Printemps 1937, Hylewood, Canada (6/27)
Le courant électrique ayant été coupé par l’incident, je descendis pour tenter de le rétablir. Sonia ramena Roseline à la nurserie tandis qu’Irène partit chez mes beaux-parents, suivie par Gizelle, afin de téléphoner à la police. Mes sœurs, les plus touchées par toute cette histoire, s’étaient retirées dans leurs chambres. Quant à Agathon, il m’accompagna, m’expliqua à quel point il aurait tout fait mieux s’il s’en était occupé lui-même, et s’éclipsa à la seconde où je lui proposai de prendre ma place.
L’après-midi touchait à sa fin. Irène et Gizelle revinrent - la police avait été contactée, il fallait maintenant le temps qu’elle trouve le moyen de venir jusqu’à notre petite île. Mes faibles compétences en électricité, acquise à l’époque où je construisais mon port, m’avaient permis de rétablir le courant. Il ne restait plus qu’à attendre. Le Révérend Rumédier passa pour constater le décès, puis Agathon et moi transportèrent le corps de Lorita, apprêtée de sa plus belle robe par ma femme et ma sœur, au centre communautaire de l’île. Irène et Gizelle y avaient préparé un salon funéraire inopiné afin que Lorita, qui était très aimée des bonnes de l’île, puisse être veillée par toutes celles et ceux qui souhaiteraient lui dire au revoir avant qu’elle soit sans doute amenée à la morgue. Vers sept heures, le téléphone sonna. La chaleur étouffante de la journée avait amené un orage, le ciel s’était couvert, les conditions météorologiques étaient trop dangereuses pour mener une embarcation sur le fleuve agité, la police viendrait le lendemain matin.
Agathon, tu le sais, a toujours été un fervent lecteur. Outre sa passion pour les auteurs français assommants, depuis qu’il a découvert les romans de ta sœur, il s’est pris d'enthousiasme pour les histoires policières. Il a dévoré toute la bibliographie de Cléo, il a lu tout ce qui existe d’Arthur Conan Doyle et de Maurice Leblanc. Il clame à qui veut (ou ne veut pas…) l’entendre qu’il avait compris le retournement du Crime de l’Orient-Express dès les premières pages et se lance dans des exposés complexes à ce sujet, ce qui est extrêmement agaçant car moi, je ne l’avais pas encore lu… Il était le plus à même de résoudre le mystère de la mort de Lorita Donaldo.



















