Retrouver une maison pleine me tient particulièrerement occupée, d’autant plus que mon beau-frère est toujours fourré à la maison depuis le retour de Lucien. J’ai toujours quelque chose à faire, à ranger, à préparer. Maman m’est d’une aide précieuse. Elle avait l’habitude de s’occuper des filles de mon frère et elle passe désormais l’essentiel de son temps avec Prosper. Elle ne comprend pas que ni ma belle-sœur, ni moi-même n’ayons pris de nourrices. Ma mère et sa sœur ont été élevées par une nourrice sur lieu ; mes frères et moi avions une bonne d’enfants. Je vous avoue n’avoir aucune envie de devoir supporter ces rivalités puériles que plusieurs femmes de mon comité d’épouses m’ont confié avoir avec leur nourrice.
Je termine ici cette lettre. Lucien vous salue chaleureusement et il me demande de vous indiquer qu’il a particulièrement apprécié la vue de la carte postale que vous lui avez envoyé.
Il semble que Lucien et Arsinoé ait continué à s’envoyer fréquemment des cartes postales après l’interruption des lettres. Malheureusement, je n’ai retrouvé aucune des cartes d’Arsinoé. Il semble que Bon-Papa les accrochait dans son bureau du port, mais elles ont toutes été perdues après sa vente. C’est malheureux, mais on n’y peut rien… Dites-moi si à tout hasard vous parvenez à remettre la main sur les cartes de Lucien dans tout votre fatras. Il n’est pas nécessaire de les scanner, j’aimerais juste savoir où elles se trouvent. Elles ont été envoyées à Saint-Rostand à partir du milieu des années 40, et si elles n’ont pas été jetées, elles devraient y être toujours.
A bientôt,
D. LeBris
▼ Transcriptions et traductions sous “Afficher davantage” / Transcripts and translations under the cut ▼
Autumn 1946, Hylewood, Canada
Having the house full again keeps me particularly busy, all the more since my brother-in-law is constantly around the house ever since Lucien’s return. There is always something to do, to tidy, to prepare. Mother has been an invaluable help. She used to look after my brother’s daughters, and now she spends most of her time with Prosper. She cannot comprehend why neither my sister-in-law nor I have hired a nurse. My mother and her sister were raised by a nurse; my brothers and I had a nanny. I must confess that I have no desire to endure the childish rivalries that several women in my wives’ committee have confided to me about their own nurses.
I shall end this letter here. Lucien sends his warm regards and asks me to tell you that he was particularly pleased by the view on the postcard you sent him.
It seems that Lucien and Arsinoé continued to exchange postcards quite regularly after their correspondence came to an end. Unfortunately, I haven't been able to find any of Arsinoé’s cards. It looks like Grandfather used to pin them up in his office at the harbour, but they were all lost after it was sold. It's a shame, but there's nothing we can do about it…
Please let me know if, by any chance, you manage to locate Lucien’s postcards somewhere among your stuff. There is no need to scan them; I'd simply like to know where they are. They were sent to Saint-Rostand starting in the mid-1940s, and if they were not thrown away, they should still be there.
All the best,
D. LeBris
🇫🇷 [Transcription]
Agathon LeBris : Je ne sais pas ce que vous avez bu, Sonia, mais ce que vous racontez n’a aucun sens. Le sanatorium cache une histoire de société fantôme, peut-être de traffic d’organes, mais certainement pas de magie.
Lucien LeBris : Attends, Agathon… Pendant la guerre, il m’est arrivé quelque chose.
Agathon LeBris : Allons bon, ne me dis pas que tu as rencontré un dragon ou quelque sorcière au beau milieu du désert australien ?
Lucien LeBris : Pas un dragon, non… Attends, je vais te raconter.
Agathon LeBris : …
Lucien LeBris : Tu me crois, n’est-ce pas ?
