MAUDIIR-TOXIC CLOUD

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MAUDIIR-TOXIC CLOUD
Aujourd’hui, je n’ose même pas me faire des reproches. Criés à l’intérieur de ce jour vide, leur écho vous soulèverait le cœur.
Kafka, Journal, 22 décembre 1910
Devenir mouche
30.03.20 – Mouche es-tu devenu.e ? À ton insu, mouche, devenu.e. D’un coup de baguette magique, tu as changé d’apparence, changé d’échelle, changé de point de vue, changé de psychologie, changé de sexe, changé du tout au tout. La seule chose qui demeure peut-être, c’est la solitude, mais celle-ci est vécue différemment par une mouche, elle est un état plus qu’un sentiment. Mouche solitaire. Rien d’autre à faire qu’à être mouche. Rien d’autre à faire qu’à tournoyer dans l’air, se distraire, chercher son butin, tout en agaçant le propriétaire des lieux, aussi désireux de rentrer en lui-même que distrait par un rien. Mouche, petit remous d’air, petit moulin, machine célibataire, tandis que lui, ne sachant quoi faire de sa liberté, fait semblant de travailler, se noie dans un verre d’eau, tout encombré par la masse de son vécu. Mouche, tu n’en fais qu’à ta guise, l’espace dans lequel tu circules semble s’être élargi, d’autant plus que ton corps s’est simplifié dans l’agencement de ses organes vitaux. Depuis que tu es mouche, tu n’as pas besoin de te référer au calendrier, tu découpes ton temps comme bon te semble, ou plutôt, tu ne le perçois plus comme un continuum sans fin, il s’interrompra au moment de ta mort, c’est alors que le ruban du temps se retournera. Pour l’heure, tu vis, tu vires, tu jouis du vide, tu te laisses porter par le rien, tu vis pour rien et c’est très bien. Tu n’es pas là à vouloir chercher un sens à ta vie comme cet humain à tête d’oiseau, assis des heures durant devant son écran, séparé de ses contemporains, semblant chercher cependant dans leur regard sa propre justification. Mouche par-ci, mouche par-là, tu n’appartiens ni à une armée, ni à une meute, tu fends l’espace, te faufiles d’un espace domestique à l’autre, bute contre une vitre, même pas mal, tu ne désespères pas d’en sortir, tu n’as pas peur non plus de la vastitude du monde, tu entres en lui comme il te traverse de part en part. L’homme assis devant son écran ferait mieux de lever le nez et d’observer ton manège, il en apprendrait davantage sur lui-même et l’état du monde qu’à vouloir bricoler le temps en scrollant sans fin. Toi, mouche, tu te sais éphémère, tu n’es pas là pour durer, tu n’es que durée, mouvement, moments juxtaposés ; tu traces des lignes toute la journée, relies des points, ne cherches pas le plus court chemin ; tu n’es qu’hésitation, boucle de temps à toi toute seule ; en toi se télescopent les temps, en toi réside un petit noyau dur et indestructible. Visible à l’œil nu, mouche, c’est ton obstination à vivre qui insupporte l’homme rivé à sa chaîne terrestre, il ne lui suffit pas de t’éloigner d’un revers de la main, en surjouant sa puissance, la tienne est finalement bien plus forte que la sienne, le temps est de ton côté, tu le piques là où il est le plus vulnérable, devant toi, il n’est plus que surface et la mort le froisse. S’il a bien sûr inventé des stratagèmes pour te faire mal et t’éliminer de ses pensées, c’est au moment où il pense s’être débarrassé de toi que tu viens le hanter dans son sommeil, tu lui apparais démultipliée, disproportionnée, c’est lui le prisonnier et toi, sa mauvaise conscience, son gros œil. Ne fais pas ta maligne pour autant, tu n’es pas sans défauts, tu ne tiens pas en place, tu ne sais pas t’arrêter, tu ne sens pas toujours le danger, certains diront même que tu cherches la merde, attirée par le fétide, le putride. Mais tu répliques : De la mort je fais la vie, en tant qu’infime rouage de la grande horloge du monde, je participe du grand remuement, du tic-tac. On ne sait de quel abîme tu sors, on ne sait pas plus où tu vas, tout dépend du regard que l’on porte sur toi, tu n’es ni bonne ni mauvaise ; créature de ce monde, tu n’es pas qu’un mot, une image, même si tu agrippes à ton tour des mots sur ton passage. Tu fais parler, tu es toujours susceptible de devenir un motif pour celui qui peint ou écrit : Mouche, tu me fais écrire, mouche j’écris pour toi, mouche, écris en moi, mouche, je ne sais plus quel jour je suis, mouche, je, tu, il, elle, tout entre en toi, tout écrit, Marguerite l’a dit avant moi, c’est peut-être elle qui m’a fait voir une mouche, elle n’a pas besoin de faire la mouche pour faire mouche, elle écrit ce qu’elle voit, elle voit ce qu’elle dit, elle voit autant l’en-deçà que l’au-delà.
