Bis repetita - Huit heures de train entre Irkoutsk et Oulan Oude. Une broutille quoi comparée aux autres trajets. N’empêche je suis crevé de toutes ces randos, je sympathise malgré tout avec des russes qui partent travailler non loin de la frontière Mongole. Encore une fois on me couvre de nourriture, de thé et de questions. Avant de sortir du train ils m'offrent un énorme bout de gras, le salar comme ils l'appellent. J'accepte en me demandant quoi faire de ce truc. La chose gluante et collante enveloppée grossièrement dans un sopalin, je prend le taxi qui m’emmène littéralement à cent mètres. Je me disais bien qu'il n'était pas cher ce taxi aussi. Je suis déjà venu ici pourtant et justement, pour comprendre la suite il faut d’abord que je raconte ce qu’il s’est passé il y a quatre ans. J’ai donc voyagé en Russie avec Guillaume mon pote d’Angers. Le russe que je l’appelle. On s’est retrouvé donc de la même façon à Oulan-Oude. Après un voyage de trois jours depuis Omsk qui nous avait mis à genoux à l’époque. Nous avions passé trois jours à danser sur les tables de bars kitshous perdus au milieu d’immeubles noirs et froids de l’industrielle ville d’Omsk. Même pas de repos dans le train après tout ça, les invitations à manger et boire pleuvent dans le wagon et on arrive exténué à Oulan-Oude. En se disant qu’on irait bien faire un tour en ville quand même avant de dormir pendant mille ans. « prenez les clés si vous rentrez après 23h » qu’on nous dit à l’auberge. On ne prend pas les clés. Et on se fait prendre au piège de l’hospitalité Bouriate. On passe deux heures dans le resto, on nous fait goûter à tout, je me souviendrais toujours du moment où les types nous demandent si on veut aller danser. Moi j'étais moyen chaud et Guillaume, l'œil pétillant me sort un valeureux "on s'en fout on est en vacances", fair enough. Bien sûr on oublie le coup des clés et on se retrouve après le repas arrosé au « Che Guevara" un dance floor saloon tout pourri. Le genre d’endroit dans lequel je ne mettrais jamais les pieds en France. Trois heures du mat’ on est l’attraction du lieu, à quatre heures le type qui nous a amené nous sort de la piste de danse pour nous protéger des mecs qui apparemment commencent à nous sortir des regards en biais parce qu'on rigole avec leurs copines notamment. En fait je crois qu'elles se foutent de notre gueule parce qu'on danse comme des cons. Cinq heures on dort sur les tables. On nous ramène à l’hôtel. A 6h, OK on a pas les clés donc on décuve lamentablement sur la place Sovietskaya. La place où le plus grand buste de Lénine trône fièrement. Un Lénine aux traits mongol d’ailleurs. C’est assez étrange à voir. On me dit que le sculpteur a reçu des pressions pour donner des traits asiatiques au visage. Il a aussi un menton si proéminent que lorsque la neige tombe, elle se dépose uniquement sur celui-ci, donnant une petite barbichette blanche au chef communiste. Bref, on sonne à la porte, on rampe dans l’escalier et on se tape un fou rire avec la logeuse qui n’a pas l’air de nous en vouloir très fort. On loupe bien évidemment le bus de 10h du lendemain puisqu’on se lève à 17h. Bon voilà tout ça pour dire que hier soir s’est passé exactement la même soirée, avec a la place de Guillaume, une finlandaise, Elisa qui danse à peu près comme lui. Mêmes endroits. Même lâcher prise, même hangover le lendemain aussi. Et ce dance floor saloon Che Guevara dans lequel je serais allé deux fois dans ma vie. Beaucoup trop improbable. Une différence cependant, Elisa elle n’a pas pissé sur la fameuse statue à 6h du mat’ hein Guillaume ? Ouais le truc honteux qui nous aurait valu la tôle si on avait croisé les flics, ou un passage au distributeur d’argent, selon la coutume en Russie. Enfin heureusement que les gens ici sont les plus gentils du monde. Vraiment c’est fou J’ai passé trois nuits ici sans débourser un seul centimes. C’est même malpoli d’essayer de glisser un billet dans la poche du gars. Riche ou pas, même combat. Elisa oublie son portefeuille avec tout son argent et son passeport dans un bar (clap clap), un mec rapporte tout le lendemain à l’hôtel sans rien demander et en glissant même un petit gâteau en plus. Et puis même on le voit dans la rue les gens sourient, pas comme à l'ouest où les passants sont complètement dépourvus de la capacité de sourire. Pas qu'ils sont méchants non, juste physiquement ça marche pas. Même la ville est accueillante. A Moscou quand tu veux traverser tu attends limite dix minutes à un feu puis tu as quinze secondes pour traverser une avenue large comme un terrain de foot. Pépé et mémé avec leurs cannes ils restent sur le trottoir et puis c’est tout. L’autre chose frappante quand on arrive en Bouriatie c’est le changement de décor, l’ambiance asiatique qui s’installe. Alors qu’avant défile des villes froides et dures et des visages anguleux taillés dans le roc, là les bâtiments soviétiques côtoient les temples bouddhistes et autres yourtes. Le contraste est passionnant. Je veux m’enfoncer un peu plus au nord maintenant en espérant rejoindre Yakutsk, la ville la plus froide du monde à priori. Avec un record de moins 69,8 degrés. Mais je ne suis pas venu ici pour voir la neige fondre quand même alors c’est parti. Bisous