Agathon LeBris : … Je ne sais pas. Ce type qui t’a attaqué a peut-être simplement été rendu fou par la guerre. Papa n’avait plus toute sa tête quand il est revenu non plus.
Lucien LeBris : C’était autre chose. Le type qui l’a tué, Morgenstern… Il avait quelque chose à voir avec son état.
Agathon LeBris : Si c’est lui qui pilotait l’avion lors du crash qui lui a fait perdre la tête, ce n’est pas très étonnant.
Lucien LeBris : Non, Morgentern lui-même a dit quelque chose à ce sujet avant de le tuer. Il a dit… Qu’il l’avait tourné, ou transformé.
Agathon LeBris : Tu es vraiment certain d’avoir bien entendu ?
Lucien LeBris : Oui. Je suis sûr de moi.
🇬🇧 [Transcript]
Agathon LeBris: I do not know what you have been drinking, Sonia, but what you are saying makes no sense. The sanatorium is hiding a story about a shell company, perhaps organ trafficking, but certainly not magic.
Lucien LeBris: Wait, Agathon… Something happened to me during the war.
Agathon LeBris: Oh, come now. Do not tell me you met a dragon or some witch in the middle of the Australian desert?
Lucien LeBris: Not a dragon, no… Wait, let me tell you.
Agathon LeBris: …
Lucien LeBris: You believe me, don't you?
Agathon LeBris: … I don't know. The man who attacked you may simply have been driven mad by the war. Father was not in his right mind when he returned either.
Lucien LeBris: It was something else. The guy who killed him - Morgenstern - had something to do with his condition.
Agathon LeBris: If he was the one piloting the plane during the crash that scrambled his mind, that wouldn't be very surprising.
Lucien LeBris: No, Morgenstern himself said something about it before he killed him. He said… that he had turned him.
Agathon LeBris: Are you quite certain you heard that correctly?
Lucien LeBris: Yes. I'm sure of it.
Sujet : Des postes pendant la Seconde guerre mondiale
Cher cousin,
Merci pour tous ces documents, c’est passionnant que de suivre cette enquête à distance. J’ai retrouvé des lettres de Bonne-maman à la famille. Il semble qu’elle a repris la correspondance après le départ de mon grand-père. Ce n’est pas la première fois qu’une épouse prend ponctuellement la plume pour donner des nouvelles à la famille française de mon côté. Eugénie le faisait régulièrement. Ce qui m’étonne, c’est qu’elle semble avoir continué.
Je n’ai plus de lettres de Lucien postérieures à 1942. Sa correspondance de guerre n’a pas été conservée. Il semble que Bonne-maman s’est acharnée contre le service postal et qu’elle lui renvoyait les lettres censurées. Elle a écrit à tout le monde : au Ministère de la Défense nationale, au service postal militaire, à la Chambre des communes… Ça n’a pas vraiment fonctionné. Tout ce qu’elle a pu obtenir, c’est un courrier poli en provenance d’Ottawa expliquant que la censure est indispensable à la sécurité nationale et que les délais sont inévitables à cause de la guerre, et quelques dollars du Ministère des Postes en remboursement d’un envoi recommandé.
Le soucis, c’est que je n’ai donc aucun document me permettant de savoir ce que Bon-papa faisait pendant la guerre. Je sais seulement qu’il était pilote en Océanie. J’ai retrouvé cette vieille photo dans un carton. Lucien est au centre. Elle semble avoir été prise près d’une falaise, peut-être dans un désert. L’Australie ? Je n'arrive pas à identifier sur quoi ils sont assis. J’aimerais accéder aux documents déclassifiés, mais il faut faire des démarches en ligne, je n’y comprends rien.
