Ma rencontre
Nous avons convenu d’un rendez-vous un peu inattendu : sur le parking du Super U. Pas vraiment un décor de roman, et pourtant, il y a dans cette simplicité quelque chose qui me plaît, une promesse silencieuse.
Il me propose aussitôt de l’accompagner à l’intérieur. Il veut juste acheter à boire. Rien d’alcoolisé : un jus d’orange pour lui, un jus de pomme pour moi. Nous ressortons ensemble, nos bouteilles à la main, et gagnons nos voitures.
Il me demande alors si je n’habite pas loin d’un certain quartier. Le hasard veut que ce soit justement le mien. Nous prenons la route, l’un derrière l’autre, comme liés par un fil invisible.
Nous nous arrêtons au bord d’un chemin, en lisière d’une forêt. Le lieu paraît secret, presque hors du temps. En descendant de sa voiture, il me lance, mi-sérieux, mi-taquin :
— Tu n’as pas trop peur ?
Je souris, le cœur battant plus vite que je ne veux l’avouer.
— Non, au contraire… j’adore.
Nous marchons entre les arbres. L’air sent l’humus, les herbes folles, la sève. Ce matin, au marché, nous avons parlé longuement de biodiversité. Moi derrière mon étal de légumes, lui venu en acheter. Ses mots éveillent quelque chose en moi, une curiosité, une étincelle.
Il me guide vers un ruisseau cristallin qui serpente au milieu des arbres. L’eau claire reflète les feuilles et le ciel, et tout autour, des plantes choisies et entretenues créent une harmonie parfaite. C’est un véritable paradis : chaque détail semble pensé pour que la faune et la flore s’y épanouissent.
Il me montre différentes plantes et fleurs, certaines sauvages, d’autres plantées exprès pour favoriser l’équilibre. Il cite leur nom en latin avec une aisance qui me fascine. Sa voix me guide autant que ses gestes.
Je le suis, mon jus de pomme à la main, le sourire accroché aux lèvres. Parfois, je glisse des mots à double sens, un frôlement léger. Je sens le plaisir subtil de le séduire. Mais il reste absorbé par la beauté du lieu, par ce qu’il veut me faire découvrir. Et c’est justement cela qui me trouble le plus.
Je me sens légère, heureuse, comme si chaque rayon de soleil sur l’eau et chaque reflet sur les feuilles me racontaient un secret que je partage avec lui. Et quelque part, mon cœur commence à battre pour lui, silencieusement.
Puis il s’interrompt, son sérieux reprend le dessus. Il avoue qu’il préfère ne pas s’attarder ici : il ne connaît pas le propriétaire de cette parcelle et craint les ennuis.
Je le trouve touchant dans cette sincérité. Sa prudence le rend encore plus attendrissant. J’ai envie de rire, et en même temps, mon cœur se serre légèrement.
Nous rebroussons chemin, regagnant nos voitures. Mais nos pas, eux, continuent de se suivre au rythme de la conversation, comme si elle nous retenait encore l’un près de l’autre.
Arrivés sur le parking, il me dit qu’il doit rentrer. Son chien l’attend. Un beauceron. Il me montre quelques photos : un animal puissant, élégant, magnifique. J’ai l’impression de voir une part de lui dans ce regard animal.
Sans réfléchir, je me penche vers lui pour lui faire la bise. Mes lèvres effleurent sa joue, avec un peu plus de douceur qu’il n’était prévu. Un geste simple, mais qui me laisse étrangement troublée.
Ses yeux s’écarquillent un instant, et je devine un mélange de surprise et de timidité qui le traverse. Il ne dit rien, mais quelque chose dans son regard me rassure : je lui ai fait plaisir.
Avant de monter dans ma voiture, je me retourne.
— On se revoit demain, ici, à 18h !
Je ne lui laisse pas le choix. Je démarre aussitôt, le sourire aux lèvres, le cœur battant trop vite. Et toute la route du retour, une seule pensée me poursuit :
j’espère qu’il sera là demain.
















