BASKIN (2015)
Monumental chef-d’oeuvre du cinéma de genre made in Turquie, BASKIN est sans conteste l’une des réussites d’horreur de la décennie: là où James Wan compilait le meilleur de l’épouvante avec l’énorme THE CONJURING (2013), le réalisateur Can Evrenol signi ici non seulement son premier film, tiré de son précédent court-métrage éponyme, mais en plus, le long-métrage atteint des sommets inimaginables. Bien sûr, les mauvaises langues aveugles verront en BASKIN une compilation esthétique de références ultimes, allant de Lovecraft à Clive Barker en passant par David Lynch/John Carpenter ou d’autres itérations cinématographiques généreusement gores. Pourtant, BASKIN tire son épingle du jeu, avec sa localisation inhabituelle -un petit bled turc-, ses antihéros détestables -un équipe de flics bien ripoux-, sa “prophétie métaphorique”, sa réalisation travaillée -la photographie et la mise en scène sont impeccables, et sa générosité d’horror-movie au départ simplement gênant, pour en devenir un véritable cauchemar vivant. Que signifie cet appel à l’aide venant d’un mystérieux village abandonné, où des grenouilles errent par centaines, où d’étranges rituels se déroulent? Mise à mal, l’équipe policière va tomber dans un piège rituel torturé, sombre et enflammé, aux limites de la folie: mais BASKIN ne se limite pas à raconter un simple fait-divers qui tourne au drame -comme EDEN LAKE (2009) par exemple-, ni à juste prouver que le cinéma turc peut équivaloir à ses homologues à gros budget. On tient là un film unique, profond et cyclique -son final fou-, où le Mal n’a jamais été autant palpable: car derrière cet enfer de chair et de sang, d’excréments et de rêves, de peur et d’ambiance, l’ambiance de BASKIN vaut à elle seule le détour. Nocturne, parfois drôle, on finit avec BASKIN par plaindre ces bourreaux modernes de la société succomber à une force ancienne et mystique, surpuissante et violente: Can Evrenol sait également développer chacun de ses personnages -aux antipodes des stéréotypes physiques américains-, chacune ayant sa propre façon de penser, ses “principes”, et son histoire. Un ajout qui, à l’évidence, prouve le soin du réalisateur à proposer à son public un scénario solide, sublimé par ces scènes métaphoriques plus que parlantes, à l’image du sauvetage de la noyade d’un des personnages: un corps en apesanteur flottant dans l’eau sombre, dans laquelle une main immense vient le cueillir, pour enchaîner sur un plan très classique d’entraide, le flic tiré de la rivière par la main ferme de son collègue. Spirituel, touchant de près une noire fantasy inattendue, BASKIN est aussi très gore, avec son immersion étouffante dans cet “antre de la folie”, où nos antihéros aperçoivent l’Horreur terrorisés, hurlant de peur et traumatisés à jamais par ce qu’ils ont vu. Définivement piégés par “Le Père” -joué à merveille par l’acteur Mehmet Cerrahoglu, flippant à souhait-, les policiers auraient-ils pénétré l’Antichambre de l’Enfer? Tourné en à peine 28 jours pour un budget “dérisoire” de 350 000 dollars, BASKIN est un coup de pied dans la ruche du cinéma d’horreur, prouvant à qui veut que le long-métrage est un film culte, marquant, et possédant sa propre identité -thématique, graphique, etc.-. Nous achevant grâce à ses musiques surprenantes -cette new-retro wave 80′s agressive lors d’un meurtre viscéral aux frontières de la folie, ou encore ce metal bien gras pour le générique de fin-, BASKIN est hélas -pour ne pas dire scandaleusement- indisponible en France au format officiel! Un comble de plus pour cet incroyable voyage autant artistique qu’effrayant, qui mérite largement son achat au format physique: mais on a l’habitude, dans ce pays... Au même titre qu’un certain Andrés Muschietti pour l’Argentine, Can Evrenol est sans conteste LE réalisateur turc à suivre, redorant le blason cinématographique de son pays d’origine, et offrant au monde entier un talent délectable dont on ressort, comme ses personnages, traumatisé à jamais. BASKINLESS /20










