Printemps 1924, Hylewood, Canada (4/14)
Je suis incrédule devant ces histoires de sarcophage. Constantin a offert à sa grand-mère une tombe égyptienne ? Quelle horreur… Cela me fait penser à une histoire de quand j’étais petite. J’ai connu trois de mes grands-parents. Il n’y a que ma grand-mère maternelle qui était déjà morte avant ma naissance. Son mari mon grand-père est mort quand j’avais huit ans, et sur la fin de sa vie, alors qu’il était très malade et qu’il vivait son dernier été, j’étais allé lui cueillir un bouquet de fleurs que je lui avais offert en avance pour mettre sur sa tombe. Ma logique d’enfant était qu’il fallait que je m’y prenne tout de suite, car je n’étais pas certaine qu’il y aurait encore des fleurs lorsque l’hiver viendrait et qu’il serait mort… Maman était blême et m’avait longuement disputée. Heureusement, Grand-Père l’avait pris avec humour et avait salué mon esprit pratique… A sa façon, Constantin se comporte encore comme un enfant de huit ans. J’admire le fait que vous osiez lui dire quand vous n’êtes pas d’accord avec ses décisions.
Vous dites que je prends la main dans mon mariage, mais je ne crois pas que ce soit le cas. Je ne suis pas comme vous, je n’y arrive pas. Ce n’est pas moi qui gère les finances, c’est le vieil oncle Joseph, celui qui est évêque de Kingston. C’est toujours lui qui a eu la main dessus, et je n’oserais jamais les lui disputer, je ne saurais pas faire. Je sais que je devrais m’affirmer, mais je n’y arrive pas… Ma mère m’a élevé pour être une bonne épouse chrétienne, qui soutient son mari inconditionnellement. J’ai réussi à m’opposer à lui pour lui rappeler qu’il ne remplissait pas sa promesse devant Dieu, quand j’ai découvert l’existence de Layan et de sa fille. Mais je ne me sens jamais dans mon bon droit pour lui émettre des critiques ou des reproches, et si un jour j’y arrivais, s’il élevait un peu la voix ou s’il m’opposait un désaccord, je pense que je ferais immédiatement marche arrière…