A bientôt,
D. LeBris
P. S. : Je suis en train de constituer notre arbre généalogique. J’ai découvert qu’Irène et Lucien étaient apparentés… Irène est la petite-fille de Françoise Le Bris, la tante de Lucien. Leur ancêtre commun est Auguste Le Bris. Je suppose que ces choses sont inévitables sur une si petite île…
Dès qu’il eût pris connaissance de l’affiche, Agathon descendit les marches quatre à quatre, s’engouffra dans la cuisine en faisant claquer brutalement la porte, et se déboula dans la chambre de Sonia, la cuisinière, faisant parfaitement fi de ses protestations quant à l’inconvenance de cette situation. Agathon n’en avait cure, il avait une idée en tête et rien ne le ferait changer d’avis tant qu’il ne serait pas allé jusqu’au bout de son idée. Il insista pour voir ses papiers d’identité. Il va sans dire que Sonia le prit très mal… C’est seulement quand elle consentit à les lui présenter que mon frère s’apaisa, mais un léger rictus empreint de satisfaction pouvait montrer à qui le connaissait bien qu’il avait compris quelque chose. Voilà ce qu’il avait pu y lire.
À ce stade, Agathon considérait encore l’hypothèse du hasard. C’est une anomalie dans le discours de Sonia qui le fit reconsidérer son hypothèse première. Certes, il lui manquait encore quelques éléments, mais tout commençait à prendre sens pour lui. L’anomalie, ou plutôt la détection de l’anomalie, avait allumé une flamme dans ses yeux. Agathon jubilait, comme un chat acculant une souris qui battrait de la queue avant de se jeter sur sa proie. Sans laisser à la cuisinière le temps de s’expliquer davantage, il commença à retourner sa chambre en sens dessus dessous. Les cris scandalisés de Sonia se firent entendre dans toute la maison, et même les protestations de ma femme, qui était venue voir quelle était la cause de ce vacarme à une heure si tardive, ne suffit pas à le faire arrêter. Il ne cessa de chercher que quand il mit enfin la main sur quelque chose qui sembla le satisfaire : un vieil article de journal découpé, que Sonia gardait sous son oreiller. Il bouscula Irène et, sans présenter d’excuses à aucunes des feux femmes, remonta en trombes les escaliers jusqu’à ma chambre.
À la suite de la page où Lucien écrit « voici ce que j’avais pu y lire », je pense qu’il avait intégré un feuillet sur lequel toutes les informations du certificat de baptême de Sonia Houveau avaient été copiées, et qui a dû être envoyé à Arsinoé. Je n’ai pas été en mesure de remettre la main sur le feuillet, pour lequel aucun brouillon ne semble avoir été établi. En revanche, j’ai retrouvé le certificat de baptême de Sonia Houveau, que j'ai donc numérisé également. Il est bien possible qu’il s’agisse du certificat original…
[Transcription]
CERTIFICAT DE BAPTÊME
PAROISSE Saint-Jacques
Marie Sonia Houveau
née le 19 décembre 1911
fille légitime de Marcel Houveau / Rosalie Morin
parrain Nephtali Salazar
marraine Thérèse Lavoie
baptisée le 25 décembre 1911
par le Chapelain M. H. Guibert, p.s.s.
Vraie copie, le 28 décembre 1911
[Transcription]
Sonia Houveau : Je ne comprends pas pourquoi vous avez voulu voir mes papiers d’identité. Je ne suis pas une criminelle. Je suis une citoyenne canadienne et une bonne chrétienne !
Agathon LeBris : Je devais juste vérifier une petite chose. Je ne souhaitais pas vous brusquer.
Agathon LeBris : Vous avez seulement vingt-six ans ? Je vous aurais donné plus.
Sonia Houveau : On a tendance à vieillir prématurément quand on a eu une vie difficile comme moi.
Agathon LeBris : Une vie difficile, hum ? Pourtant, vous êtes née à Montréal. La grande ville.
Sonia Houveau : Il y a toutes sortes de quartiers dans les grandes villes.
Agathon LeBris : Mme LeBris m’a dit que vous avez été engagée sous la recommandation de Lorita. Vous la connaissiez depuis longtemps ?
