Pour une géo-politique de classe
Qu’est-ce que serait un texte de géo-politique de classe pro-démocratie et pro-révolution ? Le concept de géo-politique a été largement utilisé par la sphère confusionniste, notamment les réseaux du Kremlin, pour propager un discours « alternatif » à celui des médias occidentaux dominants et favoriser la politique expansionniste de la Russie et ses alliés.
Les organisations de gauche française, partis, unions syndicales et les politiciens qui s’en réclament, bercées à l’anti-américanisme, ont été receveurs et propagateurs naïfs d’un discours nationaliste au sens où, au profit d’un Etat-Nation et sa politique internationale : expansionniste, impérialiste, colonialiste, en se parant des oripeaux inverses.
Ce discours a été dénoncé par quelques intellectuels et organisations d’avant garde en terme d’antiracisme, anti-impérialisme et d’internationalisme démocratique et surtout d’authentique universalisme.
Dans l’impossibilité d’être exhaustif, je ne peux citer que des figures qui m’ont éduquée à une vision de la solidarité internationale : Leila Al-Shami, Robin Yassin-Kassab, Marie Peltier et l’organisation Lignes de Crêtes.
Cette géo-politique de classe pro-démocratique et pro-révolution serait matérialiste, dans le sens où elle prendrait des orientations impliquant des acteurs et institutions non alliées, si la situation l’exige pour protéger des camarades de tueries. Elle mettrait cependant ces acteurs au second plan au profit des camarades directement concernés par les faits politiques révolutionnaires et pro-démocratie. Elle ne se ferait l’écho que de leur parole, de leurs requêtes, de leurs cris.
Comme un camarade expert et d’autres l’ont déjà beaucoup dit, l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe aurait pu être évitée si la communauté internationale avait été à la hauteur pour la révolution syrienne.
En Syrie, les hommes politiques (Barrack Obama et François Hollande notamment) ont beaucoup parlé, menacé, mais aucunement agi. Traumatisés par l’Irak, la gauche internationale faible face à la propagande des États syriens et russes, a mis toute son énergie à protester contre une possible intervention occidentale, sans avoir aucune idée de ce dont elle parlait, racontant bêtise sur bêtise.
Les maigres interventions américaines ont concerné le soutien militaire à l’organisation marxiste-léniniste inséparable des terroristes du PKK, les YPG. Étrangement, cette intervention indépendante n’aurait jamais pu se faire dans le cadre de l’OTAN, dont la Turquie fait partie, et qui a pour ennemies les organisations sus-citées. Les relations internationales ont largement survécu à cette aide dont le but était d’armer un groupe contre Daesh, et donc sans rapport direct avec la révolution syrienne.
On apprend de cela que l’OTAN n’est pas une organisation indispensable pour l’intervention militaire internationale, malgré la place prédominante de celle-ci dans les discours de gauche « anti-impérialiste » traditionnels, en bonne partie liée à la puissance de la propagande et de la désinformation russe.
Si on reprend l’hypothèse d’une intervention internationale indépendante ou à partir d’une alliance indépendante et de circonstance, des Etats auraient pu fournir des moyens militaires à la révolution syrienne, assez structurée à l’époque déjà. Si l’objectif de prévenir l’expansion de Daesh était un réel sujet pour ces Etats, cela aurait été le meilleur moyen. Car Daesh s’est largement développé en Syrie sur les cendres de la révolution syrienne. Plutôt que de soutenir les YPG, il aurait été possible d’apaiser les relations internationales en soutenant la révolution syrienne qui n’était pas basée sur un projet confessionnel ou ethnique. Il y aurait pu avoir des négociations au profit d’organisations préoccupées par la situation kurde, avec une solution plus progressiste que celle laissée par des organisations puissantes de par la détresse de la situation kurde, et malheureusement peu démocratiques et coupables de nombreuses exactions. Le propos ici n’est pas de forcément jeter la pierre aux dites organisations, mais de soulever le fait que manquer des solutions progressistes amène forcément à la radicalisation et aux exactions, et à la montée en puissance d’organisations plus désespérées et violentes, quelque soit la pureté de l’identité politique revendiquée en façade.
Lorsqu’on évoque ce genre de possibilités, il nous est tout de suite renvoyé le fait que tout cela n’intéresse pas les Etats-Unis ou la France, pays à la culture coloniale et impérialiste historiquement, et que leur agenda est basé sur leurs intérêts économiques notamment. Bien entendu, et il n’est pas question de réfléchir à leurs intérêts en vérité, mais bien à ceux de nos camarades. Les acteurs avec lesquels nous pouvons nous compromettre trouveront leurs propres intérêts dans leur intervention. Mais le matérialisme impose de laisser pour secondaires des intérêts économiques et nationaux par rapport aux intérêts de la solidarité de classe internationale, premier pas vers une possible puissance autonome internationale capable de faire plier ces Etats.
Notre capacité d’influence est idéologique dans nos propres rangs en premier lieu, avec un devoir de vigilance antifasciste et de mise à jour de nos logiciels politiques, puis elle passe par nos modes d’action habituels : la grève, la manifestation et la solidarité matérielle par les convois et dons. La seule véritable solidarité militaire de classe ne pouvant passer que par une révolution sociale plus large, remplaçant l’État par une confédération démocratiques d’organisations dont le but est de sortir de la dépendance aux relations économiques.