Attaque à l’arme chimique sur les peshmergas à Makhmur: des experts américains et français sont sur place
Des combattants kurdes ont été visés dans la nuit de mardi à mercredi par une attaque à l'arme chimique dans le secteur de Makhmur, au sud-ouest d’Erbil, a annoncé jeudi le ministère allemand de la Défense, qui a formé ces combattants.
"Il y a eu une attaque à l'arme chimique (...) il y a eu des peshmergas blessés avec des irritations des voies respiratoires", a dit un porte-parole du ministère, sans préciser qui était à l'origine de l'attaque. Attaque chimique qui s’est produite alors que les Kurdes combattaient des jihadistes de Daesh. Bref, il ne faut pas être grand clerc pour deviner qui en est l’auteur.
Le ministère des Peshmergas aurait demandé dès mercredi à des experts internationaux d’examiner les peshmergas blessés. Une information confirmée par le commandant Muhammad Khoshawi, qui a dit qu’un groupe d'experts américains et français était arrivé dans la zone pour prélever des échantillons et établir les faits.
L’attaque chimique présumée se serait passée le mardi 11 août, en fin d'après-midi, alors qu’au moins 45 obus de mortiers tombaient sur les positions kurdes à Makhmur, à au sud-ouest d'Erbil. Les peshmergas suspectent qu’ils étaient chargés avec des produits chimiques (lire cet article en anglais de Rudaw : Peshmerga: ISIS may have used chemical weapons in Makhmur). L'un d'eux évoque même, sous couvert d'anonymat, des "roquettes Katioucha remplies de chlore". Il précise qu'elles auraient blessé "une douzaine de combattants"
Depuis, les forces peshmergas de la région ont été invitées à utiliser des masques à gaz en cas d'attaques de mortier jusqu’à ce que les résultats aient été vérifiés en laboratoire.
Vidéos de Rudaw sous-titrée en anglais et de France 24
Autres attaques chimiques depuis mars 2015
L'AFP rappelle qu'il ne s'agit pas de la première attaque chimique depuis le début de l'année. Les accusations de recours aux armes chimiques par Daesh se sont multipliées ces derniers mois en Irak comme en Syrie même si, jusqu'à présent, elles semblent sporadiques et aucun décès n'a été signalé.
Ainsi, les Unités de protection du peuple kurde (YPG), l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) et des experts ont signalé en juillet des attaques à l'arme chimique dans la province d'Hasakah, dans le nord-est de la Syrie, contre des combattants kurdes. Ces combattants ont aussi dit avoir saisi des masques à gaz appartenant à EI, estimant dès lors que les jihadistes préparent d'autres attaques chimiques. A l'époque, les forces kurdes avaient fait état de "brûlures à la gorge, aux yeux et au nez, accompagnées de maux de tête, de douleurs musculaires, d'une perte de concentration, de problèmes de mobilité et de vomissements".
Précédemment, en mars, le gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien avait affirmé avoir les preuves d'une utilisation de gaz chloré par l'EI contre ses forces.
Mais le groupe Daesh n'est pas seul à être soupçonné de recourir de temps à autre à ce type de produits. L'ONG Human Rights Watch a accusé en mars dernier le régime syrien de Bachar al-Assad d'avoir largué des barils remplis de gaz de chlore sur des civils dans des secteurs rebelles, une accusation rejetée par Damas.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé à l'unanimité le 7 août de former un groupe d'experts pour identifier "les individus, entités, groupes et gouvernements" responsables de récentes attaques.
Du gaz moutarde selon le commandant Sirwan Barzani
"Nos examens préliminaires montrent que les militants ont utilisé du gaz moutarde contre nos positions dans deux villages au sud de Makhmour, mais nous attendons les résultats du laboratoire", a déclaré Sirwan Barzani le vendredi 14 août.
Le samedi 15 août, le Washington Post, CNN et le journal The Telegraph confirment qu'il s'agissait bien de gaz moutarde en citant une source proche du Pentagone.