Exposition "Anita Molinero, Extrudia" au Musée d'Art Moderne, Paris, juin 2022.
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Exposition "Anita Molinero, Extrudia" au Musée d'Art Moderne, Paris, juin 2022.
Bormes. France
Exposition "Anita Molinero, Extrudia" au Musée d'Art Moderne, Paris, juin 2022.
"Sans Titre" (détails) polystyrènes extrudés et peinture d'Anita Molinero (2018-19) à l'exposition "Anita Molinero, Extrudia" au Musée d'Art Moderne, Paris, juin 2022.
EL MOLINERO
Al viejo molinero del molino negro, una tarde de invierno lo enterraron, con frío rugoso y afilado cierzo, en campo de cenizas y cicutas.
Su falsa claridad vibraba el día contra la pala del sepulturero; rondaba un perro cerca de la fosa que a cada resplandor ladraba.
La pala, paletada a paletada, variando como un espejo, relucía y se hincaba y mordía la tierra violentada.
Cayó el sol bajo las dudosas sombras.
A contraluz del cielo, un insecto parecía el sepulturero, enorme, luchando contra el miedo; la pala entre sus manos temblaba, se esborregaba la tierra, y por mucho que hacía, nunca colma, la fosa ante sus ojos igual que la noche se ensanchaba.
Allá abajo en el pueblo, nadie prestó dos sábanas al muerto.
Allá abajo en el pueblo, nadie dijo una plegaria.
Allá abajo en el pueblo, nadie dobló campanas por el muerto.
Allá abajo en el pueblo, nadie quiso clavar el ataúd.
Y las casa y cabañas enfrente del cementerio, por no ver, cerraban todas los postigos, calle abajo.
Y se sintió el sepulturero solo delante del difunto sin mortaja por quien todos llevaron el odio y el temor en las venas.
Sobre su mota murria de tarde, el viejo molinero del molino negro, vivió antaño conforme con la extensión y el espacio y el frenético vuelo de las tormentas asidas a la tralla del viento nortizo; su corazón había escuchado despacio lo que las bocas de oro y de sombra de los astros revelan a quienes atienden lo eterno; el yermo gris de sobrias bermejuelas lo había cercado del misterio donde las cosas despiertan al alma, le hablan y la aconsejan; los grandes flujos que lo animado atraviesan trasfundieron su espíritu con brío, tanto que en su alma aislada y profunda sintió el simple, leudar el mundo entero.
Ni los más viejos sabían de cuando, lejos del pueblo, pervivía allá arriba, las carreras y el vuelo avizorando de lumbres en las nubes, y sus signos.
Intimidaba por el silencio con que había, callado, tejido su existencia; aún más intimidaba por los dorados ojos de su molino, abiertos en la noche.
Y no habría sabido nadie de su agonía, luego su muerte, de no ser por las cuatro alas que a lo desconocido aspaba, como perennes súplicas, que un día amanecieron para siempre inmóviles, detenidas y negras, como cruz sobre sino.
Olas de sombra, en turbamulta, subir veía el sepulturero, y las cerradas ventanas del pueblo difuminarse y desaparecer.
La universal desazón pobló la soledad de gritos; rebozado en pardo y negro pasaba el viento como un tal; de enemigos confines cuanto es vago se concretaba en afiebrados roces, hasta que, con espanto en los ojos, tirando la pala a un lado, multiplicados brazos de la noche tras él, amenazantes, como un ladrón salió corriendo. Entonces, fue total el silencio en lo vasto, se agigantó en la tierra abierta el hoyo, y ya nada se movió; y sola la insaciable llana resorbió en su inmensidad de nortada y de sombra aquel muerto cuya vida inconmensurara su misterio, exaltándola al infinito.
*
LE MEUNIER
Le vieux meunier du moulin noir, On l’enterra, l’hiver, un soir De froid rugueux, de bise aiguë En un terrain de cendre et de ciguës.
Le jour dardait sa clarté fausse Sur la bêche du fossoyeur ; Un chien errait près de la fosse, L’aboi tendu vers la lueur.
La bêche, à chacune des pelletées, Telle un miroir se déplaçait, Luisait, mordait et s’enfonçait, Sous les terres violentées. Le soleil chut sous les ombres suspectes.
Sur fond de ciel, le fossoyeur, Comme un énorme insecte, Semblait lutter avec la peur ; La bêche entre ses mains tremblait, Le sol se crevassait Et quoi qu’il fît, rien ne comblait Le trou qui, devant lui, Comme la nuit, s’élargissait.
Au village là-bas, Personne au mort n’avait prêté deux draps.
Au village là-bas, Nul n’avait dit une prière.
Au village là-bas, Personne au mort n’avait sonné le glas.
Au village là-bas, Aucun n’avait voulu clouer la bière.
Et les maisons et les chaumières Qui regardaient le cimetière, Pour ne point voir, étaient là toutes, Volets fermés, le long des routes.
Le fossoyeur se sentit seul Devant ce défunt sans linceul Dont tous avaient gardé la haine Et la crainte, dans les veines.
Sur sa butte morne de soir, Le vieux meunier du moulin noir, Jadis, avait vécu d’accord Avec l’espace et l’étendue Et le vol fou des tempêtes pendues Aux crins battants des vents du Nord ; Son cœur avait longuement écouté Ce que les bouches d’ombre et d’or Des étoiles dévoilent Aux attentifs d’éternité ; Le désert gris des bruyères austères L’avait cerné de ce mystère Où les choses pour les âmes s’éveillent Et leur parlent et les conseillent ; Les grands courants qui traversent tout ce qui vit Étaient, avec leur force, entrés dans son esprit, Si bien que par son âme isolée et profonde Ce simple avait senti passer et fermenter le monde.
Les plus anciens ne savaient pas Depuis quels jours, loin du village, Il perdurait, là-bas, Guettant l’envol et les voyages Et les signes des feux dans les nuages.
Il effrayait par le silence Dont il avait, sans bruit, Tissé son existence ; Il effrayait encor Par les yeux d’or De son moulin tout à coup clairs, la nuit.
Et personne n’aurait connu Son agonie et puis sa mort, N’étaient que les quatre ailes Qu’il agitait vers l’inconnu, Comme des suppliques éternelles, Ne s’étaient, un matin, Définitivement fixées, Noires et immobilisées, Telle une croix sur un destin.
Le fossoyeur voyait l’ombre et ses houles Grandir comme des foules Et le village et ses closes fenêtres Se fondre au loin et disparaître.
L’universelle inquiétude Peuplait de cris la solitude ; En voiles noirs et bruns, Le vent passait comme quelqu’un ; Tout le vague des horizons hostiles Se précisait en frôlements fébriles Jusqu’au moment où, les yeux fous, Jetant sa bêche n’importe où, Avec les bras multiples de la nuit En menaces, derrière lui, Comme un larron, il s’encourut. Alors, Le silence se fit, total, par l’étendue, Le trou parut géant dans la terre fendue Et rien ne bougea plus ; Et seules les plaines inassouvies Absorbèrent, en leur immensité D’ombre et de Nord, Ce mort Dont leur mystère avait illimité Et exalté jusques dans l’infini, la vie.
Émile Verhaeren
di-versión©ochoislas
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"ANITA MOLINERO”, Musée d'Art Moderne, Paris, juin 2022.