"Mais ceci ne résout pas le problème d’ordre personnel et pratique qui se pose, non à ceux qui ont la possibilité de s’isoler matériellement, mais à ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas couper les ponts avec la vie actuelle et qui ont de ce fait à résoudre le problème du comportement à adopter dans l’existence, ne serait-ce que sur le plan des réactions et des relations humaines les plus élémentaires […] Il ne se trouve plus, en effet, aucun appui à l’extérieur. Les organisations et les institutions qui, dans une civilisation traditionnelle, lui auraient permis de se réaliser intégralement, d’organiser d’une manière claire et univoque sa propre existence, de défendre et d’appliquer dans le milieu qui est le sien, de façon créatrice, les valeurs essentielles qu’il reconnaît intérieurement, ces organisations et ces institutions n’existent plus. Il ne convient donc pas de continuer à lui proposer des lignes d’action qui, adéquates et normatives dans toute civilisation normale, traditionnelle, ne le sont plus dans une civilisation anormale, dans un milieu social, psychique, intellectuel et matériel complètement différent, dans un climat de dissolution générale, dans un système formé de désordres mal contenus et manquant, en tout cas, de toute légitimité supérieure."
Julius Evola, Chevaucher le tigre, trad. Isabelle Robinet, 1961.