Ici remue
Ceci nâest pas une cĂ©rĂ©monie. Les conditions ne sont pas rĂ©unies. Aussi ne cherches-tu pas Ă reproduire lâatmosphĂšre dâune cĂ©rĂ©monie. Ce nâest pas une cĂ©rĂ©monie. Ce nâest pas comme une cĂ©rĂ©monie. Ce nâest pas comme si tu les conviais Ă une cĂ©rĂ©monie. Pas dâobsĂšques Ă cĂ©lĂ©brer. Tu nâes pas un officiant. Va ! Tourne le dos au curĂ©. MĂȘme si tu as appris quâici, au GĂ©nĂ©rateur, ont Ă©tĂ© cĂ©lĂ©brĂ© des messes, pour rendre service au curĂ© de Gentilly, dont lâĂ©glise voisine Ă©tait en travaux. Si une messe peut ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e dans un lieu paĂŻen tel Le GĂ©nĂ©rateur, est-ce quâun performeur peut se glisser dans la soutane dâun curĂ© et lui faire dire nâimporte quoi â ce quâil nâoserait dire Ă haute voix pendant quâil office devant ses ouailles â ou comment lui rendre un corps de dĂ©sir ? Tu nâas pas non plus le cran pour rembobiner le film et jouer une messe Ă lâenvers â pour rire. Ici, les vivants ne se cognent pas au corps malodorant du mort. Pas de corps Ă transbahuter, Ă encenser, Ă saluer, Ă faire disparaĂźtre. En revanche, il y a de la place pour accueillir toutes les pensĂ©es-fantĂŽmes qui rĂŽdent dans les parages. Et si, Ă ton insu, dans lâheure qui vient, il se passe quelque chose qui relĂšve dâune performance, câest portĂ© par la prĂ©sence de chacune des personnes venues te voir, tâentendre. DâemblĂ©e, tu leur dis : Si vous nâĂ©tiez pas lĂ , je mâĂ©croulerai comme un chĂąteau de cartes, ne tiendrai pas debout, parlerai en boucle â ça ne rimerai Ă rien. Il ne suffit pas de tracer un cercle au sol pour que ça fasse cercle. Il ne suffit pas de penser rond pour que ça fasse rond. Il ne suffit pas de parler droit pour ĂȘtre entendu. Ce nâest pas non plus parce que tu parles beaucoup que tu as quelque chose Ă dire. Il ne suffit pas de rechercher la chance, pour quâadvienne une prĂ©sence de parole. Il est vrai que le travail de dĂ©blaiement se fait en amont â le temps de creuser les conduits, de construire son abri, de vĂ©rifier ses points dâappui. Il nây a pas de discours-abri. Il nây a pas Ă rĂ©pĂ©ter. Tu nâas pas Ă compter tes pas. Tu nâas quâĂ dĂ©finir une aire de jeu. Ă quatre pattes, au sol, avec tes livres, tes papiers, comme avec tes jouets familiers. Tu sembles inquiet, comme si tu avais perdu quelque chose, quelquâun. DorĂ©navant, Croquemort est Ă tes cĂŽtĂ©s, tu le convoques quand tu veux ; tel un ventriloque, il parle en toi, il parle Ă travers toi, il perfore ce que tu dis. Tu nâas quâĂ ouvrir la bouche pour sentir son haleine. Tu nâas quâĂ lever les yeux pour sentir son regard posĂ© sur toi. Tu es tout ce quâil nâest pas. Il pallie tes manques, tes absences. Il est ta doublure en cas de coup dur. Il nây a pas de soliloque. Toute phrase trouve deux hommes dans une voix.















