Angélique Ionatos - Le funambule [ Jean-Roger Caussimon / Francis Lai ] Tempscouvert48
Le funambule : le devenir dans la musique – SYLVIE-E. SALICETI … SYLVIE-E. SALICETI – ATELIER NUMÉRIQUE : …Et Jean-Michel Maulpoix à son tour: « Cet homme qui marche sur la terre, sur la tête et sur les mains, a tout d’un acrobate. Il fait des pieds et des mains pour essayer de suivre un chemin juste. Osant le grand écart entre ciel et terre, il va boitant et claudiquant comme font les vers. La vérité du poème tient au difficile maintien de ces trois démarches : marcher sur la terre, sur la tête et sur les mains. Aller, penser et destiner (…) Qu’est-ce donc que le poème, sinon une affaire de trame et de filage, avec des mots « tirés de soi(e) ». Avançons d’un pas sur le fil, les yeux bandés : qu’exprime plus loin la métaphore du funambule? Elle parle de la confiance, de l’incertitude, de l’oscillation. Et aussitôt l’on songe au funambule somnambule de Jean-Roger Caussimon — si peu sûr de son pas au grand jour. Qu’importe puisque le jour finit : « le public parti, la lune dehors, à travers les trous de la vieille toile, allume un ciel tout rempli d’étoiles. » Ainsi le funambule, la nuit venue, soudain devient gracieux, agile accomplissant les prodiges de son art, sur un fil tendu d’étoile à étoile. En dormant. Le plus beau de la chute qui l’attend réside dans le silence de ses amis au cirque forain : pas un jamais ne révèle au danseur qu’il se lève dans son sommeil. Que faut-il considérer dans cette rétention ? Elle est étymologiquement bouleversante, le secret ainsi maintenu à l’endroit du saltimbanque désigne la fin inévitable. Infiniment métaphysique. Dans ce non-dit est enclose une chose plus sacrée encore que le silence, mais laquelle ? Que dit ce murmure ? Qu’il s’agit d’ouvrir les yeux des vivants avec douceur … aussi doucement que si nous fermions les yeux d’un mort ? Que le destin ici vient à s’ouvrir telle une mer pour laisser passer le pas éphémère d’un état de grâce sur un fil d’acier ? Désigne-t-on le lieu d’une naissance où il nous faudra retourner ? J’entends moi que la nuit est tendre, peut-être…. // Maxence Fermine (Neige) : ...En vérité, le poète, le vrai poète, possède l'art du funambule. Écrire, c'est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d'un poème, d'une oeuvre, d'une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c'est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n'est pas de s'élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n'est pas non plus d'aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d'une virgule, ou que l'obstacle d'un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c'est de rester continuellement sur ce fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe... ( : satinea)