvenir du bombardement de la ville de Guernica en 1937, et commémorer le 80ème anniversaire de la toile que Picasso réalisa dans l’atelier du Quai des Grands-Augustins pour l’exposition universelle de Paris.
L'artiste franco-marocaine Nissrine Seffar nous est apparue comme la créatrice idoine pour mener ce double projet. Elle a, en effet, fondé son œuvre sur le dialogue entre passé et futur. Son inspiration jaillit littéralement du contact direct, physique, avec des lieux de mémoire. Au moyen d’empreintes, la terre qu’elle saisit et, au- delà, les lieux mêmes lui parlent des blessures d’hier comme des cicatrices plus ou moins refermées d’aujourd’hui. De cette rencontre, et de l’utilisation du plâtre, du fusain ou du bois, l’artiste tire des créations qui ne sont véritablement ni peintures, ni installations, ou sculptures mais un peu tout cela à la fois.
Nissrine Seffar s'est rendue sur place, comme elle l'avait fait notamment au camp de Rivesaltes ou à Monte Cassino pour ses projets précédents. Cette exposition est le résultat de ce séjour, des traces qu’elle a suivies, de celles qu’elle a produites, et même, indirectement, de celles qu’elle a pu laisser. Elle a ainsi transformé le paysage après son passage: les arbres en particulier, aux branches plâtrées, symboles de la permanence aux yeux de l’artiste de certaines blessures encore à panser...
Fruit d’un dialogue avec le “lieu-Guernica” d’aujourd’hui, l’exposition est également le résultat d’une réflexion
approfondie sur le “Guernica-tableau”, chef- d’oeuvre de Picasso. La toile majeure de l’exposition, joue ainsi avec le cadre et la composition du Guernica, respectant et réinterprétant dimensions, perspectives et formes principales.
Cette exposition présente une jeune artiste talentueuse, franco-marocaine, établie dans la belle ville de Sète. Elle symbolise une Méditerranée ouverte au dialogue entre les cultures comme à celui entre le passé et le présent. Elle montre un art contemporain éminemment politique et fondé sur ce choc créatif entre passé, présent et futur. Loin d’être désincarné, il se nourrit à l'inverse des souffrances du passé, exhibant sans pudeur nos cicatrices et construisant, sur ce fondement assaini, le futur. Notre futur.
Nicolas Kssianides Directeur Géneral de l’institut francais d’Espagne












