Galette #33 - Roger Waters - Amused to Death
Artiste : Roger Waters Album : Amused to Death Année : 1992 Pays : Royaume-Uni Genre : Rock Progressif, Space Rock, Rock tout court... A écouter : En regardant BFMTV
Voilà déjà trente galettes majoritairement de rock progressif que je présente et je n'ai toujours pas de parlé de Pink Floyd. A priori je ne compte d’ailleurs jamais en parler, non pas que je n'aime pas ce groupe (au contraire) seulement la principale motivation de ce blog est de faire découvrir d'excellents albums aux non-adeptes du rock progressif, la notoriété des meilleurs albums de Pink Floyd étant bien connue du grand public, je ne vois juste pas bien l'intérêt d'en parler ici.
En revanche, les albums solo de Roger Waters, ancien bassiste, chanteur et principal compositeur de l'âge d'or de Pink Floyd, n'ont pas cette médiatisation écrasante qu'ont eu les albums de David Gilmour sortis ces vingt dernières années sous le nom de Pink Floyd. Ces albums ne sont pas inconnus, loin s'en faut, mais à coté de The Division Bell ou de The Endless River, les albums de Waters paraissent presque underground. Ce sont pourtant, selon moi, les dignes successeur de l'esprit Pink Floyd période 70.
Amused to Death est le troisième album solo de Roger Waters et, si l'on exclue la comédie musicale Ça ira traitant de la révolution française sortie en 2015, c'est aussi le dernier. Il s'agit d'un concept-album sur le thème de la télévision et de la médiatisation des atrocités du monde, soit un sujet on ne peut plus actuel en ces temps de trouble... Les thèmes des différentes chansons sont assez aléatoires comme si un singe (ou n'importe quel téléspectateur) zappait tout au long de l'album. On trouve ainsi des références à des éléments de l'actualité contemporains à la sortie de l'album comme la guerre du golf ou les manifestations de la place Tiananmen, entrecoupés de critiques de sujets chers à l'artiste comme la religion, la mondialisation ou la guerre.
De nombreuses personnes sont impliqués dans la création de cet album, 22 musiciens de tous instruments dont Jeff Beck et Randy Jackson, une dizaine de chanteurs et choristes dont Don Henley des Eagles ainsi que quelques personnalités comme Alfred Razzel, un vétéran de la première guerre mondiale, dont on entend le témoignage au sujet de la mort du soldat Bill Hubbard en ouverture et en fermeture de l'album ou encore le commentateur sportif Marv Albert qui commente la guerre du golf à la manière d'un match de football dans Perfect Sense part II.
Le résutat de tous ces sujets et de toutes ces collaborations est un album très puissants, ou des passages avec choeurs presque gospel, côtoient des solos et des couplets planants purement Floydiens, où des foules en délire clament des slogans et des samples multiples nous saturent d'information, le tout enrobée de la voix souvent douce mais parfois inquisitrice de Waters, d'une guitare assez Gilmourienne et des voix féminines de Katie Kisson et de Doreen Chanter.
Comme tout album de Roger Waters (avec ou sans Pink Floyd) on trouve dans cette galette de multiples références plus ou moins cachées à d'autres œuvres, par exemple le titre lui-même qui est une référence au livre Amusing Ourselves to Death de Neil Postman ou encore les samples de la voix de Hal de 2001 L'Odyssée de l'Espace que l'on entend dans la piste Perfect Sense, ce film a d'ailleurs inspiré la pochette de l'album représentant un singe assis devant une télévision. On trouve aussi de nombreuses autoréférences à d'autres chansons de Pink Floyd comme la phrase « I looked over Jordan and what did I see » dans The Bravery of Being Out of Range que l'on trouvait déjà dans Sheep sur l'album Animals ou encore « Doctor, Doctor », premières phrases de la dernière chanson de l'album et également premières phrases de la toute première chanson écrite par Waters sur l'album The Piper at the Gates of Dawn de Pink Floyd.
Bref, même si cette galette n'est pas estampillée « Pink Floyd », elle en a toutes les qualités et vous plaira certainement si vous aimez ce groupe. Une édition remastérisée est également sortie cette année avec plusieurs modifications légères mais ne passant pas inaperçu, qui exacerberont les puristes mais qui m'ont plutôt plu. Même si la musique suffit à rendre cet album très sympathique, n'oubliez pas d'écouter les paroles, elles y sont pour beaucoup dans la saveur de cette galette et font particulièrement écho avec les événements de la semaine dernière. On peut rendre hommage aux victimes de vendredi dernier sans rester scotché devant sa télévision en quête d'une nouvelle information macabre, le monde tournerait peut-être plus rond si nos médias d'information cessaient de tenter de nous divertir avec la mort.













