Galette #24 - Dream Theater - The Twelve Step Suite
Album : Twelve Step Suite (ou Alcoholics Anonymous Suite)
Artiste : Dream Theater
Année : 2002-2003-2005-2007-2009
Pays : USA
Genre : Metal Progressif
A écouter : Après un dernier verre...
Bon... Ça fait plusieurs semaines que je tourne autour du pot, j'ai déjà évoqué James Labrie, le chanteur dans The Human Equation, Mike Portnoy, l'ex batteur dans Sola Scriptura et The Whirlwind, je vais finalement vous parler du groupe dans son intégralité, le seul, l'unique DREAM THEATER.
Mais quel album présenter ? J'aurais pu choisir l'un de mes albums préférés du groupe, Scenes From a Memory ou Six Degrees of Inner Turbulence mais ces opus ont déjà tellement fait couler d'encre, même en français, je ne voyais pas trop l'intérêt d'écrire des choses déjà dites mille fois. D'ailleurs, TOUS les albums de Dream Theater ont déjà fait l'objet de moult chroniques en français. Tous ? Non... Un album résiste encore et toujours aux blogs francophones pour la bonne et simple raison que cet album n'existe pas...
Alors comment ça il n'existe pas ? Il n'existe plus comme le concorde ? Il n'existe pas encore comme la barbe de John Myung ? Non. Il existe... mais pas sous forme d'album.
La Twelve Step Suite est en effet une suite de cinq chansons présentes sur cinq albums consécutifs du groupe, de Six Degrees of Inner Turbulence en 2002 à Black Clouds & Silver Linings en 2009. Mises bout à bout, ces chansons créent une suite de douze parties et de près d'une heure, soit un véritable concept-album dont la musique et les paroles sont très cohérentes.
Coté paroles, cette suite détaille les douze étapes du programme des alcooliques anonymes. Très logiquement, chacune des douze partie de la suite correspond à une étape du programme. Toutes les paroles ont été écrites par le batteur Mike Portnoy qui a traversé une période d'alcoolisme et d'addiction à diverses drogues autour des années 2000, l'écriture de chansons comprenant deux ou trois parties de cette suite, album après album, de 2002 à 2009 a été pour lui une sorte de thérapie l'aidant dans son sevrage. Il en résulte des paroles très sombres et personnelles, teintées de regret, de colère, de religion aussi puisque c'est l'essence même du programme des alcooliques anonymes. D'après les livrets de chacun des albums, toutes les paroles de la suite sont dédiées à Bill W. Le co-fondateur des alcooliques anonymes.
Afin de vous y retrouver, voici la liste des parties et des chansons :
The Glass Prison (1ère chanson de Six Degrees of Inner Turbulence – 2002)
1. Reflection
2. Restoration
3.Revelation
This Dying Soul (2ème chanson de Train of Thought – 2003)
4. Reflections of Reality (Revisited)
5. Release
The Root of All Evil (1ère chanson de Octavarium – 2005)
6. Ready
7. Remove
Repentance (5ème chanson de Systematic Chaos – 2007)
8. Regret
9. Restitution
The Shattered Fortress (4ème chanson de Black Clouds & Silver Linings – 2009)
10. Restraint
11. Recieve
12. Responsible
Pas besoin d'être rusé comme un Bertrand Renard pour se rendre compte que toute les parties commencent par Re, ce qui serait une référence au mot Rehab, désintoxication en anglais. La quatrième partie, Reflections of Reality (Revisited), est une référence à la chanson The Mirror présente sur l'album Awake (1994) écrite aussi par Mike Portnoy et qui parlait déjà de l’alcoolisme. On trouve d'ailleurs dans la suite plusieurs autres références aux paroles de cette chanson. Pour ces raisons, certains voient The Mirror comme un préquel à la Twelve Step Suite.
Coté mélodie, on trouve dans cette suite les chanson les plus heavy et les plus noires de la discographie de Dream Theater. On trouve aussi de nombreux passages très groove, la première chanson de la suite ayant été écrite avec pour principales inspirations les groupes Pantera et Megadeath, ces touches groove ont ensuite persisté sur les autres parties de la suite. Afin de rendre plus digeste l'écoute de cette suite très sombre et de permettre une interprétation de l'intégralité de la suite en live sans tuer de musiciens, le groupe a tout de même orienté la troisième chanson, The Root Of All Evil un peu plus pop mais tout de même très heavy et la quatrième chanson Repentance plus douce, planante et psychédélique mais tout aussi sombre. Enfin, la dernière chanson, The Shattered Fortress, est une sorte de medley de toutes les autres en ajoutant une dimension épique permettant de clôturer avec panache cette monstrueuse suite. L'écoute de l'intégralité de cette œuvre est donc assez variée bien que plus monochrome, sombre et dureque n’importe quel autre album de Dream Theater, si vous n'avez jamais écouté de galette de ce groupe avant, je vous conseille de commencer par une autre (cliquez sur les liens un peu partout) afin de vous faire une opinion plus objective sur le groupe.
Ce qui me fascine dans cette suite, au delà de la qualité de la composition et des paroles, c'est cette double cohérence, non seulement au niveau de la suite dans son entièreté, mais aussi au niveau de chaque album. Un album de Dream Theater est en effet très souvent bourré de concepts un peu farfelus et difficiles à concilier avec une œuvre globale comme celle-çi. Par exemple l'album Six Degrees of Inner Turbulence se nomme ainsi car il contient une chanson éponyme parlant de six maladies mentales mais aussi parce qu'il contient six chansons évoquant un trouble interne différent. Parmis ces chansons, on trouve la première de la Twelve Step Suite, qui parle donc de l'alcoolisme, c'est bel et bien un trouble interne, double cohérence. Autre exemple, l'album Octavarium comporte huit chansons, chacune ayant une note fondamentale différente, ce qui donne une octave complète à l'échelle de l'album : Fa, Sol, La, Si, Do, Ré, Mi, Fa(une octave plus aigu). Non seulement la chanson The Root of Evil, (première de l'album et troisième de la suite) est en Fa, ce qui l'intègre au concept, mais en plus on y entend à la fin une mélodie au piano qui est un des thèmes de la dernière chanson (cohérence avec l'album) et qui fait office de transition vers la chanson Repentance, plus calme (cohérence avec la suite). Cerise sur le gâteau, son nom fait à la fois allusions aux étapes de la suite qui y sont traitées et au mot Root qui désigne la première note d'une gamme en anglais, double cohérence. Balèze non ?
A l'écoute de cette suite, un brin de mélancolie envahit tous les fans de Dream Theater puisque quelque mois après avoir clôturé cette suite, Mike Portnoy quitta le groupe, sans jamais avoir pu présenter la suite dans son intégralité en live. Et vu l'ambiance froide qui règne actuellement entre Portnoy et le groupe, l'interdiction morale pour Dream Theater de jouer la suite sans Portnoy et l'interdiction juridique pour Portnoy de jouer la suite avec un autre groupe, ils semblerait qu'une telle performance live soit aussi peu probable que la barbe de John Myung.
Outch... Je ne pensais pas que j'aurais autant de choses à dire sur cette vraie/fausse galette, et à vrai dire, il y a encore plein de choses que je n'ai pas dites alors je vais terminer cet article avec concision, façon Pull Me Under, Salut.
N. B. La vidéo mise en lien a été réalisée par un fan, aucune version « officielle » de la suite entière n'existant pour le moment, même si les chansons sont initialement écrites pour se succéder, la qualité et le volume des cinq albums diffèrent légèrement, ce qui explique les quelques transitions peu naturelles entre certaines parties.