« Mesdames, messieurs, chers téléspectateurs, nous sommes le dimanche 10 février 2013, il est 6h10 et la température extérieure est de -18°... »
Naaaan j'déconne. J'ai pas la télé. Etant un étudiant moyen défaillant et branleur comme il y en a tant, je ne suis pas parvenu à rassembler la somme nécessaire en vu d'acheter un téléviseur couleurs (j'ai plutôt opté pour 3-4 pizzas, 12 paires de chaussure et un super fond de teint hyper couvrant... ah non pardon, celui la j'l'ai volé).
Néanmoins, il est bien 6h10 du matin, je n'ai pas re-croisé mon lit depuis hier 17h lors de mon dernier réveil, le soleil ne s'est pas encore montré et je suis pratiquement sûr que je ne me suis pas trompé quant à mon évaluation de la température extérieure. Car, comme tu as sans doute pu t'en douter, je suis également pas mauvais en météorologie. Cependant, je me suis dit, et ce certainement à cause de mon manque de sommeil, que je pourrai me mettre à raconter ma vie faute de meilleure chose à faire en cette heure tardive. Ou matinale, devrai-je dire (je suis un adepte du « bonsoir » que tu lance d'un ton graveleux à la boulangère à 8h du mat' alors que tu viens de gerber tripes et boyaux sur les bottes d'un inconnu et que maintenant, tu crève la dalle).
Cela ne veut, en aucun cas, dire que je me suis déjà trouvé dans ce genre de situation , j'ai juste la flemme de traîner ma vieille carcasse jusqu'à mon lit, qui est pourtant le plus bel endroit du monde mais qui me semble également être le plus inaccessible. Alors, pour éviter de m'effondrer sur mon fauteuil comme une larve et de me réveiller plus tard avec les cervicales éclatées, je lutte. Oui je lutte, et j'ai ainsi lutté toute la nuit. J'ose espérer que tu ne prends pas la chose à la légère, j'y ai mis tout mon cœur et plus encore. J'ai dû regarder deux films dont un mettant en scène des faisceaux lumineux, des robots mal démoulés et un truc tout petit et tout vert qui à du sécher pas mal de cours fondamentaux à l'école et l'autre où il était question de quatre microbes élevés au rang de dieux vivants par un lion en peluche qui parlait avec l'accent d'un mec né au Cambodge d'un père irlandais et d'une mère norvégienne. La soirée s'est poursuivie, bon-gré mal-gré, avec un enchaînements de recherches plus ou moins pertinentes sur google telles que : « l'inventeur de la râpe à fromage » (qui donne comme premier résultat « la râpe à fromage, un vrai conte norvégien ») ou encore « penser à Donatella Versace est-il un bon contraceptif ? » qui nous conduit sur « Le naturel, c'est bon que pour les légumes... » (les voies de google sont impénétrables...).
Tu l'auras sans doute compris, la nuit fut périlleuse .Et si je te raconte toutes ces conneries au lieu de préférer passer mon samedi soir à me lobotomiser la cervelle à coup de concours de shooters (auxquels je ne suis pas si nul que ça) c'est principalement parce que je suis à l'article de la mort, ma boite de 15 000 kleenex est vide et les dit kleenex ont tous été réutilisés une bonne douzaine de fois chacun et sont dorénavant échoués à coté de moi, je suis enfoui sous un monticule de pulls et autres torchons à vaisselle (c'est ce qui était le plus proche de moi, alors critique pas j'suis sûr que tu fais pareil) tout les radiateurs sont sur 12 et je serre maladroitement une tasse fumante de thé au citron. Je suis, comme tu dois donc t'en douter, malade à en crever, je me prépare sereinement à manger ma dernière clémentine pour enfin partir vers l'infini et au-delà.
Ouais mais je meurt en sachant que c'est Thor Bjørklund et Sønner AS qui ont inventé la râpe à fromage, et, ça, c'est pas négligeable !
Et la je me dit surtout qu'il est 7h07 et que ça doit sans doute vouloir dire que le temps est venu pour moi de fermer ma gueule.