Sonia Houveau : Environ quatre ans. On travaillait ensemble. Elle a fait beaucoup pour moi, je lui suis extrêmement reconnaissante.
Agathon LeBris : Elle pensait le plus grand bien de vous. Elle avait été très insistante auprès de mon frère et de ma belle-sœur, lorsqu’elle vous a recommandé.
Sonia Houveau : C’était réciproque. Elle me manquera beaucoup.
Agathon LeBris : Est-ce qu’à votre connaissance, elle était impliquée dans des activités illégales ? Avait-elle des ennemis ?
Sonia Houveau : Pour l’un comme pour l’autre d’ailleurs. Elle était très gentille, toujours prête à rendre service. Presque toutes les bonnes et les cuisinières de l’île sont venues faire sa veillée.
Agathon LeBris : Vous ne me la ferez pas. Vous travailliez ensemble il a quatre ans, dites-vous ? Lorita a commencé à travailler pour la famille LeBris il y a sept ans. Oups. Dommage. Ne jouez pas avec moi, Sonia. Quoi que vous essayez de me cacher, je le trouverai.
[Transcription]
Marcel Houveau abattu par une prostituée au cabaret L’Ombre Rouge, une raclure de moins à Montréal
Le quartier Lumière Rouge a été le théâtre d’un drame tragique ce matin dimanche 5 octobre 1924 lorsqu’un homme connu sous le nom de Marcel Houveau, un caïd notoire de la région, a été retrouvé mort, abattu de plusieurs balles dans le cabaret L’Ombre Rouge, un repaire de débauche et de vice. Selon les autorités locales, la meurtrière, une danseuse sans histoire, aurait agi de manière impitoyable.
Marcel Houveau, un homme dont la réputation sale et la présence menaçante étaient bien connues dans les ruelles du quartier, aurait fait une tournée dans la nuit de vendredi pour « collecter » le fameux « impôt de protection » des cabarets locaux, une forme de racket qu’il pratiquait depuis des années. Ce qu’il n’avait pas prévu, cependant, c’était de croiser une prostituée hargneuse qui, selon les premières informations, en avait assez des abus de l’homme.
« C’était un homme qui n’aurait jamais dû vivre aussi longtemps. Il vivait dans la crasse, abusait des femmes et volait les pauvres pour se remplir les poches », a déclaré un témoin anonyme. Selon lui, Houveau et ses gars auraient tenté de se rembourser en violant les filles, mais l’une d’entre elles n’a pas hésité à riposter par un coup de feu
Les policiers ont récupéré l'arme, un revolver de petit calibre, et ont immédiatement lancé une chasse à l’homme pour retrouver la danseuse. D’après les autorités, il est probable que celle-ci ait fui Montréal. Le cabaret L’Ombre Rouge est aujourd’hui au centre de l’enquête. On dit que plusieurs « clients réguliers » du cabaret auraient été témoins du drame, mais personne n’ose encore se manifester ouvertement. Une source policière a confié que le propriétaire du cabaret aurait probablement bénéficié de l’aide de plusieurs figures influentes pour éviter une enquête trop fouillée.
Quoi qu’il en soit, le meurtre de Houveau, bien que brutal, n’a pas suscité beaucoup de larmes dans le quartier. Ses actes violents et son ascension dans le monde criminel en ont fait une figure détestée. De nombreux travailleurs du quartier voient cet acte comme une sorte de justice immanente, un soulagement après des années de tyrannie. Houveau laisse derrière lui une veuve et cinq filles.
