Eugène Carrière (1849–1906)
Hommage à Tolstoï (La Consolation), 1901

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Eugène Carrière (1849–1906)
Hommage à Tolstoï (La Consolation), 1901
Quel troublant espoir que d’espérer que quelqu’un quelque part ait souffert comme vous.
Flavie Flament - La consolation
Faire du mal à un enfant, c’est faire du mal au monde de demain.
Flavie Flament - La consolation
La Consolation College - Mendiola, Manila
A tous ces enfants réduits au silence, à qui la mémoire et la parole sont revenues trop tard. A tous ces enfants qu’il est encore temps de consoler.
Il y a souvent plus de choses naufragées au fond d’une âme qu’au fond de la mer. Victor Hugo
Soir du 25 novembre 2016 :”David Hamilton a été retrouvé mort dans son appartement parisien du boulevard Montparnasse.”
Le temps s’est arrêté, j’ai l’impression que mon cœur aussi.
La consolation est une déclaration de paix intérieure aux allures de grenade dégoupillée. Je la tenais dans mes mains depuis de longs mois et je savais qu’elle exploserait sitôt que je l’aurais lancée, entraînant des dommages collatéraux indélébiles. C’était le prix à payer pour ma liberté.
Je n’aurais pas imaginé alors à quel point cette consolation serait aussi celle de tant de femmes et tant d’hommes, tant d’enfants réduits au silence qui soudain, ensemble, choisiraient de se relever et de prendre la parole, leur parole.
Mon coeur, il y a très longtemps, s’est pris un obus. En moi, il y a comme un abîme.
Depuis toujours, je marche sur les bords de ce cratère et j’ai peur d’y tomber. Je crains les tempêtes, préviens les bourrasques, me méfie des changements du ciel. Je me tiens à bonne distance. Je sais qu’on peut m’y pousser, d’un regard, d’un mot, d’un coup d’épaule. D’un dos qui se retourne sans raison. Par mégarde. A dessein aussi.
Pendant des années, j’ai soigneusement évité de m’aventurer dans ces territoires de mon âme, dont je pressentais le danger, comme on se méfie de ces grandes forêts sombres que l’on montre aux enfants en leur interdisant de s’y hasarder.
Je m’appelle Flavie, j’ai quarante-deux ans. Beaucoup pensent me connaître mais jusqu’à hier encore, j’ignorais moi-même qui j’étais.
J’étais Poupette. Personne ne l’a aidée. Même pas moi.
Il est temps que nous fassions connaissance. Et puisque personne ne l’a fait pour moi, il est temps que je me console.
j’ai toujours su.
Toujours su que quelque chose n’allait pas.
Depuis des années, je m’arrange, je me plie. Je cohabite avec un chagrin dont l’origine m’échappe. La tristesse enserre depuis si longtemps mon âme qu’elle me semble familière, et inhérente à l’existence. J’écoute les heureux mais je ne les comprends pas. Je ne les envie pas non plus cat je ne pense pas qu’un cœur puisse être autrement que le mien : à vif, donc vivant.
La brûlure est le signe qu’on existe.
Je me dis que chacun compose avec sa douleur et que la force réside dans cette faculté ou non à résister. Chaque jour est une lutte. En tout petit soldat, je m’emploie à la mener.
Le temps s’est figé sur un tirage photo, avec mon chagrin.
Le visage qui me fait face est une énigme. Poupette a disparu derrière un masque de tristesse : ne reste d’elle que l’enveloppe vide et troublante de ses treize ans. Il y a au fond du regard qui me fixe, une résignation qui me glace : les larmes sont inutiles. Il ne reste plus rien à pleurer. Le saccage a sidéré les traits, statufié l’enfant remuante, pétrifié cette bouche qui semble fermée à double tour sur ce secret qui d’un coup, dans le cabinet du docteur G se rompts à jamais comme un hurlement que plus rien ne viendra arrêter.
Le chemin fut long et douloureux pour que Poupette et moi nous consolions. Il nous aura fallu des années de soutien et d’analyse, des nuits seules, immergées dans un silence assourdissant, à lutter contre des angoisses venues du tréfonds, comme les requins qui remontent des tombants. Il nous aura fallu couper des ponts, tisser des liens, écouter notre voix intérieure et faire taire celles qui voulaient nous museler.
Il m’aura fallu lui demander pardon de l’avoir abandonnée. Puis oubliée - trop longtemps, beaucoup trop longtemps, car la législation condamne aujourd’hui les enfants comme elle à une vie de silence, et libère les criminels du poids de leurs ignominies. J’ai dû lui expliquer qu’il était trop tard. Trop tard pour qu’elle soit écoutée, trop tard pour qu’elle soit défendue, trop tard pour condamner son bourreau. Elle a trouvé ça terriblement injuste. Il fallait s’y prendre avant, se réveiller plus tôt. Ça s’appelle la prescription.
Tu as raison, Poupette, le temps qui passe n’ôte rien à la gravité de ce que l’on t’a fait - mais la loi n’est pas toujours la justice.
Le silence a cette vertu de paraître éternel. Mais tant qu’on est vivant, on peut le briser.
La consolation Flavie Flament
La bande-annonce du film La Consolation
Le film La Consolation de Cyril Mennegun, dont la sortie est prévue le 5 avril prochain, se dévoile à travers une bande-annonce. Au casting, vous retrouverez Corinne Masiero et Alexandre Guansé.
Léa Seydoux in La Consolation (2007) dir. by Nicolas Klotz