Les Deux Pétroliers sur la Seine
Je me balade le long de la Seine avec des gens inventés. On se trouve entre Rouen et Le Havre, dans une zone pleine de verdure. On discute et on marche jusqu’à s’arrêter devant une grande colline et un petit tunnel creusé dedans dans lequel la rivière s’enfonce. Un petit pétrolier est en train d’en sortir (quand même suffisamment grand pour que mon coeur rate quelques battements).
Il passe à notre niveau et j’arrive à voir à travers l’un des hublots sur la coque comme si j’étais capable de zoomer. Mon regard atterrit en fait dans la cabine de pilotage (située en soute, donc) et le capitaine est là, en train de conduire. C’est un jeune d’une vingtaine d’années qui écoute de la musique super fort et qui essaie de chanter du rap par-dessus le son, le tout en dansant n’importe comment. J’entends comme si j’étais à côté de lui.
Soudain, un autre pétrolier au moins trois fois plus gros (donc trois fois plus dangereux pour mon coeur) débarque aussi du tunnel en allant beaucoup plus vite que l’autre. Il rattrape le petit et passe tout simplement dessus en l’engloutissant totalement sans paraître vraiment dérangé (pourtant ça se voit quand un pétrolier est dérangé). Je suis vraiment terrorisé maintenant.
Je me focalise sur le gros bateau puisqu’il ne reste plus que lui et mon point de vue passe à l’intérieur, comme pour l’autre. Je me retrouve dans la cabine aussi, et je remarque que le pilote est exactement semblable à celui du petit pétrolier. En fait, c’est lui, c’est le même, toujours à chanter et à écouter de la musique fort. Il n’est pas plus embêté que ça d’avoir survécu à un accident tout en se téléportant dans une autre embarcation.
La Seine se transforme alors en torrent, à cause d’une pente qui semble avoir été fabriquée comme dans une attraction aquatique (c’est tout droit et tout bien plat). Le gros bateau descend et se retrouve balloté comme si ce n’était qu’un simple canoë (nouvel arrêt cardiaque). Il arrive dans un deuxième tunnel beaucoup plus grand et large. Cette fois, c’est juste une voûte construite pour décorer (aucune autre explication possible), sans colline autour. L’intérieur est composé de deux canaux très fins, placés en parallèle de chaque côté du fleuve, avec plein de petites roues à aube installées à la suite qui font circuler l’eau dans le sens inverse de celui de la Seine (ça ne sert apparemment à rien mais c’est joli).
Mon point de vue se place alors involontairement au-dessus du bateau, comme si j’étais une mouette qui aurait voulu respirer la fumée noire des cheminées (pourtant je suis juste au bout du tunnel à regarder de loin). Sans trop savoir comment, j’arrive quand même à voir que le pilote se rend compte qu’il a sûrement détruit le petit pétrolier (que l’on n’a jamais revu d’ailleurs). Il passe une chanson encore plus entraînante, se met presque à hurler les paroles et décide de faire demi-tour pour constater les dégâts (cette manoeuvre effectuée sur un fleuve avec un vaisseau de cette taille, ça vaut le coup).
L’énorme paquebot remonte le torrent en avançant à peine à deux kilomètres par heure. Le gars qui le conduit se motive tout seul en chantant de plus en plus fort : “Sauvez le Saïgon !” en référence au nom de l’autre pétrolier qui a été coulé dans l’histoire. Je reprends ma vision normale et je m’en vais, laissant les éventuels survivants sans assistance, au risque de les condamner à se faire foncer dessus encore une fois.