MAHOGANY BRAIN
"Smooth sick Lights"
(mispressed LP. Tapioca. 1977 / rec. 1972) [FR]
note that all the Tapioca reissues have an inverted B-side with the one on :
MELODY
"Come fly with me"
(mispressed LP. Tapioca. 1978 / rec. 1975) [FR]

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MAHOGANY BRAIN
"Smooth sick Lights"
(mispressed LP. Tapioca. 1977 / rec. 1972) [FR]
note that all the Tapioca reissues have an inverted B-side with the one on :
MELODY
"Come fly with me"
(mispressed LP. Tapioca. 1978 / rec. 1975) [FR]
POST-SCRIPTUM 794
UNE FINE BRUINE DE NEIGE FONDUE
Audimat présente ainsi l’article d’Arnaud Maguet intitulé “Les Voyages de Dashiell Hedayat et Michel Bulteau” : “Poète électrique, éditeur d’auteurs infréquentables et traducteur d’Aubrey Beardsley, Denton Welch, Dylan Thomas, Paul Bowles ou même Saul Williams, Michel Bulteau a aussi fait un peu de musique depuis ses débuts dans les années 1960, comme par exemple au sein du groupe Mahogany Brain, dont le premier album a été réédité voici quelques mois. Jack-Alain Léger, écrivain — notamment auteur du best-seller Monsignore en 1976 — magnétisé comme Bulteau par la contre-culture rock et pop, a quant à lui enregistré un disque devenu une haute curiosité française, Obsolète, sous le nom de Dashiell Hedayat. On sait un peu que le « rock » et la littérature entretiennent en France des rapports parfois envahissants : ils se fascinent tellement l’un l’autre qu’ils en perdent parfois leurs moyens — en 2013 Audimat avait d’ailleurs organisé à la Gaité Lyrique un débat sur ce sujet. Aussi ne pouvions-nous pas refuser un projet d’article proposant de s’intéresser sur pièces à ce « marronnier » de la culture underground française. Arnaud Maguet est un plasticien qui travaille beaucoup sur la musique, il sort d’ailleurs aussi des disques sur son label les Disques en rotin réunis. Il enseigne par ailleurs à la Villa Arson, à Nice. En décrivant méthodiquement, mais non sans style, l’expérience d’écoute des deux opus susmentionnés et en l’épaississant de faits et de fictions, il avance sur le terrain scabreux de cette légende du rock littéraire en l’ouvrant à son imagination auditive — comme si son oreille, lassée qu’on la gave de conjectures, avait préféré inventer ce qu’elle entendait.”
EXTRAIT HEDAYAT
..., ..., .. “On ferme les yeux et on pense à Youtube : tout de cuir noir vêtu, face à Denise Glaser, dans une unique archive télévisée de l'époque, tout engoncé et suant comme un Vince Taylor filmé en 4:3 mais regardé en 16:9, bouffi et hirsute, motard crypto-gay changeant les paroles en « Mystère rose », ceinture-fouet en main, en 1971 en France, il n'est ni de son temps ni de son espace. Il est dans un temps parallèle, celui de la fiction, celle du personnage qu'il a créé et que présentement il incarne. Il est ce rôle, en ce jour, pour lui plus viable.
« Ta Chrysler est salement défoncée.
Oui, mais on est tous défoncés ! »
Une ritournelle de manège d'antan, de l'eau qui coule dans un récipient, ce récipient qui résonne en une cadence, une descente de guitare, les gémissement de Gilli Smyth, la douce sorcière du Gong. C'est une Fille de l'ombre.
Ensuite, pour moi, la plus belle chanson du disque, la plus belle balade chantée en langue française, peut-être. Paroles cryptiques, surréalisme drogué : « Cheval vapeur / horse power ». Une chanson d'amour malgré tout, malgré les paradis artificiels, malgré toutes ces choses qui ne sont que des reflets et le réel qui par-delà aboie : « Ce n'est pas à vous que ces compliments étaient adressés, vous l'avez cru parce que vous êtes rousse aussi, c'est pour votre chien que mon cœur bat ». Long Song For Zelda, quelque part entre Madame Fitzgerald et la princesse de synthèse, il y a donc eu un chien roux. Comme il devait être beau.
Puis, William S. Burroughs parle un peu, alors nous écoutons”..., ..., ...
EXTRAIT BULTEAU
..., ..., ... “« Michel Bulteau divague vocalement, la plupart du temps en anglais, et sans grande énergie communicative, accompagné d'un duo ou d'un trio de musiciens, incluant Patrick Geoffrois à la basse. Cela sonne aussi mollement qu'un groupe blues-rock digérant très mal un gâteau aux psilocybes préparé selon une recette douteuse ». C'est assez cinglant, mais c'est bien ainsi, très brièvement, que Éric Deshayes et Dominique Grimaud (principal architecte du génial Vidéo-Aventures) évoque le premier album de Mahogany Brain dans leur ouvrage L'Underground musical en France (Le Mot et le reste, 2013). Quant à mon cher ami Philippe Robert, même si je sais qu'il l'apprécie, il ne l'évoque pas dans son Musiques expérimentales (Le Mot et le reste, 2014). C'est dire si la rencontre avec ce monument supposé commençait mal, aucune écoute n'étant disponible vu la rareté de l'objet. Pas moyen de se faire alors un avis personnel. Mon disquaire de quartier en proposait bien un exemplaire original à la vente, mais à un prix si prohibitif qu'il n'était même pas proposé à l'écoute. On ne goûte pas une bouteille Cheval Blanc millésime 1961 avant d'en faire l'acquisition, et puis, le temps passant, il a peut-être tourné vinaigre — les outrages de l'âge s'attaquent aussi parfois aux objets du culte. Quelle engeance !