Ici remue
Ceci n’est pas une cérémonie. Les conditions ne sont pas réunies. Aussi ne cherches-tu pas à reproduire l’atmosphère d’une cérémonie. Ce n’est pas une cérémonie. Ce n’est pas comme une cérémonie. Ce n’est pas comme si tu les conviais à une cérémonie. Pas d’obsèques à célébrer. Tu n’es pas un officiant. Va ! Tourne le dos au curé. Même si tu as appris qu’ici, au Générateur, ont été célébré des messes, pour rendre service au curé de Gentilly, dont l’église voisine était en travaux. Si une messe peut être célébrée dans un lieu païen tel Le Générateur, est-ce qu’un performeur peut se glisser dans la soutane d’un curé et lui faire dire n’importe quoi – ce qu’il n’oserait dire à haute voix pendant qu’il office devant ses ouailles – ou comment lui rendre un corps de désir ? Tu n’as pas non plus le cran pour rembobiner le film et jouer une messe à l’envers – pour rire. Ici, les vivants ne se cognent pas au corps malodorant du mort. Pas de corps à transbahuter, à encenser, à saluer, à faire disparaître. En revanche, il y a de la place pour accueillir toutes les pensées-fantômes qui rôdent dans les parages. Et si, à ton insu, dans l’heure qui vient, il se passe quelque chose qui relève d’une performance, c’est porté par la présence de chacune des personnes venues te voir, t’entendre. D’emblée, tu leur dis : Si vous n’étiez pas là, je m’écroulerai comme un château de cartes, ne tiendrai pas debout, parlerai en boucle – ça ne rimerai à rien. Il ne suffit pas de tracer un cercle au sol pour que ça fasse cercle. Il ne suffit pas de penser rond pour que ça fasse rond. Il ne suffit pas de parler droit pour être entendu. Ce n’est pas non plus parce que tu parles beaucoup que tu as quelque chose à dire. Il ne suffit pas de rechercher la chance, pour qu’advienne une présence de parole. Il est vrai que le travail de déblaiement se fait en amont – le temps de creuser les conduits, de construire son abri, de vérifier ses points d’appui. Il n’y a pas de discours-abri. Il n’y a pas à répéter. Tu n’as pas à compter tes pas. Tu n’as qu’à définir une aire de jeu. À quatre pattes, au sol, avec tes livres, tes papiers, comme avec tes jouets familiers. Tu sembles inquiet, comme si tu avais perdu quelque chose, quelqu’un. Dorénavant, Croquemort est à tes côtés, tu le convoques quand tu veux ; tel un ventriloque, il parle en toi, il parle à travers toi, il perfore ce que tu dis. Tu n’as qu’à ouvrir la bouche pour sentir son haleine. Tu n’as qu’à lever les yeux pour sentir son regard posé sur toi. Tu es tout ce qu’il n’est pas. Il pallie tes manques, tes absences. Il est ta doublure en cas de coup dur. Il n’y a pas de soliloque. Toute phrase trouve deux hommes dans une voix.
Et puis je me dis ..réveille toi ? Pourquoi cette négativité? Qu'est-ce qui t'arrive ?
Allé kendine gel 🤨 !
— Tous ces squelettes un peu gras, et qui s'attachent à leur cervelle, qui sont trainés par elle : on dirait des penseurs, t'as vu ?