Just one night. (Self-para, mission 003)
La porte de l'appartement 170 du 17ème étage claque violemment derrière le passage de James. Le jeune homme rentre enfin chez lui, à plus du quatre heures du matin, les traits tirés, une cigarette éteinte coincée entre ses lèvres fines. Une sortie nocturne, sous la petite pluie agaçante qui tombe depuis le matin, n'a rien changé à son humeur nostalgique.
Il entend sa voix. Il l'entend dans sa tête, et il a l'impression de percevoir des détails, des petits éléments de tout ça un peu partout. Le sourire de la prostituée qu'il a rencontré sur son périple nocturne, c'est le sien. La musique qui passait à la radio alors qu'il roulait à tombeau ouvert, c'est la sienne.
Jay sait parfaitement qu'il ne va pas tarder à ne plus pouvoir refouler les images qui se succèdent devant ses yeux. Il se déshabille aussi vite qu'il peut et s'enferme dans la cabine de sa douche. Des taches de couleurs apparaissent devant ses yeux en même temps que l'eau ruisselle sur son visage.
Et sa voix. Il a sa voix au bord des lèvres.
"- Ce n'est pas de la magie Carver, c'est de la logique."
"- Je suis meilleure que toi !"
"- T'es qu'un idiot. Un putain d'idiot. Un magicien raté. Un gamin qui ne croit que dans ses illusions et en rien d'autre."
"- Demain. Toi et moi, seuls. Dans ma chambre. Mes parents rentrent dans trois jours."
"- PUTAIN TU ME SOU.. Recommence.."
"- La magie est ta drogue Jamesie. Tu en crèvera d'une overdose."
"- Me laisse pas seule. Pas face à ça."
"- C'est un cadeau. Notre cadeau ?"
Jay baisse de plus en plus la température de l'eau de la douche. Il lutte. Pas ça. Et puis il se met à frapper les murs carrelés à s’en briser les phalanges. L’eau se colore de rouge.
Les mains crispées sur le volant de la voiture, James compte doucement dans sa tête. Plus que quatre secondes, trois secondes, deux secondes, une.. C'est l'heure.
Il n'entend rien, ne voit rien de plus. Quand il tourne la tête vers le siège passager à ses côtés encore vide quelques secondes auparavant, une magnifique créature aux lourds cheveux flamboyants lui adresse un sourire que Jay qualifierait certainement de sublime.
Le jeune homme hoche la tête, ne bouge pourtant pas. Le moteur se met en marche sans que la clé ne soit en place. Et il fonce. Il fonce à tombeau ouvert.
"- Sympa la voiture. C'est pas la même que la semaine dernière. Nouvelle ?"
"- Bien sûr. Je suis bourré de fric, je vis chez mes parents que je connais parfaitement bien et je change de voiture toutes mes semaines. Je l'ai empruntée.."
Elle rigole, secouant ses cheveux qui ont toujours fait penser à Jay que c'était de là qu'il tenait son côté pyromane. Ces cheveux, une véritable cascade de feu.
Elle se met à fredonner cette chanson. Un sourire passe rapidement sur le visage de Jay. Il accélère encore plus, dépassant de beaucoup la vitesse autorisée.
"- Tu sais pourquoi on se voit ce soir ?"
"- Pour faire l'amour comme des tarés quand tu auras fini de jouer avec l’accélérateur ?"
"- James.. C'est ma dernière épreuve ?"
Elle a les yeux qui brillent comme une enfant qui vient de découvrir son cadeau de Noël. James aime ce regard.
La vitesse est telle que derrière le paysage est flou derrière les vitres.
James continue de fixer la route. Vite. Toujours plus vite.
"- Après.. Je serai ton assistante petit magicien ?"
Encore plus vite. Face au néant.
Et Jay se jette hors de la voiture juste avant qu'elle ne tombe du pont.
Toujours sous sa douche, James se prend la tête entre les mains. Le sang coule le long de ses poignets, colore ses cheveux, glisse sur ses joues.
Elle ne remonte pas. James ne dit rien, et regarde les étoiles. Est-ce qu'elle est morte ? Son rythme cardiaque explose. Il l'a tué
Les secondes sont des heures.
Et puis tout s'accélère. Une ombre fonce sur lui, le fait tomber au sol, l'étrangle et hurle qu'elle le déteste, le déteste, le déteste, le déteste. L'ombre a des cheveux roux flamboyants et elle est trempée.
Jay n'a jamais été autant attiré par quelqu'un.
"- Elizabeth.. C'est bon. T'as réussi. On va faire de la magie ensemble. Partenaires."
"- C'EST UNE RAISON POUR ESSAYER DE NOUS TUER ?"
James se met à rire. Elizabeth se fige, le regarde, le gifle.
"- Tu te fous de moi ? J'ai tellement envie de t'abandonner quand on sera à Patrick !"
Jay l'embrasse. Sous les étoiles du ciel New York.
"- Tu ne ferais pas ça.."
"- On va faire de la magie ensemble maintenant ?"
Parler entre deux baisers.
"- De la magie.. ? Oui. Tu choisis notre prochain tour."
"- On va défoncer Nathan à coup d'illusions."
"- Et on va s'attaquer à plus gros que des voitures. J'ai besoin d'accéder à un plus gros compte en banque.. Tu n'as plus peur de rien après tout ça non ?"
James lui dirait bien de se taire. Ca c'est son jardin secret. Les côtés sombres de sa magie. Peu de monde connait le prix à payer. Il est trop accaparé par l'odeur d'Elizabeth pour répliquer.
Ses mains touchent tout ce qu'elles peuvent atteindre. Ses joues, ses épaules et descendent en longues caresses sur son ventre.
Elizabeth lui arrache presque son tee-shirt. La croix que porte Jay autour du cou brille faiblement et se reflète dans la noirceur de ses yeux.
"- Vous avez beau être en colère mademoiselle Hepburn, vos hormones de jeune fille de 18 ans vous montent à la tête."
James sort de la douche, jette en coup d'oeil au miroir et à la petite croix en or qui brille toujours autour de son cou.
Il se souvient qu'ils ne se sont jamais autant aimé que cette nuit-là. Passionnés parmi les brûlures. Mystérieux dans leurs secrets.
Un sourire douloureux orne le visage du magicien.