Comment ne pas être désolé de ne rien déranger du monde. Quand j'observe le tumulte, le degré de chaos et la puissance des meutes, je me sens pousser les ailes de l'immobilisme et de l'éloignement. Même une cause juste et noble, aujourd'hui peut donner matière à confrontations sectaires et diviser sans fin. Une expression de violence pure devenue la norme. Plus personne, dirait-on, n'est capable de faire entendre une idée, une conviction, une indignation sans grimacer, sortir les dents ou montrer les poings. Dans une respectable assemblée ou dans la piètre assemblée des réseaux sociaux, c'est la même pauvreté intolérante des idées sans idées qui s'impose. Combat de débats comme s'il n'existait plus, en option, que l'extrême des extrêmes. Ne plus écouter que sa propre voix, ses propres troupes, ses propres certitudes, ses propres aboiements... Non, je ne suis pas désolé de ne rien déranger à la marche ordinaire des choses. Vous ferez tout ça tellement bien sans moi. J'ai finalement compris, —je comprends, et de mieux en mieux, le désir de la grotte, du chalet d'alpage, de l'île déserte. Et celui de la cabane au fond du jardin du monde en compagnie d'un silence joliment assourdissant.
jacques dor











