[Histoire & Ethnologie] Les populations Amérindiennes précolombiennes - Des Noms tribaux
[HISTOIRE] Du peuplement de l’Amérique d’avant Christophe Colomb
Source: G. Cauvet, Les berbères en Amérique, 1922 (Disponible gratuitement ici)
But de cet ouvrage. Méthode employée. Importance des noms ethniques pour suivre les migrations humaines. Sources utilisées.
En recherchant les origines des Touareg, j’ai constaté que certains noms de peuples Berbères étaient portés par des tribus indiennes d'Amérique de sorte que j’ai dû examiner dans quelles conditions ce fait intéressant avait pu se produire. Y a-t-il eu des migrations d’Afrique en Amérique ou est-ce l’inverse? Ou bien y a-t-il eu arrivée simultanée des deux côtés de peuples provenant de l’Asie?
C’est le résultat de cette étude, de nature à intéresser les personnes qui s’inquiètent de ces questions, que je veux donner sommairement dans ce livre.
Comme mes recherches sont surtout effectuées au moyen des noms ethniques, que je poursuis dans le temps et dans l’espace, dans les nomenclatures anciennes et modernes et sur les cartes géographiques, il convient qu’au préalable je justifie de cette méthode et que je prenne la défense de ces noms fort mal vus de la science moderne. «Ils sont la peste de l'anthropologie» a dit un de nos contemporains, généralement approuvé, (Boule. Hommes fossiles 322. note)
Je ne partage pas cette opinion. Elle ne tient aucun compte d’un des besoins humains primordiaux qui est de donner un nom, voire un surnom à ce que nous cherchons à connaître. Aussi qu’arrive-t-il? Nous inventons maintenant des désignations factices qui ne valent pas mieux, hommes des dolmens, peuple des gobelets, paréens, virôs, nésiotes, prospecteurs! On peut voir jusqu’où va cette nécessité en consultant le livre d’Haddon sur les races humaines récemment traduit par M. Van Gennep. Il est préférable à mon sens de se mettre avec courage à rechercher les identifications des noms ethniques que nous connaissons historiquement. Elles doivent nous donner des résultats, tout au moins pour nos néolithiques.
Les diverses branches de la science qui a trait à la connaissance de l’homme se doivent un mutuel appui, ce qu’elles ne font pas actuellement. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les classifications multiples données non seulement par chacune d’elles, mais même par chaque savant dans un même ordre de connaissances. Naturalistes, géologues, paléontologues, archéologues, linguistes ne cessent de modifier les appellations, chacun d’une manière différente, suivant les théories qui sont à l’ordre du jour.
L’onomastique tribale et géographique seule ne change pas au gré de la fantaisie individuelle; si celle-ci s’en empare pour un temps, ses effets ne tardent pas à disparaître tandis que les noms restent. Les modifications qu’ils peuvent subir n'empêchent pas de les suivre. Ils font partie du bagage des peuples émigrants au même titre que leurs coutumes, leur conformation physique, leur langue, leur religion.
Que tous les noms ethniques aient eu, au début, un sens propre, cela paraît probable, mais, depuis des siècles, parfois des millénaires qu’ils traînent au travers du monde, on l'a perdu de vue. Des changements d’habitat, de langue, de culture et les altérations qu’ils ont entraînées dans ces mots eux-mêmes les rendent méconnaissables. Il paraît en tout cas bien difficile de les retrouver sur place dans la plupart des cas. Beaucoup de noms primitifs paraissent avoir été tirés des qualités physiques ou des particularités de l’habitat des peuples qui ont pris ces désignations ou qui les ont reçues de leurs voisins. Guerriers, hommes, montagnards, rouges, blancs, noirs, gens d’en haut, d'en bas, du Nord, de l’Ouest, gens de l’ombre, les milliers etc. Parfois des noms totémiques d’animaux ou d'objets désignent des fractions ou clans. Plus simplement, ce sont les noms du pays habité par la tribu, région, ville, montagne et surtout vallée d’un fleuve. Ce dernier cas était habituel chez les Touraniens. Parfois on rencontre des surnoms péjoratifs comme Vara-Vara, d’où est venu le nom Berbère, Zanaga, d’où est venu le nom de Sanhadja qui ont tous deux la signification de bredouilleurs. Certaines tribus, et c’est le cas général pour les Sémites, prennent le nom patronymique de leur aïeul, de leur chef du moment ou de leur chef le plus ancien, de leur dieu ou d’un personnage particulièrement vénéré. Ils en fabriquent au besoin en transformant leurs anciens noms en patronymes. Leur fureur généalogique a été partagée par certains peuples notamment les Grecs et les Arméniens, ce qui joint à d’autres détails, montre combien ils sont près du sang sémite.