Hiver 2017, Paris, boutique Souffle Continu du label éponyme. Ils viennent de rééditer ce disque. Dehors il tombe une fine bruine de neige fondue, glaciale. Fin d'après-midi, la boutique est vide, j'ai tout le temps de discuter avec le toujours sympathique taulier derrière le comptoir et d'écouter le vinyle au casque.
On referme les yeux et on repense à Youtube : je sais que les versions schredded de concerts filmés ont fait beaucoup de mal à l'image de la musique expérimentale improvisée, mais là, dans une des boutiques les mieux achalandée que je connaisse, écrasé par la culpabilité, tous les yeux de tous les visages reproduits sur toutes les pochettes autour de moi semblant me toiser et me juger, là, précisément, en écoutant ce disque, c'est exactement ce à quoi je pense. J'ai honte.”..., ..., ...
( Dashiell Hedayat, par là )
POST-SCRIPTUM 572
LES DIAMANTS DE L’AUBE ME PLIENT LES YEUX
Ci-après, un extrait d’un blind-test originellement paru dans Octopus au cours de l’été 2000, qui sera bientôt réédité dans un ouvrage d’entretiens, dont certains inédits, tournant tous autour de l’underground musical en France. Des entretiens avec Jac Berrocal, Richard Pinhas, Christian Vander, Dominique Grimaud, Pierre Bastien, Jean-Jacques Birgé... Une trentaine à peu près, à paraître chez Lenka lente début 2017.
EXTRAIT...
Flashback : à 22 ans, Michel Bulteau participe avec Matthieu Messagier au Manifeste électrique aux paupières de jupes. Il vénère Hendrix, Dylan et confie : « J’ai d’abord écouté des disques avant de lire des livres. » Aragon voit alors en lui l’héritier de Breton et un prolongement possible du travail de Burroughs. Bouleversé par le Velvet Underground, Michel Bulteau part à New York au milieu des années 1970 afin de rencontrer Elliott Murphy dont la devise pourrait être : « Le rock ne ment pas. Il ne promet jamais une fin heureuse. » Comme il l’a confié à Politis, il aime la marge : « C’est un endroit important où se trouver si l’on veut bousculer un état de fait. Shelley a dit : « Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde. » On doit pouvoir appliquer cette phrase avec marginaux. La marge n’est pas une situation de révolte contre le réel, mais la mise à l’écart de la banalité et du provisoire au profit de l’universel. La marge n’est pas le nihilisme. Le vrai nihilisme, c’est le refus de l’universel par le noyau fort. » Quant à la relation au rock de Michel Bulteau, c’est une profession de foi : « Le rock a beaucoup à voir avec la jeunesse qui est une force marginale. Le monde du rock est vraiment un monde en dehors du monde. Les rockers ont du mal avec le monde quotidien. Ils sont comme des aiguilles de boussoles déréglées. »
FILLE QUI MOUSSE, Quatrième épisode
Probablement français si j’en crois l’accent, années 1970, à cause de – ou grâce à – la prise de son – je ne vois pas…
C’est un enregistrement de Fille Qui Mousse qui date de 1972. Le premier LP de Mahogany Brain, sorti par Futura Records, a été réalisé un an auparavant. Vous sentiez-vous alors des affinités avec des groupes français ?
Mahogany Brain était un gang plutôt marginal, un laboratoire où des poètes électriques pouvaient jouer de bons tours à la folie, un groupe fantôme qui ne donna qu’un seul concert au Lucernaire un soir de l’été 1970. Patrick Geoffrois, saxophoniste, guitariste, bassiste, m’a initié aux drogues, et plus tard à la doctrine indienne du yoga. Je lui ai fais découvrir la Beat Generation, et il a immédiatement adoré William Burroughs et Jack Kerouac. Nous n’étions proches de personne dans ce foutu pays de morts-vivants ! Il nous a fallu attendre quatre ans pour sortir le deuxième album de Mahogany Brain, Smooth Sick Lights enregistré en 1972 ! Le disque est sorti en 1976. J’étais à New York.
THE STOOGES, We Will Fall
Iggy Pop et les Stooges produits par John Cale…
En quoi le rock peut-il attirer un écrivain : par sa poétique révolutionnaire ? Parce qu’il est un véhicule propice à la plongée intérieure ?
Certainement. Mon album préféré reste Raw Power avec l’inespérée présence de James Williamson à la guitare – qu’est il devenu ? (il a depuis refait surface avec les Careless Hearts en 2009 – ndr) Un des disques les plus hallucinés de la rock music. Sur « Kinky », les riffs de guitare sont comme des échos dans les souterrains où brillent les quartzs et les yeux des panthères. « Shake Appeal », ce sont les battements d’un cœur plein de napalm, une toile d’araignée tissée pour entamer les chairs. Avec « Penetration », les veines fatiguent et les portes volent en éclats ! Il n’y a plus rien à perdre !
( Michel Bulteau, par là )