Nous nous sommes vus quelques fois depuis le mariage, nous allons marcher ensemble le long de la jetée jusqu’à l’église en bavardant, puis il me raccompagne chez moi. L’avantage de tout cela, c’est que je peux en parler à Layla. Ça me manquait tellement de pouvoir lui parler sincèrement. Enfin, j’écris « sincèrement », je ne sais pas si je suis tout à fait sincère. Elle est si heureuse pour moi que j’ai moi aussi trouvé quelqu’un, elle est presque plus enthousiaste que je le suis moi-même, et cela a un effet contagieux. Je me réjouis à l’idée d’une relation, et à l’excitation que je ressens d’en parler avec elle, parce que c’est par ces conversations que je retrouve notre proximité. Mais c’est comme si une fois que je me confrontais à la réalité, celle-ci était moins époustouflante que ce que j’imagine. Je ne sais pas si cela a du sens pour toi…
Tu as l’air de maîtriser tellement tes émotions. Je crois que je me laisse trop emballer par tout. Tu me parles de tes sentiments pour Ange, et tu n’as même pas l’air malheureuse, juste consciente de tes émotions, comme si tu les observais avec distance et que tu écoutais ce qu’elles ont à te dire, sans te laisser déborder par elles. J’espère qu’en gagnant de la maturité, dans dix ans, quand j’aurai ton âge, je serai comme toi.
Je ne sais pas trop si je te réécrirai, je ne souhaite pas t’embêter davantage, mais l’envie ne m’en manque pas. Merci beaucoup encore d’avoir pris tout ce temps pour me lire et me répondre, et pour t’être ouverte à moi.
Voici le dernier brouillon des lettres de Dolorès née LeBris. Elle a peut-être continué à correspondre avec Arsinoé après son mariage, auquel cas, s’ils ont été conservés, ils sont détenus par une autre branche de la famille. Elle a probablement emporté les lettres suivantes d’Arsinoé avec elle, car elles ne figurent pas dans les documents que j’ai retrouvé. Je vais demander et je reviendrai vers vous plus tard, si je trouve quelque chose je vous le numériserai à ce moment là.
A bientôt,
D. LeBris
[Transcription]
Layla Bahar : Et ensuite, où est-ce que vous êtes allés ?
Dolorès LeBris : Pas très loin, le long de la jetée.
Layla Bahar : Fabien m’emmène promener le long de la jetée aussi, mais ensuite, on tourne à droite vers la falaise, il n’y a jamais personne là bas. Vous vous êtes tenus la main ?
Dolorès LeBris : Un peu.
Layla Bahar : Oh !! A-t-il proposé de lui rendre visite à Kingston ?
Dolorès LeBris : Non, et de toute manière ça ne serait pas pratique. Je suis plus proche depuis Brockville d’ici que de Kingston, et ce serait infernal pour Agathon de me conduire pour ne même pas me ramener à la maison le dimanche.
Layla Bahar : Je comprends. Oh, Lola, je suis tellement heureuse pour toi. C’est exactement comme entre Fabien et moi.
Dolorès LeBris : Oui… Exactement comme Fabien et toi.
Lulu ne voulait pas devenir ingénieur, c’est ce que j’aurais aimé pour lui, mais j’aurais voulu que son père lui laisse le choix… Il n’est pas un grand travailleur, il aime mieux profiter de la vie. Encouragé par son frère, il s’est mis à la guitare, et il l’accompagne en chantant. Quand je les vois comme ça, j’ai l’impression que c’est tout ce qui leur faut.
La question de son avenir est de toute façon en train de se régler doucement. Il a commencé à travailler, mais Jules voudra vous écrire à ce sujet lui-même. Il a passé son examen et a obtenu le permis nécessaire pour conduire l’automobile, qu’on a fait transporter sur la rive en bateau à vapeur. Il prend la barque pour Gananoque le matin, et en trente minutes d’auto, il est à Kingston. Il a déjà dix-huit ans, il en aura dix-neuf cette année, et Jules pense qu’en tant qu’héritier de la famille, il est temps qu’il prenne le relais sur ces lettres. Vous rendez-vous compte que les familles de nos maris s’écrivent depuis plus d’un siècle ?
