THE EAGLE (2011)
Fascinante, la destinée mystérieuse de la neuvième légion de Jules César dans une Ecosse brumeuse demeure une énigme historique: propice à l’imagination, la disparition de la cohorte de soldats ayant eu lieu au début du second siècle de notre ère se voit à nouveau revenir sur les écrans, après un CENTURION (2010) plus fantaisiste qui traitait de loin le sujet. Adaptation du livre de Rosemary Stutcliff, on ne va pas juger ici de la fidélité du film, mais bel et bien du long-métrage lui-même: tout d’abord, on retrouve Channing Tatum, dont le physique concorde avec l’aspect guerrier des statues romaines de l’époque, très impliqué, face et avec un Jamie Bell subtil et intrigant. THE EAGLE, c’est bel et bien l’aigle d’or, symbole de la neuvième légion, dont le père du héros faisait partie et n’est jamais revenu: jeune centurion, Marcus Aquila rêve de gloire, et de sauver l’honneur de la cohorte en récupérant leur emblème. Il va sauver un esclave, Esca, qui va lui être redevable, et ainsi le guider au nord, par-delà le mur d’Adrien: sauvage dépaysement surnommé “la fin du monde”, où survivent tribus pictes dialoguant en gaélique... Le voyage de ces deux hommes dont tout oppose, et qui inversent leurs rôles de seigneur et d’esclave, est tout bonnement fabuleux, THE EAGLE développant une belle histoire d’amitié, qui casse les barrières culturelles et natives: inattendu pour un film qui se vend comme un actioner post-300 (2006). Et bien non, guidé par la musique exceptionnelle de Atli Orvarsson -SEASON OF THE WITCH (2010)- aux mélodies celtiques-ambiantes qui s’accordent à merveille avec les jolis panoramas traversés à cheval par les deux protagonistes, THE EAGLE a tout d’une oeuvre littéraire -gagné!- transposée à l’écran, bien narrée, avec ses icônes mis en valeur comme il faut -les plans “souvenirs” de l’enfance de Marcus, la mise en scène de l’Aigle-: de plus, les découvertes changent le film, scénaristiques, émotionnelles, impactant le récit sans concession. Un bonheur rythmique qui nous accroche, avec un héros têtu et volontaire, dont l’acolyte douteux lui est indissociable: inattendue, cette plongée historique pas si épique que ça -mais plus viscérale que prévue-: sans être aussi grand que BRAVEHEART (1995), THE EAGLE distille tout ce que l’on peut espérer d’une bonne surprise. Musique au top -un soundtrack superbe-, acteurs investis -Tatum est à fond-, réalisation propre -paysages réels-, le long-métrage généreux -2 heures- a hélas été mal reçu, sûrement par les fans du livre déçus, et autres cinéphiles pensant avoir affaire à un blockbuster guerrier: incompréhensible, au vu de son contenu maîtrisé et original, que le réalisateur Kevin MacDonald n’aie pas eu l’accueil qu’il méritait. Car le monsieur a fait l’imposant THE LAST KING OF SCOTLAND (2006), que tout le monde a aimé: un amour équivalent à celui de Kevin MacDonald pour l’Ecosse, qu’il transpose d’une belle manière à l’écran. Contagieux, forcément... THE EAGLE est définitivement un des films de la décennie, pour son immersion inédite et son propos méritant: avec des acteurs là où on ne les attend pas -Donald Sutherland-, et une pléthore de points forts techniques ou artistiques, on tient là le grand incompris de cette génération: un discret joyau du cinéma, scintillant à jamais.
ORDO AB CHAO /20