… Pépé préparait son festin.
La bête éventrée, vidée de ses entrailles, était bourrée d’une farce, de mie de pain, d’odorantes herbes de la forêt, pétrie dans du vin blanc. En un tournemain, Pépé remettait en boule le hérisson, le ficelait dans tous les sens, puis le roulait dans de la terre glaise jusqu’à ne plus avoir qu’un gros ballon de mortier.
Pendant ce temps, dans un trou, brûlait un feu de charbon de bois.
Pépé poussait la boule de terre dans le foyer et la recouvrait de braises. Il laissait cuire des heures durant. Quand la terre, rougie, se craquelait, le rôti était prêt. Il tirait la boule du feu, et la cassait au marteau. Les piquants, cimentés à la terre, tombaient par plaques. Il en restait plus qu’à déguster la chair tendre, fondante. Il avait raison, Pépé, quand il disait que le niglo était un plat de roi...
p.90-91, Le Peuple des berges de Robert Giraud.