Même si nous ne nous sommes jamais rencontrées, je vous tiens parmi mes bonnes amies. D’ailleurs je parle de vous à mes amies comme l’une d’entre elles, et la distance n’est qu’un désagrément de circonstance. J’attends toujours vos nouvelles avec impatience, et je souhaiterais que nous continuons à correspondre.
Chers cousins français,
J'ai cherché partout et je n'ai pas retrouvé les lettres entre Eugénie et Albertine postérieurs à 1924. Elles ont peut-être été jetées. Avez-vous par hasard conservé les lettres d'Eugénie et brouillons d'Albertine ?
A bientôt,
D. LeBris
[Transcription]
Lucien LeBris : ♪ In olden days, a glimpse of stocking was looked on as something shocking, / But now, Lord knows… ♪
Dolorès, Agathon et Lucien LeBris : ♪ ANYTHING GOES!! ♪
Eugénie LeBris : Vous n'êtes pas en train de chanter des cochoncetés devant votre petite sœur, j'espère ?
Agathon LeBris : Absolument pas, Maman !
Lucien LeBris : Nous ? Jamais !
J’ai retrouvé des documents dans les affaires de mon aïeul, Jacques Le Bris. Ils m’ont permis de lever le voile sur les origines obscures de notre histoire familiale commune, et je me suis dit que cela pouvait vous intéresser. Ils sont malheureusement trop fragiles et anciens pour que je puisse vous les transmettre directement ; je vous joins donc mes notes. Vous les trouverez volontairement romancées, c’est plus vivant comme ça ! Transmettez moi au plus vite vos impressions, j’ai hâte de recevoir vos prochaines lettres.
Paget se dépoussiéra le pantalon, l’air contrarié. Il n’adressait pas un regard aux corps étendus des époux Le Bris.
“That is such a shame, we would have been well-settled here. Lieutenant Moore, burn that barn immediately. It would be very unfortunate if someone got the wrong idea seeing these two fools lying over there.”
Sur ces mots, il quitta la bâtisse en faisant claquer ses bottes sur la pierre nue, rapidement suivi par ses hommes, qui affichaient un visage grave. Déjà les flammes s’élevaient de la Butte aux Chênes, emportant à jamais André et Magdeleine.
Traduction
Henry William Paget : Quel dommage, nous aurions été confortablement installés. Lieutenant Moore, brûlez cette ferme immédiatement. Cela serait très fâcheux si quelqu’un se méprenait quant à la situation en voyant ces deux imbéciles étendus.
“Je n’ai ni le temps, ni l’énergie pour écouter les déboires d’une paysanne crasseuse, siffla Paget d’une voix acide. J’ai donné suffisamment d’avertissements à votre mari pour lui laisser le temps de retrouver son calme. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Maintenant silence, femelle, et sers-nous à dîner. Sergent O’Grady, take that fat pig out.”
La claque était partie toute seule, animée d’une énergie que les mots de Paget lui avaient retirée d’un coup. Magdelaine était lasse et fatiguée.
Un silence pesant régnait sur la pièce, tandis que les deux soldats les observaient avec stupéfaction. Paget était resté droit et digne, parfaitement immobile, et ses yeux luisaient d’une lueur mauvaise.
“Madame, vous avez osé lever la main sur officier."
Ses hommes contemplaient toujours la scène, dans l’expectative de la réaction de leur général. D’un coup, brutalement et de manière inattendue, il dégaina son couteau et l’enfonça dans la poitrine de Magdelaine. Elle regarda sans comprendre la tache rouge qui se formait au-dessus de son sein droit, sur sa robe, puis elle s’effondra au sol. La dernière chose qu’elle vit fut le regard satisfait du général qui se retournait déjà vers ses hommes.
“I had to defend myself, didn’t I?”
Traduction
Henry William Paget : Serget O’Grady, emmenez ce gros porc à l’extérieur.
Henry William Paget : Il fallait bien que je me défende, n’est-ce pas ?