ROJAVA. L'association humanitaire "Xêrxwaziya Barzanî nemir" arrive à Qamişlo, un petit espoir pour des Kurdes visés de toutes parts
Par Anahîta Hemo, Paris. Et le Phenix kurde, Toulouse.
Des averses de pluie sont tombées sur la terre du Kurdistan le 14 mars 2026, et en particulier au Rojava, la patrie des Kurdes de Syrie ! Comme une bénédiction sur une terre aride, comme la nostalgie de l’été lorsqu’un hiver passe sans pluie.
C’est ainsi que , ce samedi là, s’est ouverte une journée très spéciale, qui coïncide avec l’anniversaire de naissance du leader kurde légendaire devenu immortel pour beaucoup, Mulla Mustafa Barzani, né le 14 mars 1903 et décédé le 1er mars 1979, à quelques jours de ses 76 ans.
C'est en effet ce jour qui a été choisi pour ajouter aux manifestations joyeuses, célébrant sa mémoire, l'inauguration d'une nouvelle association caritative à Qamişlo. L'arrivée de "Xêrxwaziya Barzanî nemir" dans la région marque un nouvel élan, "porteur de bonté et de paix", selon Anahîta Hemo qui vit à Paris, avec son amour du Rojava toujours chevillé au coeur.
Ces bonnes nouvelles redonnent surtout un peu d'espoir aux Kurdes de Syrie encore sous le choc des assauts contre les quartiers kurdes d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud à Alep, en janvier. Et pour cause, quelques milliers de civils Kurdes ont été tués ou enlevés lors de cette attaque brutale des milices jihadistes de Damas et des proxys de la Turquie.
Alors, comme dans le Rojava, Anahîta Hemo et tous les Kurdes de la diaspora ont eu plaisir à apprendre l'ouverture de cette association humanitaire en pleine préparation des fêtes de Newroz.
"Comme beaucoup d’autres, je me suis réveillée ce samedi, jour de repos du week-end, pour méditer, et mes yeux ont lu une nouvelle qui réchauffe le cœur : sauver la jeunesse kurde de la chaleur brûlante des déserts de la guerre. Pour la deuxième fois, j’écris sur les activités caritatives de cette association, tout comme j’avais écrit avec émotion et joie à propos de la ville kurde d’Afrin lors du tremblement de terre. Une phrase, devenue à la fois un symbole de débat et de solidarité avec la cause kurde, les droits humains des Kurdes et ceux des minorités, résonne encore : « Bijî Bijî Barzanî » (Vive Barzani)".
Une phrase qui résonne aussi bien sûr au Başur, fief de la famille Barzani. Mais le fait est que, pour les Kurdes du Rojava et du Başur, comme pour les Kurdes du Rojhelat et de Baqûr, les chefs de partis ont aujourd'hui moins d'importance que le fait de parler maintenant d'une seule voix, depuis qu'ils subissent une offensive convergente sur les quatre parties de leur terre divisée par le Traité de Lausanne en 1923.
Ce qui se passe depuis le mois de janvier n'est que la suite de décennies de discriminations à leur encontre, pour ne pas dire pire. Mais avec l'investissement de diverses associations humanitaires, Newroz et le soutien de la diaspora, c'est peut-être le fait que les Kurdes parlent enfin le même langage contre leurs adversaires qui est le plus grand motif d'espoir pour le peuple kurde.
Car leurs adversaires - même ennemis entre eux - ont un point commun, leur détestation des Kurdes. Suite à l'offensive sur Alep en janvier, un charnier de plus de 270 corps a été découverts fin mars à Naqqarin (autoroute M4)... ce qui n'a malheureusement pas empêché l'Allemagne de recevoir peu après Ahmed al-Sharaa, le président "par intérim" de Syrie, plus connu sous son nom de guerre à l'époque d'Al Qaeda, à savoir "Jolani". Il a (un peu) raccourci sa barbe et a enfilé un costume, mais il reste aujourd'hui commandant en chef d'une politique qui a cautionné le massacre d'Alaouites, de Druzes, et maintenant de Kurdes, à cause de leur appartenance ethnique.
Selon Nesrîn Silêman, membre de l'association des personnes déplacées d'Afrin, le sort de 3000 personnes demeure encore inconnu à ce jour. C'est une famille d'Afrin partie à la recherche de disparus qui a localisé le charnier de Naqqarin, grâce à des témoins lui ayant parlé d'un lieu où des prisonniers étaient rassemblés avant d'être exécutés. Face à l'ampleur des disparitions et au manque de transparence dont fait manifestement preuve le gouvernement syrien, l'association de Nesrîn appelle à la création d'une commission d'enquête indépendante co-dirigée par les Nations Unies et l'Union européenne.
Ce qui est sûr, c'est que la communauté internationale va devoir clarifier sa position. Car elle n'est pas très regardante non plus sur l'Irak et son gouvernement, qui autorise les milices chiites à la solde de Téhéran à se défendre quand elles sont attaquées par les Etats-Unis ou Israël, mais pas les peshmergas à faire de même quand ils sont bombardés par les gardiens de la révolution iraniens (179 fois en un mois) ou leurs supplétifs en Irak (295 fois en un mois).
Résultat, depuis le début des frappes américaines et israéliennes sur l'Iran le 28 février, les régions kurdes d'Irak ont fait l'objet de 474 bombardements par missiles, rockets ou (le plus souvent) par drones, des frappes qui ont fait 14 morts et 93 blessés en un mois, principalement dans le gouvernerat d'Erbil.
Certes, les premiers bombardements ont visé des bases américaines au Kurdistan, faisant là aussi des morts. Mais très vite, ils ont visé des quartiers généraux de partis d'opposition kurdes iraniens installés au Başur, de nombreuses zones civiles, et même la résidence du président Nechirvan Barzani à Duhok... alors même que ce dernier n'a cessé de répéter depuis fin février que la région autonome du Kurdistan irakien n'était pas partie prenante au conflit.
Pendant ce temps, Erdogan boit du petit lait en Turquie, accentuant son lobbying aux Etats-Unis pour qu'aucun rôle ne soit accordé aux résistants kurdes iraniens pour faire tomber le régime des mollahs.
Son rêve est tout autre : le maintien du régime dans un Iran affaibli et dépecé du Rojhelat pour que le Kurdistan iranien soit rattaché à l'Azerbaïdjan... ce qui, entre parenthèses, ferait peser de lourdes inquiétudes à terme sur le sort des Arméniens.
En attendant, Téhéran continue la répression contre les Kurdes iraniens, et les pendaisons de manifestants arrêtés en janvier s'accélèrent.
Reste les Kurdes de Turquie qui rêvaient de paix après que le PKK a rendu les armes à la demande de son leader emprisonné Abdullah Öcalan. Mais ce geste historique n'a pas été suivi d'avancées politiques majeures pour les Kurdes de Baqûr, en tout cas pour le moment.
Une chose est sûre, les Kurdes ne veulent plus rester les dindons de la farces au Moyen-Orient. Et l'espoir, aujourd'hui, réside dans leurs propres capacités à faire face - UNIS - à des voisins terriblement hostiles à leur égard.