Été 1815, Champs-les-Sims, France
André était le plus alarmé. Plus que celle des bêtes, c’était l’absence de son épouse qui l’inquiétait le plus. Pour ne pas inquiéter ses fils plus que nécessaire, il n’en laissait rien paraître et il gardait un sang-froid exemplaire. La panique n’apporterait rien de bon.
“Mes garçons, j’vais aller voir de quoi il en retourne et vous, vous m’attendez. Vous vous cachez sur la colline et vous n’en bougez pas jusqu’à mon retour, c’est bien compris ?
- Si c’est des bandits, ils vont se prendre mon poing quelque part ! s’écria Jacques en serrant les mains, prêt à en découdre avec un ennemi invisible.
- T’as aucune conscience du danger. Ça pourrait être des soldats, et si c’était le cas, qu’est-ce qu’il adviendrait de toi, mon pauvre garçon ?
- Non, Jacques. Fais ce que je te dis.”
Jean-Pierre intervint d’une voix douce.
“Papa a raison, Jacques, nous ne ferions pas le poids. Je ne voudrais pas que tu sois blessé.”
Vexé et réalisant qu’ils ne changeraient pas d’avis, Jacques obtempéra et tourna les talons d’un air furieux en marmonnant un sonore :
Habitué aux sautes d’humeur de son frère, Jean-Pierre ne le prit pas personnellement et décida d’ignorer sa petite remarque mesquine. André soupira longuement.
“Il fait le fort, mais c’est qu’un gamin effrayé. Protège-le, Jean-Pierre, car il est incapable de se protéger lui-même. Promets-moi que tu veilleras sur lui.”
Jean-Pierre comprenait les responsabilités qu’on lui transmettait. Nerveusement, il acquiesça sans un mot.
“Tu es un bon garçon, mon fils, et je suis fier de toi. Allez, va avec ton frère avant qu’il n’aille inventer je ne sais quoi encore, et attendez-moi bien silencieusement.”